C'est la première station de ski de cette importance à fermer ses portes dans les Alpes du Nord. L’Alpe du Grand Serre, domaine tout proche de Grenoble situé sur la commune de La Morte, à plus de 1300 mètres d’altitude, n’ouvrira pas ses portes cet hiver. C'est désormais acte. Vendredi 4 octobre, la Communauté de communes de la Matheysine a en effet voté, avec une large majorité (47 voix sur 61) sa fermeture définitive après plus de 85 ans d’activité. Un arrêt brutal qui, à deux mois de l’ouverture, passe mal chez les habitants qui le vivent comme une « trahison ».
À LIRE ÉGALEMENT :
Ski : pourquoi la fermeture de l’Alpe du Grand Serre est repoussée d’un an
L’annonce a eu l’effet d’un choc. « Cette décision est un crève-cœur, nous sommes un petit territoire, nous avons tous appris à skier là-haut » déplore Coraline Saurat, présidente de la Communauté de communes de la Matheysine (Isère). « La réalité financière nous a rattrapés. Je me suis battue, j’ai tout fait pour aller au bout, mais nous sommes une petite intercommunalité de 43 communes. Nous sommes au pied du mur », conclut-elle.
Officiellement actée depuis samedi 5 octobre, la fermeture de la station de l’Alpe du Grand Serre, emblématique station de la région grenobloise, a un impact certain sur les habitants du territoire, 200 emplois directs et indirects sont désormais menacés. « C’est un véritable écosystème économique qui dépend de la station, au-delà des emplois touristiques », analyse Hugues François, ingénieur au Laboratoire Ecosystèmes et Sociétés En Montagne (LESSEM), au micro de France Bleu. « Typiquement, c’est la supérette qui va avoir le petit complément de revenu qui va lui permettre de tenir toute l’année, et donc qui va encourager une population à rester à l’année ».
Une station sous perfusion depuis 2017
Située à 1368 mètres d’altitude, l’Alpe du Grand Serre est la première station de ski de cette importance à fermer ses portes dans les Alpes du Nord. Et si la stupéfaction règne du côté des habitants, cette décision était tout de même à prévoir. « L'hiver dernier, pour 800 000 euros de chiffre d'affaires, la communauté de communes a dû abonder de 950 000 euros. Et couvrir un déficit de 350 000 euros » détaille La Tribune. « La prospective réalisée sur trois saisons aboutissait en effet à un déficit cumulé de 2,06 millions d'euros [et 2,7 millions depuis 2017, ndlr] ».
Plusieurs causes auraient mené à ce scénario : une mauvaise gestion et une absence d’investissements pendant 40 ans tout d'abord. Mais aussi deux hivers particulièrement difficiles pour les stations de moyenne montagne, en première ligne face au changement climatique. Un projet d'investissement devait pourtant revitaliser le site, la communauté de communes de la Matheysine en ayant repris en 2021 les compétences de gestion de dans le but d’écrire son avenir.
Mobilisation pour trouver un plan B
L’Alpe du Grand Serre avait d’ailleurs été nommée « Station Pilote des Alpes pour la transition » au printemps dernier par la ministre chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, Dominique Faure. L’objectif était alors de faire de ce domaine un lieu emblématique de la résilience face au changement climatique d’ici 2050, avec l’ambition affichée de créer, d’ici deux ans, une remontée mécanique quatre saisons visant à relier ses deux extrémités, de 1300 à plus de 2000 mètres d’altitude. Un projet évalué à 24 millions d’euros. De lourds investissements donc, qui auraient davantage creusé son déficit actuel.
« C'est un sentiment de trahison qui nous habite actuellement, face à une décision assez indigne » déplore pour sa part César Ghaouti, président du collectif citoyen La Morte vivante, mobilisé pour l'avenir de l'Alpe du Grand Serre. « Le manque de vision politique est flagrant : ils ont décidé de sabrer eux-mêmes le projet qu'ils défendaient […] On nous a présenté le coût d'exploitation, qui est important, mais à aucun moment le coût de la fermeture et du démantèlement. La casse sociale n'a pas été évaluée ». D’autant plus qu’à deux mois et demi de l'ouverture supposée de la station, les commerçants avaient déjà commencé à faire leur stock. « Nous n'appelons pas à une fuite en avant, mais à faire humainement et stratégiquement », poursuit-il. Habitants, socio-professionnels et commerçants se mobilisent déjà pour trouver un plan B. Leur objectif : faire revenir la communauté de communes sur sa décision, en cherchant des engagements financiers afin d’ouvrir la station dès le 20 décembre. Une cagnotte solitaire pour sauver la station a été lancée.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€









