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Environnement

« ACTS » : alpinistes, grimpeurs et trailers s’engagent à réduire leur bilan carbone

ACTS

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria

  • 19 août 2020
  • 6 minutes

Réduire d'un tiers ses émissions carbone, tel est l’objectif de « ACTS » – Action collective de transition pour nos sommets – manifeste initié par le grimpeur Arnaud Petit et l’alpiniste et guide de haute-montagne Christophe Dumarest. Lancé ce week-end sur Facebook, il est déjà soutenu par Kilian Jornet, Tommy Caldwell, Mathieu Maynadier, Stéphanie Bodet ou encore James Pearson, entre autres figures du milieu de la montagne qui « ont choisi de s’engager concrètement pour faire leur part dans la lutte contre le réchauffement climatique ». Au-delà des mots, c’est bien d’actions précises qu’il s’agit désormais. Et ça pourrait faire toute la différence.

« ACTS » (Act for the summit), le nom est bien choisi. Si nous savons tous aujourd’hui que la maison brûle, si depuis des décennies, les cris d'alerte d'un Paul-Emile Victor résonnent dans le vide, l’heure n’est plus aux discours, mais aux actions concrètes. Au sortir du confinement, c’est le constat fait par plus d’un acteur de l’outdoor qui prend forme aujourd’hui par la voix de personnalités du milieu de la montagne.  A commencer par le grimpeur Arnaud Petit, à l’origine d’un manifeste élaboré avec le guide haute montagne, Christophe Dumarest qui n’ont pas hésité à exploiter leur carnet d’adresses pour mobiliser des athlètes tels que Kilian Jornet ou Tommy Caldwell dont le nombre de followers pourrait bien peser dans la balance à l’heure de modifier notre quotidien.


10 objectifs pour réduire d'un tiers leur bilan carbone

Concrètement, à quoi s’engagent les personnalités qui ont déjà rejoint le mouvement 

1. Privilégier les aventures de proximité et les déplacements à faible impact carbone. L'approche devient une aventure en soi, une expérience toute aussi passionnante que le sommet.

2. Privilégier le vélo et les transports collectifs (train, covoiturage...) aux véhicules individuels.

3. Réduire la place de l’avion dans nos déplacements en choisissant des destinations accessibles autrement ou en augmentant la durée des séjours sur place pour les voyages nécessitant l’avion. Notre objectif des moins 10% nous permettra de réduire d’un tiers nos émissions dans 4 ans.

4. Limiter nos achats de matériel et pour les athlètes, réduire les dotations produits. Favoriser les achats d’occasion, le prêt du matériel et la réparation. Prôner l’usure totale de nos équipements avant de les remplacer.

5. Réduire la consommation de viande et de produit animal en général, privilégier les circuits courts et la nourriture produite localement, de façon responsable, et de préférence bio.  

6. Choisir une banque éthique. Il faut savoir que la plupart des grandes banques financent avec notre épargne des projets néfastes à l’environnement. 

7. Impliquer et interpeller les marques et les magasins sur leurs fournisseurs, leurs modes de production, de transport, de packaging et de recyclage de leurs produits, mais aussi sur leur support de communication qui doivent valoriser un maximum d’images locales.

8. Promouvoir de nouveaux récits. Mettre en avant de nouveaux critères de réussite où les territoires découverts, la sobriété des moyens mis en œuvre, la valeur du partage, la curiosité et la connaissance des écosystèmes, priment sur la performance brute et l’exotisme supposé de la destination.

9. Consacrer une partie de notre temps et de notre énergie auprès d’associations, de conseils municipaux, ou dans des actions de terrains qui œuvrent à la préservation de l’environnement et la transition écologique.

 10. Communiquer régulièrement sur les actions menées, les engagements pris et les résultats obtenus.


Interview : Christophe Dumarest, initiateur du projet avec Arnaud Petit

Christophe DumarestArnaud Petit

A gauche : Christophe Dumarest. A droite : Anaud Petit

Qui a initié ce manifeste et pourquoi ? 
La question de la paternité n’a pas trop d’importance. Il s’agit d’un projet collectif. Pendant le confinement, j’ai fait un ou deux posts sur le sujet de l’environnement et sur notre responsabilité en tant que professionnels de la montagne. Je n’ai pas une communauté de folie, mais ils ont eu un certain impact. Des discussions ont suivi.  Pour beaucoup d’entre nous, guides, photographes, athlètes, ou marques, il semblait impossible d’envisager un retour à la normale. D’un point de vue intellectuel, le constat sur l’état de notre planète est largement partagé, mais là, ça a touché à nos sens.  Des choix s’imposaient. Une réflexion s’est engagée avec Arnaud Petit. J’ai proposé le nom de ACTS. Arnaud a pris la chose en mains et c’est comme ça que c’est parti. 

Combien de signataires vous ont rejoints à ce jour ?
Une soixantaine. Mais le projet est complexe et mérite d’être amélioré. Arnaud comme moi, nous avons fait le tour de la planète, on a conscience du paradoxe de prôner aujourd’hui la modération. Mais pour autant, faut-il se taire ? Non. Au contraire, il faut nous servir de notre notoriété pour faire passer le message et surtout poser des actes. Tous réunis, les athlètes de la communauté de la montagne sont suivis par des centaines de milliers de personnes. Leur engagement personnel et leurs actes individuels peuvent avoir un impact. On ne parle pas ici de donner de bons conseils, mais de prendre les devants et de faire. 

Au-delà des engagements formels et des intentions louables, comptez-vous faire un bilan des actions de tous et si oui à quelle date ?
Oui, c’est prévu. L’idée est de demander à chaque signataire : « concrètement, peux-tu me dire ce que tu as fait au cours de cette année pour réduire tes émissions carbone ? « . Car avoir des milliers de signataires, c’est très bien, mais agir c’est mieux. Il vaut mieux moins de signataires mais que ceux qui s’engagent fassent réellement quelque chose. D’ailleurs pas mal de gens contactés m’ont dit : « c’est vers ça que je tends, mais je ne peux pas signer le manifeste, j’ai un bouquin et une tournée de promo en cours, des expéditions prévues, je ne pourrai pas m’y tenir. »  C’est honnête. Et au fond, je préfère ça.

Qu’est-ce qui distingue ACTS d’un mouvement tel que « Une bouteille à la mer », lancé à l’appel du freeskieur Mathieu Navillod ?
C’est super, ce qu’a fait Mathieu. Pour moi, c’est le premier étage de la fusée : la communication. C’est bien, c’est positif. Notre idée, c’est de ne pas faire trop de bruit, et de mobiliser la communauté de sportifs, puis de communiquer sur des actions. 

Comptez-vous faire pression sur les marques qui vous sponsorisent ?
Le bilan des dernières années est catastrophique, il faut poser des actes. Et vite. Kilian est plus puissant en termes de préconisations qu’un JT de 20h.  D’accord il a des contrats avec des sponsors puissants. Et comme nous tous, il n’est pas 100% exemplaire. Moi-même je me tire une balle dans le pied en poussant les gens à consommer moins. Mais je suis en train de challenger mes propres partenaires, Petzl, Julbo, Samaya, etc sur des emballages de produits ou l’usage de matériaux. Pour certaines marques, c’est un peu compliqué bien sûr. Il faut garder en tête que les entreprises de l’outdoor génèrent de la ressource. Comment leur imposer de se priver de plastique par exemple ?  Mais jusqu’à présent, tous m’ont dit, c’est super et m’ont demandé d’écrire des petits bouts de textes dans ce sens. Mais pour moi, ça ne va pas assez vite. On doit être plus radical. D’autant qu’il peut y avoir une esthétique de la récup, du recyclage, de la réparation.  Ça peut être cool d’avoir une doudoune trouée, réparée mille fois. Ça peut devenir une tendance parce que les égéries ont décidé que c’était cool. Et ce qui m’intéresse, c’est de voir ce que les marques mettent en route et de les impliquer. 

Quels sont les objectifs les plus difficiles à tenir parmi les dix retenus ?
Manger moins de viande n’est pas toujours évident quand tu es invité. Car c’est culturel, ça fait partie de notre gastronomie. Et aussi, bien sûr, les déplacements, les vols en avion. Une destination lointaine, on en rêve tous, c’est l’occasion de rencontres et de découvertes, mais il faut se raisonner. Côté matériel, je suis mal placé pour en parler, car j’en ai déjà beaucoup dans mon garage. Mais il y a encore à faire au niveau numérique. Produire moins de mails, nettoyer sa boite mails, changer de moteur de recherches. Sans parler du choix de sa banque qui finance des entreprises plus ou moins vertueuses sur le plan environnemental.

Quels sont les points qui font le plus débat auprès des signataires ?
On a eu des remarques sur le thème du numérique justement, certains trouvaient qu’il y avait des lacunes sur ce point. Et un Tony Caldwell par exemple a lu à fond le document de base et l’a enrichi. D’autre enfin ont trouvé la forme un peu austère, c’est perfectible, bien sûr, mais il s’agit d’aller droit au but maintenant. D’être dans le concret.

Parmi les signataires, des Européens, quelques Américains … le mouvement a-t-il vocation à s’étendre, notamment en Asie, où le marché de l’outdoor est en pleine expansion ?
Dans un premier temps, nous avons regardé dans nos carnets d’adresses respectifs. Contactant chaque personne, une par une. L’Asie n’est pas exclue bien sûr, pas plus que le reste du monde. Nous ne faisons que commencer et il faut qu’on discute avec Arnaud de la suite à donner à ce manifeste, nous nous acheminons notamment vers la création d’une association. La question s’est posée aussi de l’étendre à tous les sports, mais il faut rester crédible pour faire poids. Ce mouvement ne nous appartient pas à Arnaud ni à moi, mais on va éviter le syndrome « restau du cœur » et s’en tenir à l’idée initiale : agir là où on sait faire !


Pour en savoir plus sur ACTS, connaître la liste des signataires du manifeste ou y adhérer, voir le site ou la page Facebook.

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