Au départ, leur idée, c’était le Danube. Arrivent la pandémie et la restriction des déplacements dans un rayon de 100 km. Changement de cap pour Caroline et James, le duo de « Once Upon A Climb. » Pour ces deux pointures de l’escalade, ce sera donc une expédition autour des Alpilles, en reliant les spots d'escalade en VTT et avec Arthur, un an et quatre mois, embarqué dans sa carriole monoroue.
A la veille de leur départ dans le Gard, ce matin, mardi 26 mai, Caroline raconte comment, en quelques jours, s’est monté un projet qui devrait s’étaler sur plus de trois semaines.
Caroline Ciavaldini et James Pearson, on ne les présente plus dans le monde de la grimpe. Pour les autres, c’est l’histoire de deux grands grimpeurs, devenus au fil de leur pratique et leur vie commune le duo de "Once Upon a Climb". Un espace où ces deux-là racontent leurs aventures, à travers des images, des textes et des vidéos. « Parce que nous sommes tous les deux des grimpeurs professionnels », explique Caroline, « et la façon dont nous voyons notre rôle n'est pas seulement de réaliser des trucs « hard », mais aussi de les raconter, de vous inspirer, de grimper plus, de grimper différemment, de vous amuser ! C'est ainsi que James et moi voyons notre escalade » conclut la grimpeuse, quatre fois championne de France, qui se définit comme une « machine comp » aprés dix ans dans le circuit de coupe du monde, par opposition à son compagnon, l’Anglais James, « un maître du Trad « sur coinceurs et grande voie, auquel on doit les premières cotées les plus dures de la planète.


Toujours à la recherche des défis les plus exigeants, Caroline et James venaient de rentrer d’une expédition en Éthiopie pour The North Face quand l’épidémie les a contraints à se confiner dans leur maison, dans le Gard. « James et moi avons commencé à réfléchir à ce que nous pourrions faire dès qu’il serait possible de ressortir », se souvient Caroline. "L’idée était alors de faire un tour d'Europe à vélo et en escalade. Nous n'avions jamais pris le temps d'explorer notre jardin, et nous aimons l'idée du slow travel », ça s’imposait.
« Le 15 mai », raconte Caroline, « on avait donc prévu avec James et Arthur, notre fils âgé d'un an et quatre mois, de partir à l’aventure le long du Danube en mixant VTT et escalade. Depuis la Forêt-Noire, en Allemagne, notre plan était de parcourir 1000 km à vélo pour finir à Vienne, en Autriche. En chemin, on aurait fait quelques-uns des meilleurs spots d'Europe. C'est alors que le Covid-19 est arrivé. Au cours des deux derniers mois, nous avons tous été contraints de changer radicalement notre mode de vie et de sacrifier un peu de notre liberté personnelle pour le bien commun. Ça nous a poussé à approfondir notre approche de l'exploration, ce qui suppose un changement significatif de mentalité. Ça nous a permis aussi de voir qu’on pouvait imaginer des aventures démarrant devant notre porte. »
Caro, James et Arthur se sont donc lancés ce matin dans une aventure mêlant vélo et escalade, mais dans un rayon de 100 km autour de leur domicile, suivant ainsi les directives strictes du gouvernement. Le voyage complet devrait prendre trois semaines à un mois, de quoi leur permettre de passer par Buoux, Orgon, Volx ou Mouriès, parmi les meilleurs spots d’escalade du sud de la France.



Interviewée à la veille du départ, Caroline, visiblement déléguée à la communication du duo, se montre très volubile et dotée d’une énergie communicative.
Il faut être des « bêtes de vélo » pour se lancer dans un trip pareil non ?
« Clairement non. Il y a 2 ans, on s’est lancés sur Ordesa (un site majeur d’escalade, dans les Pyrénées espagnoles, ndlr). En mixant, train, bus, vélo et escalade, bien sûr. J’étais enceinte de trois mois, et c’était assez sportif, car si James est un vrai couteau suisse, moi, je ne suis pas une déesse du vélo! C’était l’aboutissement d’une réflexion qu’avec James nous avons sur les meilleurs choix possibles pour réduire notre bilan carbone. Voyager moins loin et autrement s’est imposé. Pour rouler léger et arriver en forme sur les spots, nous nous sommes délestés de notre matos d’escalade, envoyé en colis. Et on a adoré cette expérience. En escalade on est toujours dans des endroits magnifiques, mais plutôt en mode statique. Y arriver en VTT, te permet d’avoir une vue d’ensemble et de mieux comprendre la géologie du site.
Aujourd'hui, il nous est de moins en moins facile de nous boucher les oreilles devant l’urgence climatique. Avec l’arrivée d’un bébé, tu te poses plus de questions encore sur ta responsabilité dans cette histoire. Du coup, on a eu envie de voyager à nouveau avec notre fils. Un voyage dynamique, avec plusieurs escales pour grimper.
Votre idée, initiale était de longer le Danube
Oui, on y trouve de nombreux spots en Allemagne, mais jamais vraiment explorés, sans doute pas assez exotiques pour qu’on y aille ! Mais au final, ce n’est pas la peine d’aller en Chine pour être surprise ! Comme nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, nous avions imaginé décomposer cette descente en deux parties. L’une depuis sa source, jusqu’à l’Autriche, en mai. En attendant de faire la seconde plus tard, après avoir vu comment on s’en sortait.
On adore les concepts de micro aventure et de slow travel. Le Danube collait à ces deux idées, mais le Covid 19 a encore amélioré le concept en nous évitant de changer de pays. Avec l’annonce des 100 km, l’idée de transposer le principe en France s’est imposé. On l’a vite adapté à traçant une nouvelle boucle de 1000 km depuis Connaux, où nous habitons, en- dessous de Bagnols-sur-Cèze, entre l’Ardèche et les Alpilles.
Quel type de falaises avez-vous l’intention de faire ?
Plein d’historiques comme Buoux, Orgon, Volx ou Mouriès, mais aussi plein de petites qu’avant de devenir parents nous n’aurions même pas regardées. Mais maintenant que nous avons beaucoup moins de temps disponible, le moindre caillou nous fait super envie ! On a donc imaginé un plan avec une dizaine de spots, et des étapes de 40 km max pour ne pas arriver morts de fatigue.
A un moment donné, il faut être capable d’avoir un peu de recul et de se détacher de la cotation. A 20 ans, on optimise tout pour atteindre la performance. Avec plus d’expérience et de maturité, on fait l’inverse. C’est un peu la trajectoire que nous devons tous suivre vers un monde plus vert.
Quand tu vas en falaise avec un bébé, tu dois forcément faire des compromis. Mais ce n’est pas grave. Aujourd’hui James et moi on n’a plus besoin de faire des croix !
Comment vous êtes-vous organisés avec Arthur ?
Ça fait un an qu’on se prépare à ce voyage. On s’est équipé en VTT électrique pour garder la notion de plaisir et en carriole monoroue, c’est ce qui passe le mieux partout. Arthur adore ça. Mais on y est allé doucement. Il y a un an, il tenait vingt minutes dans la carriole, aujourd’hui, c’est son endroit préféré !
Le but est de rouler le matin, tôt - il fait vite chaud dans la journée dans la région - et de grimper dans l’après-midi. On a eu un peu de mal en cette période post Covid à repérer des auberges ouvertes, mais dans l’ensemble, ça va. Et les gens ont l’air super contents d’avoir à nouveau des clients. Entre le matos d’escalade et les affaires du bébé, on ne pouvait pas prévoir de quoi bivouaquer, on se débrouillera donc avec ce qu’on trouvera en route. On a réservé pour mardi soir … après on verra.
Avec un bébé tu peux tout faire … mais il faut s’organiser. Arthur a commencé à marcher pendant le confinement. On a une approche souple, on va bricoler et explorer plein de trucs pour pouvoir grimper James et moi à tour de rôle ou en nous auto assurant suivant ce qu’il est possible de faire en toute sécurité sur les sites ; On pourra aussi compter parfois sur des copains qui nous rejoindront et qui pourront s’occuper du bébé.
On a décidé d’être des parents grimpeurs. On ne veut pas abriter Arthur de l’aventure. Du coup, ça donne une vie avec plus de risques mais aussi plus de piments. A un an et quatre mois, notre fils a déjà une vraie conscience du risque. Quand il grimpe sur un caillou, je le laisse aussi se casser (modérément !) la gueule. Il faut qu’il apprenne. Forcément parfois on a des réflexions de nos propres parents, un peu inquiets quand même : "T’es sûr là ?" Mais, on y va doucement. Petit à petit, et toujours dans le plaisir, pour ne pas le dégouter. Et puis avec un matériel minimal – on ne peut pas transporter grand-chose – on fait attention à toujours recréer un environnement rassurant pour Arthur qui est loin d’être le bébé parfait en voyage. Une micro tente, sa musique et son doudou, ça suffit.
Et maintenant qu’on est lancés. Je ne comprends pas pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt ! Ce trip est une évidence.
Dans leurs bagages, qu’emportent-ils ?

- 2 e-bikes de Sunn bike (un Sun charger finest et un Sun gordon finest)
- Une carriole bébé monoroue tout-terrain
- Une carriole monoroute pour le matériel
- Casques vtt y compris un pour bébé (les tailles vont plus bas que les casque escalade pour enfants)
- Un Feva starseat pour varier les positions de bébé à VTT
- 2 phantom 38 (sacs à dos ultralight de The North Face)
- 2 rockets (sacs à dos The north Face)
- Doudounes ultralight L3 The North Face
- Vestes étanches L5 LT The North Face
- Un drone DJI Mavic air
- Baudriers wild country
- 30 dégaines astro utra légères Wild country
- Un Revo Wild Country
- Une poutre de voyage PUC series pour s’échauffer plus vite
- Une corde Edelweiss energy (pas la plus légère mais très résistante)
- Des chaussons Skwama La Sportiva
- De petits jeux pour bébé
- Une tente bébé Deryan
- Doudou lapin et tétine
- Un pack de couches…
- Et quelques habits de grimpe!
Pour suivre Caro et James, rdv sur Instagram ou sur leur site : « Once Upon A Climb ».
En attendant de les retrouver dans leur film "2 Become 3", produit par "Dark Side Media", à découvrir dans les festivals cet automne.
Enfin, si vous habitez sur leur parcours et que, le temps d’une nuit, vous avez une chambre de libre ou une tente dans un coin de votre jardin, n’hésitez pas à leur faire signe !

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