Les innovations contribuent évidemment au développement de l’outdoor. Mais celle-ci est-elle vraiment nécessaire ? Bernhard Sobotta, un étudiant autrichien en design industriel de l’université des Sciences Appliquées FH Joanneum, lance un prototype de vélo convertible en « camping-car », appelé « Cercle ». Voyons si cela pourrait tenir la route.
L’idée semble aussi ingénieuse que farfelue. Transformer un vélo en camping-car, est-ce possible - mais surtout, est-ce une bonne idée ? Les concepts de type « carriole » à accrocher derrière son vélo existent déjà, sans parler du bikepacking, très populaire ces dernières années. Alors, quels sont les arguments de Bernhard Sobotta, un étudiant autrichien en design industriel de l’université des Sciences Appliquées FH Joanneum pour convaincre les adeptes d’itinérance à vélo ?
Première étape, sa conception. S’il s’agit d’un prototype non commercialisé pour le moment, que le jeune autrichien a commencé à concevoir en 2019, en imaginant le compromis parfait entre un vélo et un hamac. Sa spécificité ? Un grand arc métallique entre les roues du vélo. La selle, elle, se situe au-dessus de la roue arrière - à l’image des premières bicyclettes. Le guidon est placé sous l’arc métallique, afin de ne ne pas avoir à se contorsionner pour atteindre l’avant du vélo, comme sur les modèles traditionnels.
Deuxième étape, la partie aménagement et couchage. Le cercle métallique qui entoure la structure du vélo s’abaisse, laissant place à une tablette et un siège, convertible en couchette une place sur laquelle le cycliste peut installer un matelas gonflable, par exemple. Le prototype comporte des sacoches, que l’on utilise habituellement pour ranger ses vêtements, son réchaud, voire une douche solaire. Une toile peut aussi être ajoutée pour se protéger pendant la nuit, à fixer par-dessus l’arceau - un bon point pour ce système, qui permet ne de pas être en contact direct avec le sol, et donc limiter l’humidité.
Sur le papier, cette invention semble plutôt ingénieuse. Mais réfléchissons aux réels besoins des bikepackers. Transporter un vélo, chargé de son matériel de bivouac, est déjà lourd - l’arceau en métal ajoute 3,5 kg au poids du deux-roues. Un détail non négligeable, qui pose la question de sa maniabilité, vu le positionnement inhabituel de la selle, notamment lorsque l’on quitte les routes pour des chemins plus étroits. Et qu’en est-il de son ergonomie dans les transports en commun ? « L’équipe à l’origine du projet a pu faire un tour d’essai de 1000 km et vérifier que tout fonctionnait correctement. Des volontaires ont emmené le Cercle dans un bus et un train pour montrer qu’il tenait à l’intérieur, même si le prototype est un peu plus long que la moyenne à démonter que les autres vélos », explique Auto évolution.
Est-il plus lourd qu’un autre vélo ?
Un vélo traditionnel pèse en moyenne 15 kg. Le « Cercle », lui, en pèse 21. Une différence non négligeable, aussi pour répondre aux critiques, le concepteur du vélo-camping car a-t-il dressé un tableau comparatif, entre le rapport poids/usage en expédition avec un modèle classique, ou avec son modèle. Prenons l’exemple d’une personne pesant 80 kg, et transportant 25 kg de charge. Avec un vélo classique, Bernhard Sobotta estime que l’on peut tenir en autonomie environ 6h par jour, en ne se servant du cycle que pour pédaler. Tandis qu’avec son prototype, « on pourrait rester sur le véhicule au moins 22 heures : 6h pour pédaler, 8h pour dormir, 2h pour cuisiner, 3h pour travailler depuis son ordinateur, et 3h de détente ». Soit, ce « Cercle » permet de rouler, se reposer, travailler, dormir en un seul et unique endroit… Mais est-ce vraiment confortable, en permanence ?
Autre inconvénient, il n’y a qu’une seule place pour dormir. Prenons l’exemple d’un couple, ou d’amis, qui pourraient partager une seule tente en partant avec deux vélos normaux : ils répartiraient alors équitablement le poids du matériel entre les sacoches des divers voyageurs. Sans parler des familles qui souhaiteraient partir à l’aventure en vélo : il n’existe pas de modèle enfant, comment feraient-ils pour dormir ?
Cet Autrichien aurait eu cette idée en revenant d’un roadtrip en Australie. « Quand on voyage à vélo, on se demande souvent où s’asseoir et prendre une collation. Où mettre le poêle pour qu’il ne tombe pas. Où trouver un endroit plat, propre et peut-être même sec pour la tente. Ou laisser ses sacoches… », explique-t-il à Wedemain. Et comme son invention soulève encore un certain scepticisme, Bernhard Sobotta compte, pour tenter de convaincre le public de l’utilité et de la facilité d’usage de son prototype, se lancer dans un tour du monde avec son vélo camping-car en 2022. Reste donc à voir s’il sera concluant.
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