Membre de la tribu Laguna Pueblo, Deb Haaland, 60 ans, sera la première Amérindienne à diriger le Ministère de l'intérieur et la première à faire partie d'un cabinet présidentiel américain. Elle supervisera un vaste département chargé des ressources naturelles incluant notamment les « terres publiques » et les parcs nationaux, ainsi que le Bureau des affaires amérindiennes. Elle rejoint ainsi l’équipe choisie hier par le président élu Joe Biden pour faire face à la « menace existentielle » du changement climatique.
Le président élu Joe Biden a annoncé hier la nomination de Deb Haaland - députée du Nouveau-Mexique qui en est à son premier mandat- au poste de Ministre de l’intérieur. Si le Sénat le confirme, elle sera la première Amérindienne à occuper cette fonction hautement stratégique en matière de politique environnementale et la première à faire partie d'un cabinet présidentiel. Outre le Bureau des affaires amérindiennes, elle supervisera des organismes tels que le Bureau de la gestion des terres et le Service des parcs nationaux.
"C’est le signe clair que le nouveau gouvernement est profondément engagé dans la lutte contre les crises de la faune et du climat en Amérique », a commenté la National Wildlife Federation. « Signe également qu’il s'engage vraiment auprès des tribus amérindiennes et des communautés indigènes". Joe Biden avait annoncé vouloir composer un "gouvernement qui ressemble à l'Amérique", voilà qui concrétise ses promesses.
Deb Haaland, 60 ans, est la fille de deux vétérans de l'armée américaine. Sa mère, une Amérindienne, a servi dans la US Navy. Son père, un Américain d’origine norvégienne, est un ancien Marine, récompensé pour son courage pendant la guerre du Vietnam par une Silver Star, une des médailles les plus prestigieuses de l’armée américaine. Membre du peuple amérindien Laguna Pueblo, la députée du Nouveau-Mexique se décrit comme une « Néo-Mexicaine de la 35e génération ».
Mais avant de parvenir à rejoindre le gouvernement de Joe Biden, son parcours n'a pas été facile.
Ce n’est qu’à 34 ans, en 1994, qu’elle obtient son diplôme de l'université du Nouveau-Mexique. Quatre jours plus tard, elle donnera naissance à une petite fille. Mère célibataire, elle réussit à joindre les deux bouts en créant sa propre entreprise de sauce cuisinée. Mais pour survivre, avoue-t-elle, elle doit parfois compter sur les tickets d’alimentation délivrés par les services sociaux ou faire appel à la générosité de ses amis pour se loger.
En 2006, elle obtient un diplôme de docteur en droit à l'université du Nouveau-Mexique, ce qui lui permet d’occuper le poste « d'administratrice tribale pour le peuple San Felipe Pueblo ». Sa carrière politique viendra dans la foulée, en tant que bénévole. Consciente de l’importance de la représentation des communautés amérindiennes, elle travaillera sans relâche à augmenter leur participation aux élections. En 2012, elle s'implique comme volontaire dans la campagne d'Obama, puis se présente au poste de « lieutenant-gouverneur » ( bras doit du gouverneur, ndlr) en 2014. Sans succès. Mais un an plus tard, en 2015, elle est présidente du Parti démocrate du Nouveau-Mexique.
Au printemps 2016, elle participe activement aux manifestations s’opposant au « Dakota Access Pipeline », projet d’oléoduc passant notamment sur la réserve des Sioux de Standing Rock. Ce mouvement, soutenu par des célébrités telles que Neil Young, rassemblera des milliers de personnes et sera à l’origine d’une des plus grandes réunions de tribus autochtones de l’histoire des États-Unis. Pas moins de 300 tribus y participeront aux côtés de leurs frères Sioux. Le mouvement, pourtant fortement médiatisé sur sa fin, sera violemment réprimé par le gouvernement Trump. Mais pendant des mois Deb Haaland est présente aux côtés des militants, et il n’est pas rare de la voir cuisiner du chili et des tortillas à l'arrière de sa voiture pour nourrir les autres manifestants. "On ne devrait pas être sanctionné pour manifester, c'est notre droit constitutionnel", déclare-t-elle à l'époque.
Deux ans plus tard, Deb Haaland est élue en tant que députée pour représenter le premier district du Nouveau-Mexique englobant la ville d’Albuquerque et ses environs. Avec Sharice Davids, du Kansas, élue elle aussi cette année-là, elles sont les deux premières femmes amérindiennes à intégrer le Congrès. Deb Haaland y est Vice-présidente de la Commission des ressources naturelles de la Chambre des représentants et Présidente de la Sous-commission des parcs nationaux, des forêts et des terres publiques.
Choisie hier par Joe Biden pour occuper le poste stratégique de Ministre de l’intérieur, Deb Haaland, issue de la nation indienne, inconditionnelle des parcs nationaux et marathonienne, connait donc parfaitement les dossiers environnementaux dont elle va être responsable. Un contraste saisissant avec l'actuel Ministre de l'intérieur, David Bernhardt. Lobbyiste notoire de l’industrie du pétrole et du gaz, arrivé à ce poste en avril 2019, c’est à lui que l’on doit notamment l'autorisation à partir de 2020 des forages pétroliers et gaziers au sein du refuge faunique national Arctic, la plus vaste zone naturelle protégée des États-Unis.. Or le président élu Biden s'est engagé, lui, à arrêter tout nouveau forage de pétrole et de gaz sur les terres et les eaux publiques.
Mais c'est le changement qu'elle promet d'apporter à la cause des Amérindiens qui est le plus prometteur. Le mandat de Donald Trump a été marqué par une attaque historique contre les droits et le patrimoine des Amérindiens, offensive largement soutenue par son Ministre de l’intérieur, David Bernhardt. Outre le projet du « Dakota Access Pipeline », l'administration de Trump s’en est prise aux sites tribaux sacrés du « Bears Ears National Monument », dans l'Utah, a ouvert l'Alaska National Wildlife Refuge au forage pétrolier (menaçant les sources de nourriture pour le peuple Gwich'in), et a étouffé la voix des tribus par tous les moyens, selon Deb Haaland. Sans compter la mauvaise gestion de la pandémie de COVID-19 par l'administration Trump, qui a eu un impact disproportionné sur les communautés indigènes.
L’arrivée de la députée amérindienne au poste de Ministre de l’intérieur est donc un énorme soulagement pour les défenseurs de l’environnement. "Je suis convaincu que la députée Haaland utilisera les données scientifiques les plus fiables pour régénérer et préserver nos paysages, ouvrir à tous de nouvelles possibilités de loisirs de plein air, mettre nos terres publiques au service de la lutte contre la crise climatique et aider le pays indien à se remettre et à se reconstruire après la pandémie de COVID-19 », a ainsi déclaré Martin Heinrich, sénateur démocrate du Nouveau-Mexique. « Je suis impatient de soutenir sa confirmation à ce poste afin qu'elle puisse se mettre au travail pour protéger notre patrimoine naturel pour les générations futures", a conclu l’homme politique qui avoue que désormais, il devrait pouvoir retrouver le sommeil après le cauchemar des années Trump.
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