Chez les Raboutou, tout le monde grimpe. À commencer par les parents, Robyn et Didier, tous deux plusieurs titres de champions du monde à leur actif. Leur fils, Shawn, 24 ans, est actuellement l’un des meilleurs grimpeurs de bloc au monde. Et puis vient Brooke, la petite dernière, qui, pas déconcertée par tant de médailles familiales, a su faire sa place, et comment ! A 21 ans seulement elle réalise les ascensions les plus dures de la planète, signe une 5e place aux premiers Jeux Olympiques de l'histoire de la discipline et monte sur les podiums de compétitions internationales. Dernier en date, le championnat du monde de bloc, le week-end dernier. Retour sur la trajectoire fulgurante de cette jeune grimpeuse que notre journaliste, grimpeuse elle aussi, avait, enfant, inscrite à son panthéon personnel.
« Je m’appelle Brooke, je suis neuf ans et j’aime faire l’escalade » se présente la jeune grimpeuse, dans un Français approximatif, au début du documentaire Fanatic Search 2, qui suit ses évolutions sur une falaise du Sud de la France, à Saint-Antonin-Noble-Val, où elle passe tous ses étés en famille. C’est avec ces images que je découvre cette athlète de ma génération. À cette époque, j’ai onze ans, mes parents viennent de mettre entre les mains mon premier film d’escalade, dressant le portrait de très fortes grimpeuses de tous âges (Charlotte Durif, Nina Caprez, Lynn Hill… et la plus jeune, Brooke) avec pour angle principal le « fanatisme », la passion pour l’escalade, au-delà de la performance qui, pour le moment, ne m’intéresse nullement, que ce soit en compétition ou en falaise. D’ailleurs, je ne connais pas encore très bien les échelles de cotation, si bien que je ne retiens pas tout de suite que Brooke est la plus jeune à grimper un 8a, à neuf ans. Pourtant, malgré nos différences, je m'identifie à elle, à son énergie débordante, à sa motivation, à son éternel sourire. À mon niveau, moi aussi j’étais « fanatique », cherchant, au grand dam de mes parents, à grimper sur le moindre bloc.

Un regard plein de ténacité, dès le plus jeune âge
Les années passent, je dévore tous les magazines d’escalade qui me tombent sous la main. Ainsi, je découvre les parents de Brooke, sa mère Robyn Erbesfield-Raboutou, une Américaine quatre fois championne du monde d’escalade, et son père Didier Raboutou, un Français trois champion du monde de la discipline ayant notamment participé à la première compétition internationale d’escalade. Tous deux vivent aux États-Unis où ils fondent l’école d’escalade ABC Kids Climbing, à Boulder, dans le Colorado, un moyen de proposer à leurs enfants une salle pour grimper. Ainsi, dès qu’ils savent marcher, aux alentours des deux ans, Brooke et son frère Shawn, de trois ans son aîné, commencent à grimper, naturellement.
Parallèlement à l’escalade, Brooke pratique la gymnastique, une seconde passion, qu’elle délaissera par la suite, qui lui permet de forger d’indéniables qualités physiques et mentales. Via la structure ABC, la jeune grimpeuse acquiert très tôt des habitudes d’entraînement de haut-niveau à raison de trois à quatre séances par semaine. Une ténacité et une motivation que l’on retrouve dans son regard, qui n’est pas sans rappeler celui de sa mère sur les murs de compétition.

Les records de performance s'accumulent
Mais rapidement, Brooke se détache de l’inconscient poids d’être « la fille de ». Pas facile de tracer sa propre voie quand ses parents sont tous deux champions du monde ! Très jeune, elle partage les victoires en compétitions nationales aux côtés d’une autre prodige de sa génération, l’Américaine Ashima Shiraishi. De plus, les records de performance en falaise s’accumulent : plus jeune grimpeuse à faire un 8a (9 ans), un 8b (10 ans), un 8c (11 ans), championne du monde jeune en 2016 et en 2018.
Des succès qu’elle ne doit pas uniquement à ses parents, bien qu’ils lui aient permis d’enfiler un baudrier à deux ans, mais aussi à son frère aîné, Shawn. Aujourd’hui loin des compétitions, il n’en demeure pas moins l’un des meilleurs grimpeurs de bloc du monde (avec un 8c+ à son actif, sur une échelle de cotation allant jusqu’à 9a). Une émulation fraternelle qui a permis à Brooke de progresser, trouvant sans cesse de nouveaux challenges.
Douze ans après ses premiers records, l’enfant prodige, 21 ans aujourd’hui, ne s’arrête pas là. Première Américaine à décrocher une qualification aux Jeux Olympiques, Brooke a terminé 5e de la plus grosse échéance de sa carrière. Un objectif pour lequel elle s’est entraîné avec acharnement, comme à son habitude, tout en poursuivant en parallèle ses études de marketing à l’université de San Diego, un équilibre nécessaire à ses yeux. À ce jour, elle enchaîne les compétitions, se démarquant aux côtés de l’Américaine Natalia Grossman, sa meilleure amie, sur les podiums de Coupe du monde qu'elles enchaînent toutes les deux – dont une récente 3e place à Salt Lake City ce week-end. Prochaine échéance pour l’athlète : la Coupe du monde de bloc de Brixen, en Italie, du 10 au 12 juin 2022.
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