Le cyclisme a toujours été considéré comme un sport doux pour les genoux. Mais de là à prévenir l'arthrite ? C’est vrai aussi. Et c’est nouveau.
Bien sûr que le vélo est bon pour les genoux. Les runners ne le savent que trop bien. Lorsque leurs genoux commencent à grincer, beaucoup laissent tomber leurs baskets pour enfourcher un vélo. Mais il y a une grande différence entre quelque chose qui n'est « pas mauvais » pour vos genoux et quelque chose qui est « réellement bon » pour eux. Or une nouvelle étude met en évidence que les riders sont moins susceptibles de développer de l'arthrose au niveau de cette articulation. Une conclusion qui ouvre de nouvelles et passionnantes perspectives sur les bénéfices du cyclisme et sur notre approche de cette pathologie.
Publiée le mois dernier dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise, ces travaux émanent de chercheurs dirigés par Grace Lo du Baylor College of Medicine. Ces deniers ont analysé les données de "l'Osteoarthritis Initiative", étude qui a suivi pendant 20 ans des milliers de personnes âgées souffrant ou non d'arthrose.
A savoir 2 600 sujets qui ont passé des radiographies du genou, signalé les douleurs ressenties à ce niveau-là et rempli un questionnaire sur l'historique de leurs diverses activités physiques au cours de quatre périodes de leur vie. De 12 à 18 ans, de 19 à 34 ans, de 35 à 49 ans et de plus de 50 ans. Environ la moitié d'entre eux pratiquaient le vélo. Et le résultat principal est que ces derniers étaient moins susceptibles d'avoir de l'arthrose au genoux que les autres.
Près de moitié moins de risques d'arthrose
L'arthrose du genou, ou gonarthrose, est une détérioration du cartilage permettant à cette articulation de bouger en douceur ; elle est parfois appelée « usure » de l'arthrite, mais nous reviendrons sur les raisons pour lesquelles cette appellation est erronée. L'arthrose peut être diagnostiquée à l'aide d'une radiographie montrant que les os de chaque côté de l'articulation se rapprochent, voire entrent en contact les uns avec les autres. Mais ce que l'on voit lors de cet examen ne correspond pas toujours à ce que l'on ressent.
L'étude a donc utilisé trois marqueurs différents : la douleur persistante au genou, l’arthrose diagnostiquée par radiographie et l'arthrose symptomatique (lorsque votre douleur est confirmée par le résultat de la radio). Les personnes qui avaient pratiqué le vélo étaient 17 % moins susceptibles de souffrir de douleurs au genou, 9 % moins susceptibles de souffrir d'arthrose révélée par une radiographie et 21 % moins susceptibles de souffrir d'arthrose symptomatique. Ce qui est intéressant, c’est qu’environ la moitié des cyclistes ont déclaré n’avoir pratiqué ce sport régulièrement que pendant l'une des quatre périodes d'âge retenues. Généralement la plus jeune. Plus passionnant encore ont constaté les chercheurs, plus les sujets observés avaient fait du vélo, moins ils étaient atteints d'arthrose symptomatique. Au fil des quatre périodes de vie les pourcentages tombaient (17 - 19 - 28 -43 %). En d'autres termes, les cyclistes qui avaient fait du vélo pratiquement toute leur vie avaient réduit de près de moitié le risque d'arthrose symptomatique du genou.
De bonnes nouvelles aussi pour les coureurs
Quelle est la portée réelle de cette découverte ? Il existe déjà un certain nombre de preuves scientifiques que le cyclisme comprime le cartilage du genou certes, mais qu’il le déforme moins que la course à pied par exemple. Cela pourrait même « conditionner » le cartilage pour le rendre plus résistant au fil du temps.
On pourrait donc en déduire que le vélo est bon pour les genoux. Mais d'autres scientifiques sont d'un avis contraire. Dans une étude réalisée l'année dernière, des chercheurs espagnols ont affirmé que « les mouvements concentriques répétitifs, comme ceux du vélo, peuvent produire les microtraumatismes qui conduisent à l'arthrose ».
Il existe un autre mécanisme possible qui n'a rien à voir avec les genoux eux-mêmes. Ces dernières années, les chercheurs spécialisés dans l'arthrose se sont opposés à l'idée selon laquelle cette affection est une conséquence de l'usure des articulations surmenées. Il est bien établi que l'obésité est un facteur de risque important pour l'arthrose, et on a longtemps supposé qu’un excédent de poids surchargeait les articulations. Mais cela n'explique pas pourquoi, par exemple, l'obésité double le risque d'arthrose dans les articulations non portantes comme la main. Or l'inflammation systémique associée à un métabolisme perturbé et à l'accumulation de dépôts de graisse pourrait être un élément déclencheur clé.
En d'autres termes, les bénéfices apparents du cyclisme pourraient avoir plus à voir avec le maintien d'un poids de forme qu'avec la compression du cartilage dans le genou. Si c'est bien le cas, on peut donc s'attendre à ce qu'il en soit de même pour d'autres activités sportives telles que la natation et, pourquoi pas, la course à pied. Et c'est effectivement le cas. Grace Lo a d'ailleurs déjà démontré dans des publications que les taux d'arthrose étaient plus faibles chez les personnes qui avaient l'habitude de nager ou de faire de la musculation. Et ils étaient également plus faibles chez les coureurs ! Ce que confirment d'autres études qui ont mis en évidence que la course à pied n'abîmait pas réellement les genoux. Contrairement à ce que nombre de non-coureurs ou d'ex coureurs affirment.
A l'opposé, des footballeurs très vulnérables
À ce stade, on est en droit de se demander si tous les sports ont cet effet magique. Hélas non. L’étude de Grace Lo montrent qu'avoir joué au football, ne serait-ce qu'à l'adolescence, multipliait par deux le risque d'arthrose du genou. Ce risque élevé persiste même après ajustement de l'Indice de Masse Corporelle (IMC). Ce qui suggère que, dans ce cas, le problème est probablement lié à des blessures aiguës du genou subies sur le terrain, une catégorie connue sous le nom d'arthrose post-traumatique. C'est une mauvaise nouvelle pour les joueurs de football, mais cela prouve que les chercheurs sont capables de détecter les facteurs de risque.
Pour conclure, et pour être parfaitement objectif, rappelons que cette étude est "rétrospective et observationnelle", il est donc impossible d'établir une relation de cause à effet. Nous savons seulement que l'augmentation de la pratique du vélo est associée à une diminution de la douleur au genou, et non qu'elle en est la cause. Mais si l'on considère l'ensemble des données, y compris celles relatives à la natation, à la musculation, à la course à pied et au football, le tableau général est très encourageant... pour les cyclistes comme pour les runners, notamment. Alors, oui certains des cyclistes (et coureurs) finiront bien par avoir mal aux genoux, mais ce ne sera pas à cause de leurs pratiques sportives.
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