Yannick Bestaven, Gaël Monfils, Ben Buratti ou encore, tout dernièrement, Maxime Marotte… les sportifs de haut niveau ne semblent plus avoir peur de s’afficher sous les couleurs du numéro un de la grande distribution sport. Par pur pragmatisme peut-être, mais pas que. Un virage dont le sportif de base pourrait bien bénéficier à terme.
Ces deux dernières saisons, c’est pour Santa Cruz FSA, que Maxime Marotte a couru. Auparavant, pendant quatre ans, c’était pour Cannondale. Autant dire que le rider alsacien qui a décroché trois podiums en Coupe du monde de cross-country avait plutôt l’embarras du choix côté sponsors parmi les grands noms du secteur. Pourtant, coup de tonnerre, le 15 décembre dernier, il annonce qu’il rejoint en tant que capitaine la Rockrider Racing Team, marque vélo du géant de la grande distribution et ce pour les deux prochaines saisons. Pas pour y prendre sa retraite au chaud, mais bien pour décrocher une première victoire sur le circuit mondial. Qu’est-ce qui le motive ? Une belle sécurité financière, sans doute - aucun chiffre n’a percé à ce jour – le fait aussi qu’il rejoint son grand pote Stéphane Tempier, ex compétiteur devenu team manager adjoint de la marque… (ça rassure ! ) Mais beaucoup plus que cela apparemment. « Premièrement, le team a derrière lui une des plus grandes marques du monde du cycle et du sport, si pas la plus grande », confiait-il récemment à notre confrère Vojo.

Maxime Marotte : "Les retours sont permanents et vraiment écoutés"
« Decathlon a des moyens importants et a l’ambition de viser le plus haut niveau avec aussi l’échéance olympique comme objectif majeur. Ensuite, j’ai aussi eu des garanties solides sur le matériel à venir et quant à la possibilité de participer à un travail de développement en continu. » « Participer », le mot revient souvent dans le discours de Maxime, comme souvent chez les athlètes fraichement arrivés chez un nouveau sponsor, mais, pour une fois, cela sonne plutôt vrai. « Ils comptent sur nous », poursuit-il «Il y a une vraie proximité avec les équipes de développement, les retours sont permanents et on est vraiment écoutés. J’ai l’impression que j’ai déjà plus vu les ingénieurs et chefs produit Rockrider en quelques semaines depuis le Roc que dans tout le reste de ma carrière avec d’autres marques (…) . On voit même que nos retours ont rapidement des effets sur le matos, c’est très gratifiant » Enfin, dernier argument de Décath qui semble avoir compté pour Maxime, la proximité : « De ce que j’ai pu découvrir jusqu’à présent des personnes investies dans ce projet Rockrider, j’y vois énormément d’humanité, des gens accessibles, à l’écoute, plein de respect. Même si c’est une grosse société, on ne saurait pas différencier le patron ou le chef produit du reste de la table (le soir au repas par exemple) tellement l’ambiance y est bon enfant. C’est un très gros moteur pour moi, ça me donne envie de me défoncer pour eux. »
De belles déclarations, plutôt normales en ce début de collaboration, et que l’avenir pourrait peut-être nuancer considérablement, reste que depuis quelques années maintenant, avant Maxime Marotte, d’autres athlètes de haut niveau, et non des moindres, ont sauté le pas, quitté des marques on ne peut plus prestigieuses, et rejoint le champion de la grande distribution. Au risque d’en prendre un coup au niveau de l’ego diront certains, voire au niveau de la performance. Car un sponsor ne se résume à un chèque mais aussi à du matériel. Et quand on a déjà une grosse réputation et une carrière en cours, autant disposer du meilleur.

Ben Buratti : "Je n'ai pas envie de prendre le truc à la légère"
Alors quand en décembre dernier on voit un Ben Buratti annoncer qu’il rejoint Décathlon pour deux saisons via la team Wedze, on prend note. La rumeur trainait depuis quelque temps, reste que, dans le milieu, ça en a surpris plus d’un. Car à 24 ans le skieur de La Clusaz est aujourd'hui l'un des Français les plus talentueux de sa génération : champion de France en titre de freestyle, il compte près d'une vingtaine de départs en Coupe du monde et reste sur une médaille de bronze en coupe d'Europe. Sélectionné pour Pyeongchang en 2018 - les premiers J.O de sa carrière - il s’est donné l’objectif d’intégrer le Freeride World Tour et de devenir champion du monde de freeride.
« Je n'ai pas envie de prendre le truc à la légère », explique-t-il sur le site de son nouveau sponsor, « je veux prendre le temps de bien faire les choses, de m'entrainer avec mon coach pour arriver sur le Tour en pleine forme et mettre toutes les chances de mon côté. Ce qui veut dire aussi, bien équipé. Et comme Maxime Marotte, il semble qu’il soit plus que le bienvenu dans les ateliers et labo de Decathlon où il est censé apporter au quotidien son expertise aux équipes conception ski, textile mais aussi bagagerie pour développer et améliorer l'offre existante. A ses pieds ces derniers temps donc, des Pow Chaser, 115 mm au patin, le ski le plus large de la gamme. Un modèle lancé en 2020 qui devrait convenir à son style de ski très dynamique. Dans sa panoplie, son sponsor a aussi glissé une vareuse hardshell imperméable et respirante extraite de sa nouvelle collection capsule lancée en novembre dernier, du haut de gamme pour la marque, et un sac Airbag Wedze 30, coproduit avec le Suisse Alpride.
Ben confie donc sa réputation, sa carrière et sa sécurité à son nouveau sport. Pourquoi pas quand on voit qu’avant lui, d’autres ont joué aussi gros que lui dans un univers bien loin du ski mais où, là aussi, la bataille entre les marques (et les egos !) fait rage : le tennis.

Gaël Monfils : exit Wilson et Asics
Il y a un an, en janvier 2022, c’est au tour du petit monde du tennis d’avoir un choc en voyant arriver en début de saison à l’Open d’Australie Gaël Monfils, 35 ans, numéro un français au classement ATP, 22e mondial, tout équipé en Artengo - un contrat chaussures - raquette – textile de cinq ans. Artengo ? Pour ceux qui n’aurait jamais tapé la balle ou mis les pieds dans un magasin Décathlon, c’est la marque tennis du groupe, créée en 2006. Un partenaire qui est loin d’être un inconnu sur les cours. La team Artengo vise depuis plusieurs années à devenir l’un des acteurs référents du tennis et s’était déjà allié les compétences de Oliver Marach, vainqueur en double de l’Open d’Australie 2018, mais aussi de nombreux partenaires techniques tels que Steve Darcis, ou encore des jeunes pépites et futurs champions. Clairement, une volonté de s’affirmer dans l’univers du haut niveau. “Ce qui est sûr, c’est que c’est un partenariat ne reposant pas uniquement sur du sponsoring, nous souhaitons aller beaucoup plus loin et notamment sur la partie co-création. Avec Gaël, on souhaite une collaboration à 100% avec l’équipe et notamment autour du futur look de nos produits.”- devait déclarer à la signature du contrat Cyril Perrin, directeur de la marque Artengo. Exit donc l’Américain Wilson et le Japonais Asics, ses anciens sponsors, Gaël Monfils monte au filet avec Artengo. Et dans son sac donc depuis quelques mois, la raquette TR 960 Control Tour 18x20. Déjà présente dans l’offre, elle a été initialement conçue pour les joueuses et joueurs de tennis experts à la recherche de contrôle et de précision. Gaël lui a apporté depuis sa touche au niveau du design, et sa raquette newlook est désormais vendue sur le site de la marque.
A 35 ans et encore une carrière devant lui, Gaël Monfils avait beaucoup à perdre (ou à gagner ) à changer de partenaire, mais à l’heure de mettre son nom en bas de ce contrat, en fin stratège, le tennisman avait-il en tête le choix d’un autre grand nom, Yannick Bestaven ?

Yannick Bestaven : "Ils trouvent vite des solutions"
Vainqueur du tour du monde en solitaire, le Vendée Globe 2020-21, marin de l’année en 2021, deux fois vainqueur de la Transat Jacques Vabre (2011 et 2015), a 50 ans, le skipper n’a pas l’habitude, lui non plus, de confier sa réputation à n’importe qui. Jusqu’à présent, c’est habillé de pied en cap par le mastodonte norvégien Helly Hansen qu’il embarquait, mais son contrat expirant au printemps 2021, ce n’est pas avec l’autre marque leader du marché, Musto, qu’il a signé cette année-là pour préparer la Transat Jacques Vabre et surtout le Vendée Globe 2024, mais avec Tribord, la marque « voile » de Décathlon qui, là-aussi n’était pas un inconnu, déjà en 2013, Tanguy De Lamotte avait bouclé le Vendée Globe habillé en Decathlon. Et là aussi, il semble que ce qui a séduit Bestaven, c'est la proximité.
Le Rochelais peut en effet aller faire un tour en voisin au tout nouveau Sailing Lab de la marque, structure flambant neuve de 3.000 m2 installée depuis 2021 au port de plaisance des Minimes. Des ateliers ouverts au public, où le skipper a pu découvrir, entre autres, la «rain room» («chambre de pluie»), rectangle de verre abritant un vrai monocoque soumis à différents types de précipitations (dont la pluie tropicale) pour tester l'imperméabilité des vêtements. De quoi lui donner envie de mettre son grain de sel dans le produit. «J'y travaille sérieusement car c'est moi qui vais la porter ! Ce qui me plaît, c'est l'échange et la réactivité dont ils font preuve », déclarait-il alors au Figaro. » Ils nous équipent, on sort sur l'eau pour tester et on rentre le soir même avec nos remarques sur une fermeture éclair qui gratte ou une poche mal placée. Et ils trouvent vite des solutions.». Résultat, en 2021, le skipper est parti sur la Transat Jacques Vabre avec une salopette et un ciré avec cagoule créés spécialement pour lui. Une première création qui devrait permettre de développer une toute nouvelle gamme destinée aux navigations hauturières, accessible au plus grand nombre à travers le réseau Décathlon ; en complément de celle déjà disponible (Offshore 900), développée avec le figariste Achille Nebout, Jean-Baptiste Daramy (Class40), Romain Le Gall et Léo Bothorel (Mini 6,50). De quoi compléter une panoplie quasi complète comptant notamment un nouveau gilet de sauvetage conçu, cette fois, avec la Société nationale de sauvetage en mer.
Rockrider, Artengo, Tribord… les dossards et les marques se multiplient ces dernières années – 85 à ce jour !- mais quelle qu’en soit la couleur ou le nom, c’est Décathlon qui poursuit sa percée sur tous les sports, pas vraiment masqué, disons « discret », ce qui n’est pas pour déplaire aux athlètes que pourrait effaroucher une image parfois low cost. Des états d’âmes qui n’effleurent pas du tout un Yoann Kowal.
Yoann Kowal : "Je me fais de moins en moins chambrer"
L’athlète, champion d’Europe du 3000 m steeple en 2014, en pleine mutation de la piste vers la route, expliquait à Ouest France en juin dernier : « En seize ans de carrière, j’ai couru en Mizuno, Asics, Nike, Adidas. Decathlon, je vous assure, a des compétences et des outils qui ne sont pas assez médiatisés. C’est hyper intéressant de travailler avec des gens comme eux. Ils sont passionnés, investis, collectifs. » Et comme rien ne vaut une démonstration sur le terrain, le 20 mars 2022, il réalise la meilleure performance française de l’année sur le semi-marathon de Lille…avec des chaussures Kiprun aux pieds, à savoir la marque running performance de Decathlon, cousine de Kalenji. « Je me fais de moins en moins chambrer », raconte-t-il. Je sais que la chaussure que j’avais aux pieds, un prototype avec lame carbone qui sortira en septembre prochain dans les magasins dans une version adaptée (aux alentours de 150€), est déjà convoitée et casse les idées reçues. Ça va faire boom, ça va matcher avec les gens. », s’enthousiasmait-il à l’époque. Alors quand Adidas lui fait du pied, Kowal dit non, convaincu sans doute, comme Bestaven ou Marotte, que son avis aura plus de poids chez Decathlon qu’ailleurs, sans affecter ses performances.
Pour ceux qui douteraient encore, les résultats. d’une Meline Rollin, 24 ans, nouvelle recrue sous dossard Domyos cette fois, montrent qu’ils n’ont pas tort. Habituée du Top 10 (semi-marathon, 10 000 m, 5 000 m, 3 000 m), cette spécialiste de la route - au demeurant ingénieure informaticienne chez Decathlon – est entrée dans le Top 10 des meilleures marathoniennes françaises de tous les temps à Valence en décembre dernier avec un chrono de 2 h 30’37. De quoi viser raisonnablement une qualif pour le « Marathon Pour Tous » qui aura lieu à Paris en 2024.





Une team de 33 athlètes pour les Jeux de Paris 2024
2024, justement, on y pense chez Decathlon. Plutôt sérieusement d’ailleurs, et avec, une fois de plus, de gros moyens et des grands noms. Non content d’être partenaire officiel des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la marque a dévoilé en septembre dernier la composition de sa Team Athlètes. Soit 25 athlètes et 8 para-athlètes -15 femmes et 18 hommes. Dont 21 médailles olympiques et paralympiques et 21 sports différents : du judo, de l’escrime ou du basket-ball bien sûr mais aussi de l’escalade avec les frères Mawem, du VTT avec Emeline Detilleux et Joshua Dubau, de l’aviron avec Claire Bove et Laura Tarantola, du surf avec Mihimana Braye ou encore du skateboard avec Edouard Damestoy et Roos Zwetsloot. A leur tête, en tant que capitaine officiel, rien moins que Teddy Riner, triple champion olympique de judo. L’idée ? Créer une équipe composée de champions expérimentés comme de sportifs rêvant d'une première participation aux JO et les accompagner durant leur préparation. Difficile de faire plus fort comme message : le géant du sport continue de voire grand, mais surtout très haut. Les athlètes l’ont bien compris si l’on en juge par la multiplication des contrats signés ces derniers mois, et le grand public devrait sans doute s’en rendre compte dans les rayons très vite, car au-delà du prestige - qui ne nuit pas ! - la marque affiche clairement son ambition d’accompagner le débutant – là, c’est acquis – mais aussi l’expert, voire, maintenant, l’élite.
La liste complète de la team Decathlon pour Paris 2024
- Teddy Riner, judo
- Gaetan Alin, breaking
- Nelia Barbosa, paracanoë
- Claire Bove, aviron
- Laura Tarantola, aviron
- Mihimana Braye, surf
- Antoine Brizard, volley-ball
- Romain Cannone, escrime
- Isaïa Cordinier, basket-ball
- Lucas Créange, para tennis de table
- Edouard Damestoy, skateboard
- Emeline Detilleux, VTT
- Joshua Dubau, VTT
- Aline Friess, gymnastique
- Paul Georgenthum, triathlon
- Vincent Gérard, handball
- Jonathan Hivernat, rugby-fauteuil
- Matthieu Jagu, volley-ball assis
- Camille Jedrzejews, tir
- Dimitri Jozwicki, para athlétisme
- Alexandra Vavilkina Kachanova, breaking
- Nantenin Keita, para athlétisme
- Mary-Ambre Moluh, natation
- Yoann Kowal, athlètisme
- Bassa Mawem, escalade
- Mickael Mawem, escalade
- Roza Kozakowska, lancer de poids F32
- Alessia Orro, volley-ball
- Marie Patouillet, para cyclisme sur piste
- Méline Rollin, athlètisme
- Audrey Tcheuméo, judo
- Sacha Velly, natation
- Roos Zwetsloot, skateboard

Et demain le sponsoring d’expéditions polaires ou himalayennes ?
C’est la question qu’on peut se poser, car si on imagine mal Décathlon planter son drapeau au sommet du K2 ou aux confins de l'Antarctique via une équipe qu’elle soutiendrait (encore que ! ), il est d’ores et déjà clair que la marque entend renforcer son positionnement sur le terrain de l’aventure. Le 27 décembre dernier, on apprenait ainsi que Forclaz, la marque trekking de Decathlon, devenait le partenaire technique du projet « Deep Climate », du Human Adaptation Institute - organisation spécialisée dans l’étude des capacités d’adaptation humaines face aux situations de changements et de crises, créée et animée par Christian Clot. Après avoir exploré notre relation au temps via son projet Deep time, le Français a mis sur pied un triptyque d’expéditions en territoires climatiques extrêmes. L’objectif ? Comprendre « l’humain face au climat ». « Aventure », « climat », ou l’art de cocher deux cases en même temps.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
