Passionné de course à pied, notre journaliste a entrepris de suivre à la lettre le programme concocté par l’Intelligence Artificielle de sa montre. Surprenant !
Il y a quelques mois, j'ai remarqué quelque chose d’étrange sur ma montre Garmin Enduro 2. Au début de ma sortie du samedi, au lieu de rechercher immédiatement des satellites, elle a affiché un nouvel écran, une suggestion d'entraînement générée par l'IA, mise au point « pour moi ». J'avais prévu de faire une longue course, mais ma montre me conseillait de faire des intervalles.
Au départ, ça m’a fait marrer. Comment cet accessoire fixé à mon poignet pouvait-il savoir mieux que moi ce dont j’avais besoin ? Mais au fil des jours, ça m'a intrigué et j'avoue que j’étais de plus en plus curieux d’en savoir plus, car les montres de running ont fait de sérieux progrès ces dernières années. Elles sont désormais capables de collecter et d'analyser une multitude d'informations, telles que la variabilité de la fréquence cardiaque, le niveau d'oxygène dans le sang, la fréquence respiratoire, les cycles de sommeil, les niveaux de stress, la mécanique de la foulée et tant d'autres paramètres encore. Même les modèles de milieu de gamme offrent un ensemble de fonctions sophistiquées difficiles à imaginer il y a seulement une dizaine d'années. La plupart des grandes marques de montres, telles que Suunto, Coros et Polar, proposent désormais des recommandation en matière de récupération, de volume d’entrainement et des suggestions d'entraînement de base.
Mais j’étais perplexe : ma montre Garmin pourrait-elle vraiment m’apprendre quelque chose en matière d'entraînement et me faire progresser ? Pourrait-elle aller (soyons fou! ) jusqu’à remplacer un entraîneur ? J'ai eu affaire à un certain nombre de coaches au cours de ma carrière de coureur, généralement lorsque j'avais une course ou un objectif précis en tête. Aussi, inutile de vous dire que j'étais sceptique. Mais n’ayant aucune compétition en vue à ce moment-là et n'étant suivi par personne, j’ai décidé de servir de cobaye et pris la résolution de porter ma montre pendant un mois entier, 24 heures sur 24... et de faire tout ce qu'elle me recommandait.
Mais d'abord, à qui s'adresse cette fonction "AI Coaching Watch" ?
En 2020, Garmin a racheté Firstbeat Analytics, une société finlandaise. Quelques mois après cette acquisition, elle a commencé à proposer des suggestions d'entraînement en analysant les données relatives à la récupération, au sommeil et à l'effort physique. L'objectif ? Utiliser l'apprentissage automatique pour aider les utilisateurs à améliorer leur VO2 max et leur seuil de lactate, c'est-à-dire leur capacité physique à court et à long terme. On peut bien évidemment se montrer très sceptique sur ces prétentions, et je fais partie des esprits les plus critiques sur ce point, mais plus je me renseignais, plus je me rendais compte qu’en fait peu de gens avaient réellement essayé ces suggestions d'entraînement, ni même testé la fonction Garmin Coach.
Alors, à qui s'adressent-elles exactement ? Joe Heikes, chef de produit Forerunner, explique que Garmin a développé ces recommandations pour "le segment intermédiaire des coureurs », à savoir le coureur assidu, mais non pro. Car les coureurs de haut niveau, d'élite ou professionnels – ont généralement déjà un entraîneur. Quant aux débutants ou aux coureurs occasionnels, la plupart ne recherchent pas de plan d'entraînement structuré. "Pour résumer, cette fonction est destinée aux coureurs engagés qui ont besoin d'un peu d'aide", précise Joe Heikes. "Ils n'ont pas forcément besoin d'être très assistés, mais ils veulent un plan et voir leurs progrès. ».
L'argument tient la route, mais la mise en pratique n'est pas si simple comme l'explique Herman Bonner, de chez Firstbeat Analytics qui estime que le plus grand défi à ce niveau, c'est la confiance. "Quand vous donnez des conseils, vous devez d'abord prouver que vous êtes digne de confiance. Cela demande beaucoup de temps et d'efforts". Mais l’expert croit dur comme fer dans la fiabilité de l'algorithme de sa marque. "En tant que société d'analyse, nous avons passé au crible toutes sortes de données, intégré des process d’entrainement reconnus et testés pendant des années. Autant d'informations précieuses que nos clients ne voient pas", explique-t-il. "C’est en utilisant la fonction qu’ils en voient les avantages, mais il est difficile pour un coureur de s’engager à fond dans un programme… sans avoir confiance dans cette fonction. C’est toute la difficulté que nous rencontrons".
Joe Heikes explique que l’intérêt pour ce type de coaching a été identifié pour la première fois il y a près de dix ans. Garmin commençait alors à recevoir des demandes d'utilisateurs qui souhaitaient des conseils d'entraînement, de quoi les booster. "J'avoue que moi aussi j’étais sceptique lorsque j'ai commencé à tester la montre, tout comme Herman Bonner d’ailleurs", explique Joe Heikes. "Et c’est vrai qu’une montre ne sera jamais parfaite. Elle repose sur une méthode d'entraînement spécifique qui ne conviendra pas à tous les coureurs. Mais c'est beaucoup mieux que rien."
Plans d'entraînement automatisés : mon expérience de première main
Comme les suggestions d'entraînement sont basées sur l'ensemble des données que votre montre est capable de collecter, je me suis engagé à la porter en permanence. Ce qui n’a rien d’évident pour moi, car je ne porte généralement ma montre que pour courir - mais je savais que les résultats seraient plus précis (et sans doute plus bénéfiques) si je m'engageais pleinement. À partir de là, Garmin a pris le relais. Je n'ai pas eu à enregistrer mes séances d'entraînement ni à déterminer ma condition physique de base, comme c'est le cas avec un nouvel entraîneur. Tout cela se fait en arrière-plan et devient de plus en plus précis au fur et à mesure que vous utilisez la montre – c’est l'étrange beauté de l'IA qui suit tout ce que vous faites.
Comme je l'ai appris, il existe sept types différents d'entraînements recommandés ici : un mélange de courses de récupération, d'endurance de base, d'entraînements aérobiques de haute intensité et d'efforts d'entraînement anaérobique. J'ai trouvé cela suffisamment varié pour rester intéressé pendant un mois, mais je me demande si cela ne deviendrait pas un peu lassant à long terme. J'ai appris plus tard qu'il s'agissait d'une étape seulement dans le processus de mise en place d'une routine de course à pied, et pas nécessairement d'un programme sur lequel on s'appuierait pendant des années.
Les séances d'entraînement s'adaptent à votre condition physique, en termes de durée et d'intensité. Ma montée en puissance a commencé lentement, mais au fil des semaines, j'ai remarqué une accélération, en particulier dans la durée de mes séances d'entraînement les plus difficiles. C'est au cours de la première semaine que j'ai le plus souffert, lorsque la montre m'a donné des recommandations que je sentais pas. Par exemple, le deuxième jour, Garmin m'a suggéré un entraînement tempo, mais comme je n’étais pas trop en forme après une mauvaise nuit, j'ai fait une course facile à la place. Ce que semble comprendre Garmin. "Il y aura des jours où la meilleure option sera de vous reposer", admet la marque sur son site. Ce qui suppose que vous pouvez sauter des séances d'entraînement si nécessaire. De telles erreurs font partie du processus : jour après jour, la montre essaie d'apprendre vos habitudes, et les erreurs sont forcément beaucoup plus nombreuses au début.
En revanche, j'ai tout de suite remarqué que l'algorithme intégrait très bien les données provenant d'autres appareils, comme mon compteur de vélo Garmin Edge. Essentiel pour quelqu'un comme moi qui alterne course à pied et cyclisme. L'algorithme intègre également les efforts importants réalisés à la salle de sport, et m'a conseillé par exemple de réduire ma course à pied le lendemain d'une séance de kettlebells intense. C’est un point que j’ai apprécié, car je ne suis pas le seul à avoir un entrainement croisé.
Alors, qu’en penser ?
Dans l'ensemble, j'ai trouvé que l'IA intégrée à la montre était plutôt précise. Elle suggérait des efforts de base conformes à mes attentes, des entraînements au seuil conformes aux entraînements passés et des entraînements de sprint anaérobique difficiles, comme on en a besoin. Bien sûr il m’aurait fallu la tester plus longtemps encore pour établir une relation de confiance et, pourquoi pas, m’en remettre complètement à elle, mais je suis convaincu que ce principe tient la route, même s’il ne convient pas à tout le monde. Car si vous suivez déjà des séances d'entraînement spécifiques que vous aimez et qui se concentrent sur des mesures clés de la course à pied comme le VO2 max ou le seuil de lactate, cette fonction ne s’adresse sans doute pas à vous.
Au final, j'ai apprécié ce mois de test, mais j'ai déjà repris mes vieilles habitudes d'entraînement au feeling, une approche qui offre plus de flexibilité à mes yeux : cette expérience en dit peut-être plus sur mes préférences personnelles que sur la montre et ses algorithmes !
Dernier point pour bien comprendre cette fonction : elle n’a pas été développée pour remplacer le coaching, m’explique Joe Heikes, mais ces deux approches – le coaching humain et l’IA - pourraient certainement se compléter. « La montre collecte et analyse quantité de données précieuses qu'un entraîneur pourra étudier pour vous prodiguer des conseils personnalisés très pointus, tout en laissant la montre fonctionner comme un plan d'entraînement AI pour les séances d'entraînement quotidiennes", explique-t-il. Ce que confirme Corrine Malcolm, coach depuis 2016. Fondatrice de Foothills Endurance, elle y voit une opportunité pour les coachs de travailler en tandem avec les plateformes de coaching par IA. "Le plus grand défi pour un coach est de savoir quand et comment passer au niveau supérieur. C’est beaucoup de travail si vous le faites correctement, ce qui veut dire que vous ne pouvez accompagner que quelques dizaines de personnes à la fois", explique-t-elle. D’après elle, un modèle hybride pourrait certainement apporter un vrai plus à un coureur qui n’a pas les moyens de se payer un forfait mensuel coûteux. "Il faut l’imaginer comme un modèle « low cost » supposant moins d’interactions humaines. Ce qui pourrait se traduire par exemple par une heure hebdomadaire pour discuter avec un coach qui s’appuierait essentiellement sur l'IA pour établir les séances d'entraînement."
Compte tenu de mon expérience personnelle, la valeur des données et des séances d'entraînement suggérées pour informer et simplifier l'entraînement me semble évidente. Et je suis convaincu que ceux qui n'ont que quelques années d'expérience en course à pied et qui n'ont pas d'entraîneur, pourront en tirer quelque chose, améliorer leur condition physique et faire varier leur pratique…à condition d'être assidu et de confiance à l'algorithme. Et c’est là parfois que la présence d'un coach humain fait souvent la différence !
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