Plus de 1500 tonnes de déchets : c’est ce que nos planches génèrent chaque année en France. C'est en partant de ce constat que Rossignol a mis au point un nouveau modèle, l'Essential, dont 75% des matériaux peut être décomposé et recyclé, contre 10% en moyenne aujourd’hui. Un projet mené en collaboration avec la société lyonnaise MTB recycling.
Au fil des saisons, nos équipements sont de plus en plus techniques et performants. Résultat, les skieurs gardent leur matériel sept ans en moyenne, et les skis ne font pas exception à la règle. Un vrai casse-tête pour les marques soucieuses de réduire les déchets et le gaspillage de matières premières. Parmi elles, des starts-up comme la jeune française ADN, dont les premiers prototypes ont été présentés aux Gets à l’occasion de la Journée de la Terre. Mais aussi des acteurs historiques, tels que Rossignol dont l’annonce, ce jour-là également, n’a échappé à personne. Le leader mondial du ski va en effet lancer pour l'hiver 2022-2023 une série limitée de skis all mountain, recyclables à 75 %.

Avec seulement 68 mm au patin , le nouveau modèle, baptisé Essential est un ski de carving à rayon court. Il est disponible dans des longueurs de 156 cm, 161 cm et 166 cm (une longueur de 171 cm sera disponible à l'hiver 2023-2024). Pour qu’il soit recyclable, les concepteurs ont réduit la quantité de matériaux utilisés. A ce jour, la plupart des modèles utilisent huit types de matériaux différents, voire plus, difficiles à séparer les uns des autres. Ce qui rend quasi impossible leur recyclage. Résultats : seuls 10 % des composants peuvent être extraits et sauvés.
En revanche, le noyau en peuplier, la structure en aluminium, les carres en acier et la base en polyuréthane de l'Essential sont conçus pour se séparer facilement au cours du processus de recyclage que Rossignol a développé avec son partenaire, la société lyonnais MTB Recycling. Cela dit, une fois vos skis arrivés en fin de course, pas question de les jeter directement dans la poubelle des recyclables. Votre mairie ne va pas pouvoir les décomposer, elle n’est pas équipée pour cela. C’est Rossignol qui va se charger de collecter les skis et de les décomposer dans ses propres installations. Puis la majorité des matériaux récupérés sera réutilisée par des industries telles que la construction, grande consommatrice de matériaux recyclés. À terme, la marque espère également réunir un volume suffisant pour mettre en place un système circulaire dans lequel les composants de ses anciens skis seront utilisés pour en fabriquer de nouveaux.
Un tiers des skis de la marque recyclable d'ici 2028
Reste que la recyclabilité n'est pas le seul objectif des concepteurs. "Quand on parle de recyclage, on parle de fin de vie", explique David Bouvier, directeur marketing senior du projet Essential Ski, « et bien sûr, le recyclage est important, mais entre les deux, on peut aussi intervenir à plusieurs niveaux." Les matériaux de l'Essential ont ainsi été choisis dans le respect de la planète : Rossignol affirme que 62 % de ses matériaux sont recyclés ou proviennent de sources à faible impact, comme la résine entièrement naturelle et le bois provenant de cultivateurs pratiquant la sylviculture durable.
Des choix qui n’altèreraient pas les performances de ce ski, selon David Bouvier, la performance et le design du Essential seraient donc comparables à ceux du React 8 et du Hero Multi-Turn de Rossignol, deux modèles conçus pour tenir sur neige dure ou à grande vitesse. "L'Essentiel n'est pas destiné aux coureurs", précise toutefois Bouvier. "Vous ne ferez pas les championnats du monde avec" - mais si vous êtes en quête d’un ski de carving stable, c'est un choix qui tient la route, selon lui.
La marque prévoit d'étendre la ligne Essential au cours des cinq ou six prochaines années pour l’ouvrir notamment à des skis freeride, all-mountain et de poudreuse. L'objectif de Rossignol d'ici 2028 est de rendre environ un tiers de ses skis facilement recyclables . "Nous y travaillons déjà ", déclare David Bouvier, "mais je suis convaincu que la technologie que nous utiliserons alors ne sera pas la même que celle dont nous disposons actuellement, car forcément, nous allons apprendre et évoluer."
La concurrence va-t-elle suivre cette tendance ?
L’arrivée de Rossignol sur le marché du ski recyclable ne doit rien au hasard. D’une part parce que la demande pour des produits plus respectueux de l'environnement va croissant, et les marques l’ont bien compris, mais aussi parce que toutes se concentrent aujourd’hui sur le ski polyvalent. Or les performances plafonnent et tout le monde commence à chercher d'autres moyens de se démarquer de la concurrence. On voit ainsi aujourd’hui de nombreuses marques plancher sur des projets de plus en plus ambitieux en matière d'environnement et de climat. Citons notamment Tecnica et son programme de recyclage des chaussures, ou encore WNDR Alpine et ses skis misant sur les biotechnologies.
Rossignol espère que l'Essential contribuera à faire évoluer l'ensemble du secteur vers une conception et une production plus respectueuses de la planète. "Nous essayons tous de faire bouger le curseur dans le bon sens", déclare Nick Castagnoli, directeur du marketing de la marque. "Espérons que l’ensemble de notre industrie commence à placer cette question au premier plan de sa stratégie et développe ses nouveaux produits en conséquence."
On ne peut que se réjouir de l’initiative de Rossignol, mais n’oublions pas qu’un certain nombre de questions restent en suspens avant de voir si ce programme de skis recyclables fonctionne vraiment. Pour commencer, on ne dira jamais assez qu’un produit, aussi respectueux de l’environnement soit-il, ne décollera pas s'il n'est pas aussi bon, voire meilleur, que ceux qui existent déjà sur le marché. Or nous n'avons pas encore été en mesure de vérifier sur le terrain les performances annoncées par la marque. Tout dépend également de la façon dont elle va communiquer sur ce modèle et sur son programme de recyclage, d’autant qu’une des inconnues majeures reste le prix, 800 € avec les fixations. L’argument de la durabilité sera-t-il suffisamment attractif pour que le consommateur saute le pas ? L’avenir le dira.
Article initialement publié le 28 avril 2022, mis à jour le 29 avril 2022.
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