C'est un sujet tabou, où l'on utilise beaucoup de subterfuges pour éviter d’utiliser certains mots, mais le vélo a de réelles conséquences sur les parties génitales féminines. Heureusement, une marque s'est penchée sur le (douloureux) sujet et a mis au point des selles dotées d'une technologie sur-mesure pour le sexe des femmes.
"Engourdissement et douleurs", "tissus mous enflammés", "zones gênantes"... Compliqué de communiquer sur le sujet. Pour ne plus tourner autour de pot, disons le grossièrement : le vélo, ça fait 'mal à la chatte'. Voire très mal. Et même dans le cadre d'une pratique récréationnelle. Côté pros, c'est évidemment pire, certaines cyclistes n'ayant parfois plus que la chirurgie comme ultime espoir de pouvoir continuer une carrière.
Désespérée face à ce constat, la cycliste élite américaine Alison Tetrick est allée solliciter Specialized, l'un des principaux constructeurs mondiaux de vélos, pour tenter de trouver une solution à ce délicat problème. Challenge accepté. Un jour de juin 2016, la jeune femme s'est retrouvée face à un panel d'ingénieurs spécialisés dans la fabrication des selles - majoritairement des hommes - en train d'essayer de trouver un synonyme de "lèvres" qui ne choquerait pas l'assemblée. Un moment gênant mais nécessaire, au cours duquel Alison Tetrick a pu expliquer subir une inflammation chronique des grandes lèvres, et que d'autres femmes souffraient aussi d'insensibilité voire de lymphœdèmes au niveau du pelvis. "Personne n'y échappe", assène Alison ce jour-là. "Mais on se tait toutes, on essaye de gérer en silence".
Aujourd'hui encore, dans les équipes de coureuses, on s'échange des recommandations de chirurgiens qui pratiquent des labiaplasties, c'est-à-dire des réductions chirurgicales des lèvres, afin de limiter les zones pressurisées. Pas de salut hors de cette solution drastique pour des coureuses pro n'ayant pas l'opportunité de laisser les tissus au repos, sinon appliquer de la glace en espérant soulager momentanément l'inflammation. Les équipes de Specialized ont donc décidé de mettre Andy Pruitt sur le coup. Au-delà d'être l'un des meilleurs spécialistes au monde en termes d'ergonomie de matériel de vélo, l'homme est également unijambiste. Amputé après un accident de chasse il y a quelques années, il est familier des sensations d'inconfort et d'insensibilité dans le cadre de l'utilisation de prothèses notamment.
Enfourcher le vélo fesses à l'air
Pour identifier les causes exactes de l'inflammation des tissus mous, Andy Pruitt a réalisé qu'il devait pouvoir observer comment ces derniers répondaient à la pression de la selle, en action. Il a donc emprunté une technique utilisée habituellement pour ajuster les prothèses des amputés, en développant des selles en plastique transparent, pour permettre à l'équipe de recherche d'observer à l’œil nu les effets de la pression sur les tissus.
Restait à recruter une équipe de 15 courageuses, prêtes à dépasser leur pudeur en enfourchant le vélo fesses à l'air pour le bien commun du sexe féminin. Les selles transparentes ont révélé des inflammations dans certains tissus et des pressions empêchant une bonne circulation sanguine à d'autres endroits. L'un des problèmes concernait la zone évidée. Bien que la cartographie thermique traditionnelle identifie la pression exercée sur le bec et à l’arrière de la selle, des tests à l’aide de marqueurs anatomiques ont montré que, pour certaines femmes, les tissus mous gonflaient à l’intérieur de cette zone creuse. La solution n’était cependant pas de la combler. Les équipes ont donc imaginé insérer une mousse qui offre un soutien sans ajouter de pression : une nouvelle technologie était née, qu'ils ont baptisée MIMIC.
Specialized a commercialisé ses premiers modèles de selles pour les femmes au printemps 2019. La Power Women est ainsi disponible en plusieurs largeurs pour différentes anatomies. Côté bec de selle, la mousse souple optimise la pression. À l'arrière, une mousse plus ferme fournit un support structurel. Et au niveau de l’évidement, la mousse à mémoire de forme plus souple fournit un support anatomique afin de prévenir le gonflement des tissus mous. "En ce qui me concerne, ça a tout changé", affirme Alison Tetrick. Pour autant, certaines cyclistes n'ont pas été convaincues par les modèles proposés, poussant la marque à travailler d'arrache-pied pour proposer des selles supplémentaires à l'automne prochain.
Par ailleurs, les selles destinées aux hommes bénéficieront dorénavant de cette nouvelle technologie, et Specialized envisage d'étendre son usage pour solutionner d'autres points de friction, comme les grips. En attendant, Alison Tetrick se félicite d'avoir fait avancer l'égalité homme-femme dans le cyclisme. "Ce n'est pas juste du marketing ou vendre un produit dans une couleur différente pour les femmes", explique-t-elle. Tout comme le soutien-gorge de sport a révolutionné la pratique des femmes, elle espère que cette nouvelle approche de conception des selles permettra à de nombreuses sportives d'enfourcher un vélo et de rester en selle. Longtemps.
Specialized indique sur son site que la marque sera présente le 19 juillet à Albertville, à l'occasion de l'Étape du Tour (étape du Tour de France ouverte au public) du 21 juillet 2019.
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