Un VAE à système de recharge autonome ? Forcément, à Outside, ça nous a plu. Et nous ne sommes pas les seuls. Ces derniers jours, la presse s’est emballée autour du Pi-Pop, vélo à assistance électrique sans batterie, conçu par une petite entreprise du Loiret et présenté comme « unique au monde ». Une innovation écolo, novatrice, made in France… on voudrait tous y croire. Pourtant, après enquête, nous sommes pour le moins sceptiques.
Depuis la fin du confinement, l’intérêt pour le vélo – notamment électrique – n’a fait que croitre, provoquant de nombreuses ruptures de stock. Pourtant, la tendance n’est pas nouvelle : la vente des vélos à assistance électrique (VAE) est en constante hausse depuis 2007. Selon les chiffres de l’Union Sport et Cycle, plus de 500 000 modèles ont été écoulés en 2020, un nouveau record marquant une incroyable progression de 29% par rapport à 2019. Entre effort moins important, gain de vitesse et meilleur impact sur la qualité de l’air que l’auto ou la moto, les avantages des VAE ne sont plus à démontrer. Reste que leur batterie, source de notre aisance sur le vélo mais aussi de problèmes environnementaux, fait toujours débat.
Composées de terres rares, des minerais à l’extraction et au raffinement extrêmement polluants – dont les gisements, voués à disparaître dans les prochaines décennies, empoisonnent les fleuves et le sites environnants – les batteries se recyclent très difficilement. De quoi faire réfléchir à l’heure de s’équiper « vert ».
Pourtant, après plusieurs années de recherches et de développement, la société d’électronique STEE, située à Olivet, dans le Loiret, annonce avoir trouvé la solution : le Pi-Pop, "un vélo électrique équipé de super-condensateurs, nouvelle technologie verte", lit-on sur le site du fabriquant, la société STEE. Ce serait donc la solution miracle comme s'empressent de dire Le Parisien, TF1 et la Nouvelle République, qui disposent, comme nous, de maigres informations.
Comment ça marche ?
Pour en savoir plus, nous sommes allés sur le site du fabricant. Après 20 premiers vélos prototypes ayant été adaptés à partir d'engins existants, nous nous attendions à des infos précises, notamment concernant le cadre, les dérailleurs, les pédaliers, les roues, les tiges de selles entre autres. En clair une fiche technique de base comme en fournit aujourd'hui n'importe quel fabriquant de vélos. Hélas, ce que nous avons pu recueillir est un peu léger pour un produit dont le tarif frôle les 2000 € :
- Source d'énergie : Super-condensateurs
- Durée de vie : 15 ans
- Recyclable : Oui
- Poids : 22 kg
- Autonomie : Illimitée
- Vitesse avec assistance : 25 km/h
- Disponibilité : E-commerce
- Porte-bagages : Oui
- Garde boue : Oui
- Prix : 1995 €
Même flou sur le fonctionnement, expliqué par les médias en ces termes: un système "emmagasinant de l’énergie à partir de l’effort produit par le cycliste et la restituant sous forme d’assistance électrique dès qu’il faut appuyer un peu plus sur les pédales, en cas de côte ou d’accélération". De nombreux internautes ont réagi sur les forums précisant que "la seule énergie à économiser était celle du freinage car vous créez volontairement une friction qui transforme de l’énergie en chaleur gaspillée. Bref, ce vélo est un concept qui peut convenir à certains, mais probablement pas à tous" avant d'ajouter que "non, ça n’a pas une autonomie illimitée puisque vous n’aurez jamais assez d’autonomie pour faire un trajet entier avec de l’assistance".
On s'attendait à trouver une démonstration dans la vidéo présente sur le site internet du fabricant. Hélas, il ne s'agit que d'un spot publicitaire. À ce stade, on aurait donc bien aimé en savoir plus sur l'entreprise censée produire le fameux Pi-Pop, sachant que fabriquer un vélo dans les règles de l'art ne s'improvise pas. Nous avons donc tenté de contacter le constructeur par téléphone et par mail. Mais nous restons sans réponse à ce jour.
Qui est à l'origine du Pi-Pop ?
Sur son site, STEE est présentée comme "spécialisée dans la réalisation et conception de cartes électroniques, câblage filaire et intégration, du prototype à la petite et moyenne série", une société qui "crée ses propres produits et vise à relocaliser la production en France à 100%".
Combien ça coûte ?
1 995 €, ce qui correspondrait au tarif d'un VAE de bas-moyenne gamme comme on peut le constater sur Boulanger ou Décathlon.
Comment se procurer le Pi-Pop ?
100 exemplaires sont aujourd’hui disponibles en pré-commande sur le site internet de l'entreprise, moyennant un acompte de 250€ à verser à la commande. Nous nous sommes donc mis dans la peau d'un acheteur et avons tenté de faire une commande. Pour seule réponse au formulaire figurant sur le site du Pi-Pop, nous avons eu le message suivant : "Votre pré-commande va être traitée par l'équipe Ufeel. Vous allez bientôt recevoir le RIB de l'entreprise afin d'effectuer le virement. Nous vous remercions pour votre soutien !". Depuis, aucune nouvelle. À notre connaissance, seule une poignée de vingt chanceux, ont pu acheter ce vélo dont ils ont pu découvrir l'existence sur les réseaux.
Et déjà un contrat de distribution avec Boulanger ?
Le Parisien et TF1 mentionnent tous deux une éventuelle signature avec l’entreprise Boulanger, société de distribution que nous avons réussi à contacter. Dans un premier temps son service client atteste n’avoir eu aucun briefing à ce sujet et nous invite à consulter, à l’avenir, son site internet pour être au courant d’éventuelles sorties. Mais ce vendredi, le service de communication du distributeur revient vers nous et nous confirme que « Oui, nous avançons de manière très concrète sur la construction d'un partenariat durable avec la marque ». Et précise que « les vélos électriques PIPOP seront disponibles dans certains points de vente et sur notre site internet. La marque est jeune et sa capacité industrielle est limitée par son format et les difficultés du marché industriel du moment (pénuries, approvisionnement...) c'est pourquoi nous ne pourrons pas déployer la marque dans tout le réseau dans un premier temps. D'après les derniers échanges avec la marque, nous pourrions proposer les vélos PIPOP d'ici l'été 2022. » Voilà qui est rassurant. Cela dit, Boulanger ne semble pas en savoir plus que nous sur cette « innovation » : « Nous n'avons pas plus d'informations techniques que celles fournies par la marque », reconnait le distributeur.
Un énorme succès sur les réseaux, vraiment ?
Certains des médias qui ont annoncé la sortie du fameux vélo mentionnent « 10 000 fans qui suivent le projet de STEE sur les réseaux sociaux ». Intéressant. Pourtant, d’après nos recherches, le Pi-Pop n’apparaît ni sur le Facebook de la marque – dont la dernière publication remonte à 2017, avec un lien mort - ni sur Instagram. Notons cependant une petite représentation sur LinkedIn. On est bien loin des 10 000 fans annoncés par médias qui semblent s'être bien vite emballés, mais sur quelles bases ?
Mais qu'en pensent les premiers acheteurs ?
Curieux d'en savoir plus, nous avons fouillé sur de nombreux forums, ce qui nous a amené à interviewer Alicia Tafani, qui refusait jusqu'à présent l'achat de tout vélo à assistance électrique pour des questions écologiques, en raison des batteries, justement. Depuis trois ans, elle suit l’évolution de l’entreprise, de U-feel – leur premier prototype – à Pi-Pop. Il y a une semaine, elle postait sur LinkedIn ce message : "Mon vélo m'attend et j'aimerais le récupérer le 10 février ! J'ai un peu du mal à avoir quelqu'un. C'est possible d'être recontactée ?" Par chance, au jour dit elle récupérait son vélo, sans autres informations complémentaires sur le produit que celles présentes sur le site web de la marque.
Au passage, elle en a profité pour tourner quelques images pour le sujet diffusé sur TF1 ce week-end. À vrai dire, elle n’a pas encore beaucoup essayé son vélo, mais en semble déjà satisfaite. Désireuse de parcourir les 15 km reliant son domicile à son lieu de travail en faisant "un peu d’exercice sans suer pendant les montées », le Pi-Pop correspond totalement aux attentes de la Bretonne qui affirme que non, il n’a pas les mêmes capacités qu’un vélo à assistance électrique disponible sur le marché. « Pour recharger entièrement le super condensateur, il faut pédaler 20 minutes sur du plat ou plus rapidement en descente en utilisant le frein moteur. Avec le super-condensateur plein, on peut faire face à une montée de 300 mètres » nous précise Alicia avant d’ajouter « qu’il n’y a aucun intérêt à l’utiliser sur le plat ».
Reste à savoir ce qu'en pensent les 19 autres premiers acheteurs. Mais au vu de nos recherches, il semble que le Pi-Pop soit loin d'être la solution miracle qui résoudrait le casse-tête de la batterie sur les VAE. Hélas.
Article initialement publié le 16 février 2022, mis à jour le 18 février, suite à un complément d'information fourni par le distributeur Boulanger.
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