Vous songiez à remplacer votre voiture à moteur thermique par un modèle électrique ? La bonne idée serait plutôt de vous équiper... d’un vélo électrique, voici pourquoi.
Avant même que l'invasion de l'Ukraine par la Russie ne provoque une flambée des prix du pétrole, les véhicules électriques avaient le vent en poupe. Y compris pour les modèles ciblant les amateurs d’outdoor. Une clientèle que l'industrie automobile entend bien récupérer, qu’on soit ski, surf, escalade ou tout simplement roadtrip cross continent. Vu l’offre actuelle, de plus en plus complète, comment ne pas être tenté de troquer votre van diesel ou votre voiture à essence en fin de vie pour un modèle électrique. Oui, mais…est-ce vraiment une si bonne idée ? Car outre la question de la disponibilité des véhicules électriques, problématique sur certains modèles très demandés actuellement, on peut lister un certain nombre d’arguments susceptibles de refroidir un peu votre enthousiasme.
Bien que ces voitures soient, à certains égards, un meilleur choix que les modèles à thermiques, elles ont un coût élevé, au sens propre comme au sens figuré. Car, quelle que soit votre motivation – faire des économies, protéger la planète ou soigner votre santé physique et mentale, le véhicule électrique qui va vraiment vous changer la vie, c’est un vélo électrique.
Là, j'entends déjà les ricanements et les "oui mais…"
"Je ne peux pas aller skier avec un vélo électrique !"
"Un vélo cargo ne peut pas contenir un cinquième de mon équipement de bivouac."
"J’ai un job qui ne me le permet pas !"
La litanie est sans fin, mais on va y couper court tout de suite. Ce qu’on préconise ici, ce n’est pas de renoncer complètement au transport à quatre roues. Non. L’idée, c’est de garder votre vieille voiture, d’acheter un ebike et de l’utiliser pour la plupart de vos déplacements quotidiens. L’objectif étant de laisser votre vieille auto au parking 95 % du temps, sans pour autant renoncer à vos activités préférées, en semaine comme le week-end. Notamment si vous optez pour la version cargo.
Car, faisons, les comptes, Bien sûr, partir en bivouac est bien plus simple avec une voiture (encore que). Mais en fait, combien de jours par an allez-vous planter votre tente ? Le reste du temps – et c’est pour la plupart d’entre nous l’essentiel de notre vie – nous nous obstinons à conserver et à entretenir un véhicule qui ne va servir qu’à des trajets quotidiens très courts, pour transporter bien souvent une seule personne et faire quelques courses, voire nous conduire au départ d’un sentier qui, si l'on réfléchit bien, n'est pas si loin de chez nous. Or tout cela, un ebike peut très bien le faire. électrique peut le faire facilement. C’est parfaitement clair dès lorsqu’on a l’esprit son utilisation quotidienne réelle et non plus sa version fantasmée. Pas convaincu ? Passons en revue les trois arguments principaux qui devraient faire vaciller même les plus sceptiques.
Alléger son budget transport
Un des arguments principaux qui conduit de plus en plus de gens à opter pour une voiture électrique est bien évidemment « faire des économies », surtout en ces temps où les cours du pétrole flambent. Certes, le passage à la pompe est nettement plus coûteux qu’une recharge électrique, c’est incontestable. Mais le gain est plus important encore si on opte pour un ebike, notamment parce que ces vélos sont équipés de batteries relativement réduites et parce que la source d'énergie hybride (électrique et humaine) les rend terriblement efficaces. Et ce même en cas d’une utilisation intensive. A savoir rouler au point de vider complètement votre batterie de 500 watts-heure 365 jours par an, le tout en payant le kilowatt le plus cher du marché. Sans parler des frais de carte grise et d’assurance d’une voiture, de son entretien et de sa dépréciation sur le marché.
A ce jour, le vélo est donc le moyen de transport le plus efficace jamais créé, et sa version électrique, ne fait qu’ajouter un atout à un éventail déjà très large.
Minimiser son impact carbone pour lutter contre le réchauffement climatique
Pour la plupart d'entre nous le transport individuel se classe en tête de nos sources d'émissions de carbone. Adopter le vélo est le moyen le plus efficace de les réduire. En effet, tout véhicule a une empreinte carbone totale qui se décompose en deux parties : sa création (phase de production) et son fonctionnement (phase d'utilisation). Le chiffre qui tient compte de ces deux parties s'appelle l'analyse du cycle de vie.
L'analyse du cycle de vie (ACV) est généralement exprimée en termes de grammes de dioxyde de carbone produits par kilomètre parcouru, ce qui répartit le carbone produit lors de la fabrication du produit sur sa durée de vie estimée. Selon le rapport d'impact 2020 de Tesla, une Model 3 chargée sur le réseau aux États-Unis a une ACV de 180 g/mile (1,6km), en supposant qu'elle dure environ 200 000 miles (320 000 kilomètres) avec seulement des réparations mineures (c'est-à-dire qu'elle n'a pas besoin d'un nouveau bloc-batterie). Il est important de noter que ce chiffre est celui d'une berline ; un SUV ou un van aurait un coût au kilomètre plus élevé. Ce chiffre varie en fonction de la façon dont la voiture est chargée. Selon Tesla, en Europe, l'ACV de la Model 3 tombe à environ 120 g/mile grâce à une production d'électricité qui repose davantage sur les énergies renouvelables et le nucléaire que l’approvisionnement en électricité aux Etats-Unis. Tandis qu'en Chine, où le réseau est alimenté en charbon et en gaz, il dépasse les 300 g/mile.
Quoi qu'il en soit, en utilisant les chiffres américains, cela signifie qu'au cours de sa vie, une Model 3 produira 36 000 kg, soit près de 40 tonnes, d'émissions de dioxyde de carbone, quand un véhicule à moteur thermique type produirait environ 66 tonnes de CO2 au cours de la même durée de vie. Pour un véhicule électrique, la plus grande partie des émissions de carbone provient de sa création. Votre véhicule actuel, bien sûr, existe déjà ; les émissions de carbone liées à sa création constituent déjà un coût irrécupérable. Le simple fait de rouler à vélo plutôt qu'en voiture réduit à la fois les émissions de carbone liées à la phase d'utilisation de la voiture et annule les émissions de carbone massives qui résulteraient de l'achat d'un nouveau véhicule électrique.
Et les vélos, alors ? Ils ont aussi un coût carbone, non ? L'année dernière, dans le cadre de ses initiatives en faveur du développement durable, le constructeur de vélos Trek a publié un rapport détaillé très intéressant sur l'empreinte carbone de ses produits. La production d’un vélo moyen de la marque nécessite 174 kg de CO2. Un seul vélo électrique était inclus dans cette étude – un VTT à suspension intégrale à cadre en aluminium. Sa production génère 190 à 240 kg de CO2.
Si l'on tient compte des coûts de recharge (il faut 2 à 3 % de l'énergie nécessaire pour recharger un véhicule électrique standard), une bicyclette électrique parcourant 3 000 km par an a une ACV d'environ 10 à 15 g/mile (1,6 km) si elle dure 10 ans avec la batterie, le cadre et le moteur d'origine. C'est 12 à 18 fois plus efficace qu'une Tesla sur une base kilométrique, et bien inférieur à celui d'une voiture électrique entièrement chargée par des énergies renouvelables. Vous doutez de mes calculs ? Jetez un œil sur cette étude qui corrobore ces calculs.
À mesure que le réseau énergétique se détourne (on l’espère ) des sources de combustibles fossiles pour se tourner vers les énergies renouvelables, le coût total en carbone de tous les transports électriques diminuera. Si cela ne se produit pas, ou si cela se produit lentement, l'électrification restera toujours utile, mais à un niveau nettement inférieur. Selon une autre étude, si le réseau actuel, qui utilise beaucoup de combustibles fossiles, ne se tourne pas davantage vers les énergies renouvelables, la moitié des avantages liés à l'utilisation accrue des véhicules électriques sera annulée par l'augmentation des émissions résultant de la hausse de la consommation d'électricité, ce qui rend encore plus important le transport à faible émission de carbone, comme le vélo par exemple.
Par ailleurs, rien de tout cela ne tient compte de l'empreinte carbone des infrastructures. Or, à ce jour, les voitures électriques ne sont ni plus petites ni plus légères que les voitures à moteur à combustion. Or, selon les calculs de Trek, le coût en carbone de la production d'une seule place de parking (176 kg) est légèrement inférieur aux émissions émises pour la fabrication d'une bicyclette électrique moyenne. Les vélos ont toujours besoin de voies et de places de stationnement, bien sûr, mais beaucoup moins ; vous pouvez garer cinq à dix vélos sur une seule place de voiture, par exemple.
Jouer la carte de l’environnement, mais pas changer ses habitudes
Lorsqu'il s'agit de capacité, la voiture ou le van semblent sortir grands gagnants, non ? C’est indéniable dans certaines situations : par mauvais temps, lorsque vous devez transporter beaucoup de choses, ou beaucoup de gens, ou si vous quittez la ville pour vous rendre dans la nature. Mais peu de gens savent encore que les vélos électriques, en particulier les cargos, sont étonnamment polyvalents, car les trajets en voiture sont souvent effectués par une seule personne (40 %) et sur de courtes distances (60 % des trajets font moins de 10 km), avec de petites charges, quelques provisions, voire à vide. Or les vélos cargo compacts peuvent transporter au moins 160 kg, cycliste compris. Certains modèles, très spatieux, peuvent largement transporter l’équivalent d’un caddy hebdomadaire. Quant au transport de personnes, rappelons que la plupart des cargos, qu’ils soient de type longtail, compact ou frontloader peuvent également transporter deux ou trois personnes, à savoir deux adultes ou un adulte et deux enfants.
Gagner en qualité de vie
Sur ce point, les bénéfices sont multiples. Parking gratuit partout où vous allez, plus d’embouteillage, mais surtout, en perspective, une meilleur condition physique. Faire la navette ou se déplacer à vélo signifie que vous faites de l'exercice tout en accomplissant ce que vous avez à faire au quotidien, ce qui vous laisse plus de temps libre à passer avec votre famille, vos amis ou à faire ce que vous aimez. Sans compter que tous les convertis au vélo cargo vous diront que les enfants ne s'en lassent jamais, et préfèrent de loin prendre "le grand vélo" que la voiture. Ce petit « plus » au niveau familial est sans doute l’un des plus grandes satisfactions que l’on puisse tirer de ce changement de transport, bien qu’elle soit difficile à évaluer scientifiquement. Mais ce n'est pas le seul indice de l’amélioration de votre vie quotidienne, car rouler au lieu de conduire va vous permettre de découvrir votre ville autrement, à un rythme nettement plus agréable.
Car n’oublions pas les voitures électriques fonctionnent peut-être à l'électricité, mais qu'elles restent des voitures, et qu'on ne règle pas durablement les problèmes de voiture avec un autre type de voiture. Une nouvelle analyse allemande estime qu'au cours d'une vie posséder une voiture coûte en moyenne entre 600 000 et 1 million d’euros. Environ un tiers de ce montant correspond à ce que les économistes appellent des "externalités" : des coûts payés par d'autres personnes, sous la forme de temps perdu à cause des embouteillages, d'une mortalité accrue due aux particules et à la pollution sonore, et d'impacts majeurs sur le réchauffement climatique.
Les voitures électriques sont certes absolument indispensables à la lutte contre le changement climatique et elles sont vouées à jouer un rôle essentiel dans « l'écologisation « de notre système de transport. Mais elles ne sont pas, en soi, une solution. Comme le dit Peter Norton, professeur à l'université de Virginie et auteur de "Fighting Traffic", la voiture électrique est à la voiture, ce que le filtre est à la cigarette. Une amélioration, et seulement une amélioration.
Mais, allez-vous dire, pourquoi, après tout, ne pas miser plutôt sur le vélo normal, sans assistance, champion de la sobriété ? C’est possible, bien sûr. Mais, pour la plupart d’entre nous, c’est l'ajout d'un moteur électrique qui va transformer durablement nos déplacements utilitaires. Le VAE change tout simplement la géométrie et la géographie d'une ville. Il réduit les distances et aplanit les collines. L'augmentation de la puissance du moteur de deux à trois fois votre puissance normale transforme radicalement les courses et le transport de marchandises, même lourdes, d'une corvée ardue, que seul le militant écologiste le plus engagé (et en bonne santé) envisagerait, en une mission agréable, accessible à la plupart, et notamment à tous ceux qui essaient de changer un mode de vie sédentaire. En résumé, il n'est pas exagéré de les qualifier d'« explorateurs d'horizon », de « facilitateurs d'aventures quotidiennes ». Les vélos électriques, ainsi que d'autres formes de micromobilité ajoutés aux transports en commun, sont les clés de voûte d'un transport neutre en carbone dans les villes et leurs environs. Des options concrètes et accessibles à tous qui devraient contribuer à mettre fin à notre dépendance aux combustibles fossiles.
Si tous ces arguments vous parlent, alors gardez votre vieille voiture aussi longtemps que vous le pouvez, mais utilisez la le moins possible et remplacez la au quotidien par un vélo électrique. Tentez l’expérience pendant trois mois. Nul doute que vous ne reviendrez pas en arrière.
Achat d'un ebike : de quelles aides puis-je bénéficier ?
Vous entrez certainement dans le cadre des plans vélos de votre ville et/ou de votre région. Pour en savoir plus, voir notre article, ici.
Et pour simuler le montant des aides actuellement offertes , voir le simulateur: mesaidesvélos.fr
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