« Moins de neige mais le plein de touristes : le titre est accrocheur. Voilà ce qu’annoncent depuis plusieurs jours, chiffres à la clé, les professionnels de la montagne via certains médias généralistes. Et si on les écoute : la saison 2023-2024 a été bonne pour les stations. A priori, on ne pourrait que s'en réjouir. Mais est-ce vraiment aussi simple ? Une forte fréquentation était-elle forcément synonyme d’un gros chiffre d’affaires ? Quid des stations de moyenne montagne ? Décryptage.
Des taux de remplissage dans les stations allant de 86 à 98% selon les périodes, une augmentation de 13% du nombre de skieurs étrangers par rapport à la saison dernière et de 9% des locations de matériel, là encore par rapport à la saison 2022-2023. Des chiffres, au premier abord étonnants, au regard de la météo de ces derniers mois où la neige s’est faite, à maintes reprises, attendre dans la plupart des stations de l’Hexagone. Mais à y regarder de plus près, ces données sont tout à fait explicables. Ils reflètent plus que jamais la disparité de la situation des stations françaises, et à quel point le modèle est « à bout de souffle », comme le soulignait la Cour des Comptes début février.
Près d’un quart des stations de ski particulièrement menacées
Fin février, en plein cœur des vacances d’hiver, les images étaient dans certaines stations étrangement dystopique. Impassibles, quelques skieurs descendaient les pistes sur un bandeau de neige de quelques mètres de large bordé d’une prairie verdoyante. Pire, faute de neige en dessous de 1600 mètres d’altitude, nombreux sont les domaines à avoir dû fermer leurs remontées mécaniques. D’autres condamnaient une partie de leurs pistes, laissant aux skieurs quelques descentes gonflées à la neige artificielle…
« Je n’ai jamais connu un hiver comme cela », concède Jean-Pascal Chopard, directeur de Jura Tourisme, au Monde. « On a un sentiment de déception, même si, dans notre malheur, nous avons eu une météo ensoleillée, ce qui a permis aux vacanciers de faire de la rando et du VTT ». Et à l’image des stations de ski jurassiennes, celles des Vosges et du Massif Central (soit une cinquantaine de stations, sur les 220 que compte la France) ont eu très peu de neige pendant les vacances de février.
Ce qui avait mené à certains actes désespérés, révélateurs de la situation critique des stations de moyenne montagne. Face au manque d’enneigement, le directeur de l’école de ski de La Bresse-Hohneck, dans les Vosges, avait reconnu mi-février avoir transporté, de sa propre initiative, « 70 tonnes de neige ». L’idée ? Non point recouvrir des pistes de ski mais… réapprovisionner les 50 m2 du minuscule jardin d’enfants situé aux pieds des pistes. Une manière, selon lui, de « maintenir l’économie d’une région ». Là-bas, le nombre de forfaits vendus a chuté de 40 % cette année par rapport à la saison précédentes.
Les grandes gagnantes de cette saison ? Les stations de haute altitude
Ailleurs, la situation était meilleure. Du côté des Pyrénées et des Alpes, on dresse un bilan des vacances « convenables, voire très bonnes », avec une fréquentation « en hausse, du fait d’un bon enneigement en haute altitude », note l’Observatoire national des stations de montagne. En Savoie et en Haute-Savoie par exemple, des zones où sont vendus, à l’échelle nationale, près de deux tiers des forfaits, le taux d’occupation a en moyenne atteint 86% sur la période des vacances scolaires, soit quatre points de plus qu’en 2023. Une dynamique notamment portée par la hausse de 13% du nombre de skieurs étrangers.
Autre phénomène observé : pendant tout l’hiver, les stations de haute altitude ont récupéré des vacanciers séjournant dans celles qui étaient moins enneigées. À l’Alpe-d’Huez notamment. Là-bas, la saison a été « excellente », constate le directeur des remontées, Fabrice Boutet. « On fait + 8% de ventes de forfait [par rapport à 2023, ndlr] ». Il semblerait bien que le malheur des uns fasse le bonheur des autres.
Se pose alors une autre question : celui de gérer l’affluence… « On s'inquiète un peu depuis quelque temps du nombre de personnes sur les pistes le week-end » expliquait le maire de la commune, Jean-Yves Noyrey. « On en est à se demander si on ne va pas réglementer un peu le samedi et arrêter quelques quotas. On sera de toute façon amenés à le faire dans les années à venir à cause du manque de neige plus bas ».
Un chiffre d’affaires en baisse pour certains exploitants
Mais le manque de neige de la fin du mois de janvier jusqu’à la deuxième semaine des vacances d’hiver s’est aussi fait ressentir dans ces régions. Notamment en dessous de 1800 mètres d’altitude. Des compétitions sportives ont par exemple été perturbées. Comme fin janvier, avec l’annulation des deux descentes de la Coupe du monde de ski, à Chamonix (Haute-Savoie). La faute à un redoux au pied du mont Blanc.
Certains domaines ont également fermé pendant plusieurs jours, comme celui d’Artouste, dans les Pyrénées-Atlantiques. Autre conséquence à ces températures au-dessus des normales de saison : un chiffre d’affaires moins important que la saison précédente pour certains exploitants. Ce qui a par exemple été le cas du côté du domaine des Neiges Catalanes, composé de six stations pyrénéennes – Le Cambre d'Aze, Font Romeu Pyrénées 2000, Formiguères, La Quillane, Les Angles et Porté Puymorens. Cette année, la fréquentation y est restée « sensiblement la même » selon Michel Poudade, maire de la commune Les Angles. Il n’en va pas de même pour le chiffre d’affaires, passé de 30 millions d’euros (saison 2022-2023) à 27 millions d’euros cette année. Une baisse de 10% donc. Principalement due à une baisse des ventes de journées ski (au profit d’autres activités – VTT, randonnée – moins rentables).
« On doit se préparer à des aléas climatiques de plus en plus nombreux », conclue Michel Poudade. « Avec la baisse de revenus des remontées mécaniques, on va devoir faire très attention à nos investissements dans les domaines skiables. Arrêter de les étendre, et promouvoir davantage d’autres activités à la montagne ».
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