Deuxième drame en deux ans pour l’UTMB. Cette nuit, à 1h30, un coureur brésilien parti sur les 300 km de PTL (Petite Trotte à Léon), une épreuve de l’UTMB rude et exigeante tant au niveau technique, physique que mental, est décédé après une chute d’une centaine de mètres. Mais à quoi s’engage-t-on vraiment au départ d’une telle aventure ?
Quelques éléments nouveau sur l’accident : près de 42 heures après la drame sur la PTL, nous venons d’apprendre que l’équipe brésilienne avait décidé d’abandonner la course au 36e kilomètre, et ce malgré l’expérience d’une des coureuses, déjà finisher les années précédentes. Les membres du groupe se dirigeaient certainement vers le refuge dans l’espoir d’y passer la nuit, avant la chute mortelle, d’une centaine de mètres, de leur compagnon. Afin de recueillir d’avantage d’informations, une enquête est ouverte.
Un an seulement après le drame de la TDS, l’UTMB est à nouveau endeuillé. Sur la PTL cette fois-ci, une course par équipe (de 2 à 3 membres), ajoutée en 2009 au calendrier de l'événement, particulièrement engagée, de plus de 300 km et 25 000 D+ où un coureur brésilien de 59 ans a perdu la vie dans la nuit de lundi à mardi, victime d’une chute d’une centaine de mètres au beau milieu de la nuit, à 1h30, entre le col de Tricot et le Refuge de Plan Glacier après plus de 17 heures de course. "C’est un chemin habituel, balisé à l’année, praticable et entretenu - tous les randonneurs peuvent le prendre" a précisé Catherine Poletti, présidente du groupe UTMB, dans une interview accordée à France 3. À savoir que la Petite Trotte à Léon, un nom plutôt drôle en apparence derrière lequel cache tout de même, la course la plus difficile de l’événement, souvent sans chemin, demandant le franchissement de quelques passages d'escalade faciles, le tout à une altitude dépassant souvent les 3 000 mètres. Requérant de très bonnes connaissances du milieu de la montagne, cet itinéraire est néanmoins bien moins connu du grand public que la course reine, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc.

Mais qu’en est-il de la réalité sur le terrain ? Au programme : "pentes raides, risques de chutes de pierres, sentiers très étroits, traversées d’éboulis et de névés, absence, par endroit, de sentier ou de trace clairement définie" précise le site de l’UTMB. Un parcours "à réaliser en autonomie entre chaque base-vie et refuge partenaire", à la découverte d’un grand tour du Mont-Blanc, parcourant des hautes routes, sans balisage au sol, ce qui nécessite un sens de l'orientation sur et hors sentiers (navigation avec GPS, utilisation d’une carte, d’une boussole et d’un altimètre). Une épreuve où l’expérience en montagne fait la différence, les coureurs devant également être capables d’affronter des conditions naturelles difficiles. Rappelons au passage que la PTL n’est pas une épreuve compétitive et de ce fait, elle ne donne pas lieu à un classement officiel.
"Rien n’est acquis sur la PTL"
En effet, le Graal de ces 300 km ne réside pas dans la compétition entre les coureurs mais bien dans un sentiment de collaboration entre les athlètes afin de franchir la ligne d’arrivée. "La PTL n'est pas une course, son concept original et ses spécificités hors normes en font une épreuve à part", raconte Marcello Villlani, l’un des finishers en 2018. "[Son] esprit repose sur l'engagement mental, l'esprit d'équipe et d'aventure, ainsi que sur des valeurs sportives et humaines”.
"Rien n’est acquis sur la PTL" précise-t-il. "Tu peux te retrouver sur un mont plein de rhododendrons, être amené à faire un rappel pour descendre un mur vertical, puis faire l'équilibriste sur une arête, monter et descendre plusieurs mètres de via ferrata ou même parcourir des torrents gonflés par les trombes d'eau. Puis il y a les névés et les glaciers, et aussi la boue et les pentes humides. Il y a le froid, la chaleur, le brouillard et le soleil torride. La PTL n'est pas une promenade de santé. Il n'y a pas de balisage, souvent il n’y a pas de sentiers tout court. Il y a simplement une trace à suivre sur la carte, parfois rouge, parfois jaune, parfois noire en fonction de la difficulté". Un concentré de difficultés étant, sans aucun doute, l'un des charmes de la course.
Côté ravitaillements, on se doute bien que la PTL est là aussi différente des autres courses de l’UTMB. "Le parcours est à réaliser en semi-autosuffisance" souligne l’organisation. "Les équipes gèrent comme elles l’entendent leur ravitaillement et leur temps de repos. Tout au long du parcours, l'organisation propose des bases-vies ouvertes 24h/24 (où les concurrents disposent gratuitement de dortoirs et de repas) et des refuges partenaires proposant le même service". À noter que l’assistance n’est tolérée que dans ces bases-vies et est strictement interdite en tout autre point du parcours sous peine de disqualification immédiate.
"On savait à quoi s’attendre"
On l’aura compris, s’élancer sur la PTL n’est pas une entreprise à prendre à la légère. D’ailleurs, "les inscriptions se font sur présentation d’un dossier faisant état de l’expérience préalable de chaque équipier". Technique d’évolution en milieu montagnard, passé sportif ainsi que motivation sont évalués par le Comité PTL, le seul organisme apte à prendre la décision de retenir ou refuser la préinscription d’une équipe dont la décision est sans appel. En parallèle de cette stricte sélection, cause du faible taux d'abandon (22% en 2021, contre 34% sur l'UTMB), la direction demande aux coureurs "d'être pleinement conscients que le parcours comporte des passages techniques difficiles et à risque : pentes raides, hors trace, éboulis, névés etc et qu’il est non balisé", "que pour une telle activité en montagne la sécurité dépend en premier lieu de leur capacité à s’adapter aux problèmes rencontrés" et que l’épreuve n’est "pas médicalisée par l’organisation".
"Le problème ça n’est pas les jambes, les genoux, la cheville ou les orteils" détaille Marcello. "C’est un sentiment d'épuisement général, une fatigue qui s'empare du corps et qui nous oblige à ralentir le rythme. Mais on savait à quoi s’attendre. […] C’est une chose à laquelle nous souhaitions nous confronter. Pendant les 150 heures de PTL, nous avons dormi six heures au total. Soit environ une heure par nuit. Il faut une forte détermination pour se priver de sommeil. Ça n'est pas facile de le faire si vous n'avez pas un objectif précis en tête. Le nôtre était clair".
Article initialement publié le 23 août 2022, mis à jour le 25 août 2022
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