Les sports de plein air ne sont pas sans risques. Si notre journaliste Marc Peruzzi pouvait remonter le temps, voici les conseils qu’il donnerait au jeune homme de 20 ans qu’il fut un jour, cet “abruti qui se croyait immortel”.
Quand j’ai quitté mon Massachusetts natal, à 20 ans, j’étais complètement demeuré, il faut bien le dire. On sait maintenant que le cerveau n’est pas complètement développé à cet âge-là et qu’ensuite, à peine arrivé à maturité, il commence à partir en miettes. A ma décharge, la marge de manoeuvre était mince ! Bref, tout excité de me retrouver dans les montagnes du New Hampshire et du Colorado, je me suis lancé dans une pratique outdoor sans entraînement, avec peu de mentors et une attitude de kamikaze que j’ai parfois payée au prix fort. Au stade où j’en suis aujourd’hui, la seule chose à peu près utile que je puisse faire, c’est de partager le bénéfice de ces leçons chèrement acquises.
Porte toujours un masque de ski
J’ai reçu cet avertissement d’une monitrice de ski géniale, âgée de 50 ans à l’époque. C’était au cours de la première (et unique) année où j’ai été moniteur. “Le soleil en altitude te donnera la cataracte” m’avertit-elle le premier jour. “Porte ton masque jusqu’à ce que tu sois à l’intérieur.” Tant que je restais sur les pistes, je suivais son conseil, mais une fois hors piste, je passais aux lunettes de soleil pour éviter la surchauffe et la buée en montée. Mauvaise idée. J’ai un ami photographe spécialisé dans le ski qui vient de sortir d’une opération de la cataracte la semaine dernière parce qu’il portait des lunettes de soleil correctrices en travaillant. Il faut faire très attention en choisissant ses protections solaires. J’ai commencé à porter des lunettes POC Do, il y a huit ans, parce que leur protection est presque équivalente à celles des lunettes de soleil de glacier. Autre possibilité, les nouvelles Do Flow Clarity, qui sont presque aussi bien.
Bazarde tes produits chimiques
À l’époque, on bombait nos vêtements avec du Scotchgard, un imperméabilisant toxique contenant plein de produits cancérigènes. Génial. La plupart des vêtements imperméables respirants que l’on achète aujourd’hui sont encore recouverts des même perfluorocarbures (PFC), que l’on trouvait dans les anciennes bombes. Tant que l’industrie ne sera pas obligée de se remettre en question, la seule manière de limiter le contact avec ces produits nocifs - et de faire un geste pour la planète - sera de laver et traiter les pantalons de ski avec des imperméabilisants et détergents de la marque Nikwax, qui ne contiennent pas de produits chimiques toxiques.
Travaille l’intégralité de ta ceinture abdominale
Autour de la trentaine, j’en ai fait voir de toutes les couleurs à mon dos. À l’époque, ignorant ce que travailler sa ceinture abdominale voulait vraiment dire, j'enchainais les abdos à l’ancienne. C’est comme ça que je me suis retrouvé avec une plaquette de chocolat devant et le bas du dos aussi faible que celui d’un chaton. Et c’est à cause de ce déséquilibre, que je me suis ramassé un tassement de vertèbres en faisant du ski de bosses,. Il s’est évidemment doublé par la suite d’une hernie discale, qui m’a laissé avec une inflammation et des douleurs chroniques. En hiver, maintenant, je fais du skating avec mes skis de fond tout en renforçant le bas de mon dos avec du Foundation training. Et pour fortifier ma ceinture abdominale, je copie les exercices du Suisse Nino Schurter (le plus grand coureur de VTT XC qu’on ait jamais connu, rappelons-le), en y ajoutant de la musculation douce préconisée par la médaillée d’or olympique américain Jessie Diggins.
Choisis le bon fart
Certes, c’est cool de farter soi-même ses skis. Mais le fart haut de gamme au fluorocarbone (PFC) plébiscité par les skieurs nordiques et alpins pose aussi de graves risques pour la santé. Deux études, en Norvège et en Suède, ont révélé que ces fluorocarbones potentiellement cancérigènes s'accumulent dans le sang des techniciens farteurs. La solution? Arrêter d’acheter ce fart haut de gamme - à moins de participer à la Coupe du monde - et choisir des alternatives telles que Purl Wax (fartage à chaud) ou le nouveau Phantom 2.0 de DPS, qui est sans PFC ni autres éléments cancérigènes, tout en ayant la même durée de vie que le ski. Il faut évidemment systématiquement porter un masque respiratoire et des lunettes de protection : un pote qui travaille chez Rossignol a eu un oeil bousillé après s’être pris un éclat en usinant une pièce métallique.
Tiens-toi droit
Il y a quinze ans, je faisais de la glisse avec un excellent skieur. Alors que l’on passait un affleurement rocheux dans une pente raide, nous avons vu une femme coincée sur ses skis, en travers de la pente, se penchant en arrière vers la montagne, comme si elle espérait y trouver un semblant d’appui. Mon ami lui cria alors de se tenir droite. Elle le fit et les bords de ses skis se retrouvèrent en meilleur contact avec le terrain escarpé, plus en équilibre sur ses pieds, ce qui lui permit de pivoter et nous gratifier d’un magnifique virage. Tenter de se rapprocher de la Terre est un réflexe basique, que l’on traverse une pente ou que l’on soit sur un vélo au bord d‘un précipice. Se tenir droit dans le vide, c’est se transformer en oiseau : il faut du courage pour ce genre de transcendance. Et apprendre ensuite à se maîtriser.
Mange équilibré
Oui, on dirait un slogan de Weight Watchers… Et alors ? J’ai commencé à faire attention il y a dix ans, quand un ami médecin avec qui je faisais du vélo et du ski m’a convaincu d’embrasser le régime de nos ancêtres méditerranéens. Ses arguments, basés sur des recherches scientifiques, m’ont convaincu des bénéfices santé à long terme. On préfèrerait tous s’épargner un Alzheimer ou une maladie cardiaque… Malheureusement, mon penchant court-termiste m’a empêché de m’y adonner totalement. Ce n’est qu’en lisant les conseils pour cyclistes du “nutritionniste des stars” Philip Goglia, que je suis finalement tombé sur un régime qui fonctionne pour moi : celui de l’athlète du dimanche. Goglia souligne que les athlètes ne peuvent manger trop de légumes (base du régime méditerranéen), et qu’ils doivent éviter les aliments inflammatoires tels que les produits laitiers, le gluten, les moisissures ou les produits à base de levure.
C’est en fusionnant ces deux approches que j’ai fini par me composer un régime riche en légumes frais verts à feuilles, matières grasses végétales, protéines maigres et glucides complets non traités. Dorénavant, à vélo, j’ai l’impression d’avoir plus d’énergie, de mieux récupérer et de ne plus souffrir d’allergies saisonnières ni de crises d’asthme. Ça peut marcher pour vous aussi, ou pas… Mais, après tout, je ne suis pas médecin et ce texte est destiné à mes 20 ans si stupides.
Protège tes genoux
Tous les cyclistes savent qu’exposer ses genoux à l’air froid peut endommager les tendons. La leçon ? En dessous de 18 degrés, il faut porter des genouillères. En dessous de 12 degrés, des jambières. En dessous de 1 degré, des cuissardes isolantes épaisses. C’est le skieur pro freerider américain Chris Davenport qui m’a fait connaître les genouillères pour skieurs. J’ai commencé à les porter pour monter des couloirs à pied au printemps ou quand je grimpais en hors piste, mais je me suis habitué à être protégé ainsi qu'à la chaleur additionnelle occasionnée. Maintenant tout au long de l’hiver, je skie avec des genouillères Black Diamond.
Garde toujours l’opération en dernière option
Il faut explorer toutes ses options avant de passer sur le billard. J’avais dit à mon cardiologue que j’étais un gros buveur de café avant d’accepter de me faire opérer d’une tachycardie supraventriculaire, mais il s’était moqué du lien que j’établissais entre les deux. Ce n’est qu’après l’échec de l’intervention chirurgicale que je suis tombé sur une étude où des chercheurs expliquaient parvenir à déclencher des tachycardies chez des rats en leur donnant de la caféine. J’ai arrêté et depuis je n’ai plus jamais eu de crise. Autre exemple, lorsque j’étais jeune, mon épaule se déboîtait tout le temps : je l’ai soignée en faisant les bons exercices et en apprenant à tomber. Idem pour mes problèmes de dos, quand un médecin voulait me faire passer au bloc alors que j’avais à peine la vingtaine… Ce n’est pas parce qu’on a un bon système de santé qu’il faut s’y soumettre les yeux fermés, le mieux, c’est de voir d’abord un kiné.
Va vers l’avant
Il y a une énorme nuance avec la consigne de se tenir droit. Quand on fait du ski ou du VTT sur un terrain escarpé, il ne faut jamais mettre son poids vers l’arrière. Avec les skis fat (à semelles larges) et les fourches longues souples, on devait se positionner un peu en arrière dans la poudreuse ou sur un sentier escarpé : des habitudes dures à perdre aujourd’hui. Il faut en fait rester centré sur ses skis et les laisser flotter, en utilisant sa ceinture abdominale pour tourner. Une référence : la position du torse du skieur américain Sam Cohen dans cette vidéo. Sur un VTT, il faut utiliser une tige de selle télescopique pour pouvoir pousser ver le bas et l’avant, en posant le poids sur la roue avant et en répartissant le poids sur la suspension. Il faut aussi piloter le vélo activement au lieu de l’utiliser comme une luge : je suis toujours en train d’apprendre à maîtriser cette étape…
Dors !
Le footballeur star américain Tom Brady considère le sommeil aussi vital à la performance que la compétence, la nutrition et le cross-training. Il a raison. Quand j’étais jeune, je pensais toujours au sommeil après coup. Je dormais mal, ma performance était donc mauvaise et je récupérais mal. Maintenant, je ménage systématiquement mon sommeil, ce qui implique de prendre en compte mon stress en gérant ce que je peux le jour pour laisser le reste à la porte de ma chambre. En général, je passe neuf heures au lit en espérant en dormir huit.
Equipe-toi correctement
Je savais que mes pneus ultralégers Schwalbe n’étaient pas à la hauteur de la course de VTT Breck Epic en Afrique du Sud, mais comme je n’arrivais pas à trouver des pneus plus costauds dans le coin, je me suis dit que ça ferait bien l’affaire. Ce qui s’est produit ensuite est une leçon à retenir. Le flanc du pneu s’est déchiré sur une descente foirée. A cet instant, je me dis : “Pas de problème. Je gère. Je sais réparer les pneus rapidement.” Donc je mets une rustine, mais en me dépêchant de gonfler le pneu, je casse la tige de la valve de la chambre à air. “Pas de problème. J’ai une seconde chambre à air dans ma sacoche”. Mais en la sortant, la couture se déchire et je ne peux plus l’accrocher. Alors que je suis finalement prêt à reprendre la course, je me retrouve avec une chambre à air abîmée et une sacoche inutile entre les mains : je les fourre vite fait dans les poches de mon pull déjà pleines, en me disant que je m’en occuperai au prochain poste de secours. Sauf que je n’y suis jamais arrivé. Sur une descente bien raide, la chambre à air est sortie de ma poche et s’est coincée dans les rayons, entraînant la chute la plus spectaculaire de ma vie. J’ai fini en titubant sur la route avec une clavicule fracturée, attendant une ambulance pour m’emmener aux urgences. Conclusion : l’équipement, c’est fondamental.
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