Il a fait d’Avoriaz une destination à part, à mille lieues des « usines à ski » issues du plan neige des années 1960. Façades en bois, silhouettes déstructurées dont les reliefs épousent les formes de la nature, circulation sans voiture... la station du Chablais fait figure d’exception. Le fruit d’un travail visionnaire dirigé par l'architecte Jacques Labro qui s'est éteint le 11 novembre à l'âge de 89 ans.
1960. À une époque où Jean Balladur développe son propre concept à La Grande-Motte, où Jacques Couëlle construit ses maisons paysages, et où la France développait un Plan neige pour implanter et inventer le tourisme à la montagne, un skieur champion olympique de descente a une idée folle : quitter sa carrière sportive pour bâtir, au-dessus de Morzine, la ville où il a grandi, une station de ski ultra moderne, sans voiture, installée sur un désert blanc à 1800 mètres d’altitude, sur le modèle de celles qu’il a découvertes aux Etats-Unis. Et pour se donner les moyens de son ambition, Jean Vuarnet s’entoure des meilleurs : Gérard Brémond, promoteur immobilier du même âge et Jacques Labro, fraîchement distingué du prestigieux Prix de Rome. Très vite, ils seront rejoints par Jean-Jacques Orzoni et Jean-Marc Roques, tous deux architectes. S’en suivent six ans de travaux.
« Avoriaz respire la modernité urbanistique et architecturale »
« Nous avons construit une ville en l’inventant... Nous découvrions tout » racontait récemment Gérard Brémond. « Par exemple, en construisant l’immeuble l’Araucaria, nous sommes montés deux étages trop haut, qu’il a fallu démolir. À l’époque, on ne l’a surtout pas dit ! ». Perchée sur une falaise vertigineuse, la station se fond dans son environnement. « Rien n’est droit. Comme pour rappeler les éternelles descentes à ski sur les monts enneigés » peut-on lire sur le site officiel de l’agence nationale du tourisme. « Un mimétisme qui se traduit également par la géométrie des fenêtres, des toitures, des façades inclinées et même des couleurs de matériaux. Toute de bois vêtue, Avoriaz impose finalement une silhouette unique où chaque bâtisse, implantée en fonction du relief, respire la modernité urbanistique et architecturale ».
On parle de style « organique », une architecture qui fait la part belle aux courbes et contraste avec la rigueur urbaine des traditionnels chalets de l’époque dont Jacques Labro est particulièrement féru. Et qui détonne avec l’époque où règne « un modèle fonctionnaliste (unités de logement standardisées, béton partout, organisation spatiale intégralement pensée autour de la voiture), en vue de ce que l’on concevait alors comme une efficacité maximale » souligne Le Monde.
Une station labellisée « patrimoine remarquable du XXe siècle »
Car c’est bien simple : à Avoriaz, aucun bâtiment n’est identique à un autre. « Dictée par la situation géographique, l’implantation varie selon qu’ils sont adossés à la montagne ou qu’ils se dressent au bord de la falaise » détaille Le Monde. « À l’intérieur, les logements se déploient sur plusieurs niveaux, jusque sous les toits. Les voiles en béton sont percés de grandes ouvertures arrondies qui dilatent les espaces et donnent aux appartements un caractère résolument pop ». Ce qui lui vaudra d’être couronnée en 1968 par le Prix de l’équerre d’argent (attribué spécifiquement à l’Hôtel des Dromonts et à deux autres bâtiments du quartier éponyme, cœur historique de la station) et labellisée « patrimoine remarquable du XXe siècle ».
Ce projet a conduit Jacques Labro, qui n’avait que 25 ans au moment de sa création, à se spécialiser dans l’architecture de loisir et les villages de vacances haut de gamme. Avec notamment les maisons en bois du lotissement Ciappili, en Corse (1968), la marina de Deauville (1975, avec Jean-Jacques Orzoni), et la station La Tania, qu’il a entièrement créée, dans la vallée de la Tarentaise.
Pour en savoir sur la singularité architecturale d’Avoriaz, on vous conseille « Une architecture de neige », un ouvrage signé Carine Bel et Arnaud Dutheil, respectivement journaliste et architecte qui revient sur l’œuvre de Jacques Labro, Jean-Marc Roques et Jean-Jacques Orzoni.
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