C’est officiel, les Jeux Olympiques de 2030 vont avoir lieu, la garantie financière ayant été apportée par le gouvernement de Michel Barnier ce mercredi. Et une nouvelle fois, les organisateurs parlent, depuis le lancement du projet, de JO « verts », une mention reprise notamment par Grégory Doucet, maire de Lyon (Les Ecologistes). Alors simple effet d’annonce ou réalité bien ancrée ? Afin d’y voir plus clair, nous nous sommes demandé ce qu’étaient exactement des Jeux « verts ». Mais aussi quelles actions pouvaient et allaient être mises en place pour parvenir à ces promesses de durabilité. Antoine Pin, directeur de Protect Our Winters France, association qui milite en faveur de l’environnement à travers la pratique des sports outdoor, nous a aidé à y voir plus clair.
« Si tu arrives à mettre un symbole aussi fort que les JO au service d’une transition profonde, efficace, emprunte de sobriété et de justice sociale, qu’est-ce qui nous résistera après ? » s’enthousiasme Antoine Pin, directeur de Protect Our Winters (POW). « C’est un peu cette idée-là qu’il y a derrière la mobilisation [en faveur de Jeux dits « verts », ndlr]. Si on arrive à les faire changer eux, les Jeux Olympiques, il n’y a personne d’autre que l’on ne pourra pas prétendre faire changer ».
Mais comment faire tendre ces grandes compétitions internationales vers un modèle plus durable ? Avons-nous les clés pour y parvenir ? Et comment agir en tant que citoyens ?
Grégory Doucet, le maire de Lyon, s’est dit récemment favorable à l’organisation des Jeux Olympiques de 2030, à condition qu’ils soient « verts ». C’est quoi des JO « verts » ?
C’est une très bonne question. Qui n’a pas encore été abordée dans le détail par les organisateurs, qui ont eux aussi employé ce terme. […] Pour nous, POW, le cadre règlementaire actuel, qui définit ce qui est « vert » en France, « durable » en tous cas, doit être en lien avec les ambitions climatiques du moment. C’est-à-dire avec tout ce qui rentre dans le cadre de l’accord de Paris visant à limiter les émissions globales pour un réchauffement à 1,5°C. On a par conséquence émis avec un panel d’experts et de scientifiques, en novembre dernier, une liste de 17 critères qui, s’ils sont appliqués à la lettre, permettraient d’organiser des Jeux Olympiques dans le cadre de l’accord de Paris. Des Jeux plus durables et respectueux de notre environnement, compatibles avec les limites planétaires et au bénéfice des populations et des territoires. Un projet que l’on est allés porter à l’Élysée avant d’en discuter avec le CNOSF [Comité national olympique et sportif français, ndlr].
Comment concrètement limiter l’impact carbone d’un tel événement ?
En ce qui concerne les Jeux d’hiver prévus en 2030, la population n’a pas eu l’occasion de se positionner sur l’existence même de ce projet. Les pouvoirs publics sont arrivés, déclarant que le projet devait se dérouler sur le territoire. Il n’y a pas eu d’espace où l’opposition a pu se prononcer, ne serait-ce qu’à l’existence même du projet. Alors si on reste dans le giron de l’action citoyenne, de la non désobéissance, du non sabotage, etc., la seule chose que l’on puisse faire aujourd'hui c’est encourager à limiter l’impact par de multiples actions.
Le plus gros impact que l’on puisse avoir concerne les transports, notamment les déplacements des publics étrangers [qui représentent 52% du bilan carbone d'une journée au ski, bien que d'autres éléments soient à prendre en compte, tels que la gestion du domaine skiable dont l'enneigement. Evalué à 3%, il pose bien évidemment des questions de gestion des ressources naturelles notamment de l'eau, ndlr]. Mais aussi les approvisionnements, le sponsoring qui selon nous, devrait exclure toute entreprise trop proche des milieux pétroliers. Avec des sponsors comme Coca-Cola, se pose la question de savoir s'il est possible de gérer en profondeur des dossiers sensibles comme la gestion des déchets par exemple. On sait que leur capacité décisionnaire et opérationnelle est plus haute que celle des organisateurs. Alors on peut se demander si les objectifs que nous proposons pourront être réellement mis en place ?
Au vu de la société dans laquelle on évolue actuellement, jusqu’à quel point peut-on réellement limiter l’impact des transports ?
Ce qui est assez incongru dans ce dossier-là, c’est que l’on nous vend une partie du projet comme étant l’occasion de développer une partie des infrastructures pour le territoire. Et d’aider à décarboner le transport du tourisme en montagne notamment. […] La question que l’on se pose, c’est plutôt de savoir pourquoi on a besoin des JO pour apporter des services, nécessaires dans notre trajectoire climatique, aux citoyens. Sans Jeux Olympiques, la transition ne serait-elle pas possible ? […] Quoiqu’il en soit, le sujet des transports et de son impact c’est un sujet majeur. Puisque c’est le plus gros poste d’émissions carbone. Donc toutes les occasions sont bonnes pour les territoires de venir grapiller ce dont ils ont besoin. On dit souvent que sans les JO d’Albertville en 92, il n’y aurait, a priori, pas d’autoroute en Tarentaise. Une question se pose : « Est-ce que nos gouvernements seraient prêts à faire les investissements nécessaires pour décarboner les transports dans nos territoires sans un projet, sans les JO ?
Après, il faut savoir que les JO d’hiver, ce ne sont pas des JO d’été. Donc ce n’est pas la même population qui va se déplacer. Une bonne partie des spectateurs seront européens. Et le continent européen est très bien pourvu en transports ferroviaires. Jusque dans les sites, ou une partie des sites dans les Alpes du Nord qui pourraient accueillir les JO.
Alors mettre des contraintes et des obligations à la manière dont les personnes vont se rendre sur les sites, c’est envisageable, possible et souhaitable. On pourrait imaginer la mise en place de fan zones afin que les spectateurs qui seraient autrement obligés de prendre l’avion puissent suivre la compétition sans avoir à sortir de leur pays. Il y a déjà eu des exemples de ce genre de pratique pour la Coupe du monde de rugby en France, en 2023. En Nouvelle-Zélande, la fédération avait mis en place tout un tas de fan zones dans le pays, pour permettre aux gens de ne pas avoir à se déplacer pour vivre la fête des championnats du monde. Leur équipe nationale avait d’ailleurs plébiscité le train pour ses déplacements en France quand elle était sur place. On peut donc imaginer cela, dans le cadre des JO 2030 pour les Américains, pour les Asiatiques, et pour toutes les populations qui seraient obligées de prendre l’avion pour assister aux Jeux. Un moyen sobre de leur permettre de vivre la fête, si l'on considère que ç'en est une. Des outils, il en a, mais la question c’est plutôt, est-ce qu’il y a la volonté politique de les acter ?
Toutes ces mobilisations visent à faire changer les institutions, certes. Mais est-ce que l'ensemble de la population est prête à accepter ces restrictions ? Faut-il faire évoluer les mentalités ?
Je n’ai pas l’impression que la participation aux épreuves soit vastement populaire, dans le sens accessible à l’intégralité de la population. En termes de tarification notamment. D’autant plus pour celles et ceux qui viennent de l’étranger. J’aurais donc tendance à penser que des mesures comme les fan zones dans les autres pays auraient tendance à permettre à un plus grand nombre de vivre cet événement-là. […] La technologie permet à l’heure actuelle des choses assez fortes. En restant empreint de sobriété si possible. Et là, on parle du ski, en plus. Quand tu vas voir des épreuves de bobsleigh, tu as un mec qui passe à 130 km/h devant toi. À un virage. Tu auras une meilleure expérience si tu regardes le truc à la télé ! C’est le cas dans la majorité de nos sports d’hiver, à part peut-être le hockey ou ce genre d’épreuves qui permettent de vivre une expérience collective. L’expérience spectateur n’en sera peut-être pas moins importante. […] Reste la question de cette espèce de communion, d’emphase et d’entraide générés par les Jeux, que mettent en avant les organisateurs. Mais ça, on peut peut-être trouver différentes façons de le faire. C’est à imaginer.
Quid des mesures de compensation carbone ?
Financer des efforts qui permettent de financer ou mieux, de régénérer des espaces de biodiversité, c’est une très bonne idée. Par contre, l’articulation à l’heure actuelle des schémas de compensation me fait avoir un sourire un peu narquois. Notamment parce qu’elle est abordée comme étant la première action des organisateurs dans ce milieu événementiel un peu à court d’idée pour savoir comment réduire leur impact. Alors, la compensation en tant que tel, bof. […] Mais si l’on contribue à vraiment effectuer des efforts de régénération de la biodiversité en France et à travers le monde, sur des échelles qui sont pertinentes, oui. Mais par contre, ce n’est parce que vous avez planté des arbres, protégé un marais ou autre qu’il faut que vous laissiez les gens continuer de venir en bagnole. Que vous ne proposiez pas de nourriture végétarienne. Que vous ne fassiez pas de zéro plastique, et autres.
Chez POW, vous êtes plutôt du genre optimiste ou pessimiste face à ces Jeux ?
Je suis optimiste à l’idée de te dire que l’on va tout faire pour que les voies décisionnelles des citoyens soient entendues. Est-ce que l’on va être aidés par les institutions ? Ça, à l’heure actuelle, ce n’est pas vraiment la question. […] Les JO sont un projet impactant pour le territoire, et pour le moment délétères, vue la manière dont ils ont été promus dans les éditions passées. Mais je ne vois pas comment on va empêcher l’État et les régions de continuer à pousser le projet.
Ce que l’on peut faire, c’est tout faire pour rendre les gens concernés sur la façon dont le projet va se dérouler. L’expérience de Paris nous l’a encore montré. Même dans un état de tension sociale et politique majeure, en tant qu’individu, beaucoup de gens ont été touchés par ce qu’est un projet olympique. Dans sa forme la plus concrète. […] À l’heure actuelle, c’est difficile d’embarquer une majorité de la population dans l’idée qu’il n’y aura pas de Jeux Olympiques. Car lorsque les JO ont lieu, ils vivent, bon gré, mal gré, des choses positives. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas le faire. Chez POW, on a l’impression que c’est un peu plus accessible et réalisable d’essayer d’embarquer les gens en leur disant : " Venez, essayons de faire ressembler ces Jeux Olympiques à ce dont on a vraiment envie."
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