Les (très) longues traversées en kayak, ça la connait, Freya Hoffmeister! A son actif: la circumnavigation autour de l’Irlande, de l’Australie et de l’Amérique du Sud. En 2017, elle s'est lancé un nouveau défi, longer l'Amérique du Nord. Un détail: Freya a 54 ans et son projet, prévu sur plus de 10 ans en plusieurs étapes, devrait aboutir alors qu'elle en aura plus de 60. Prochain cap de son périple: l'Alaska.
Ces dix prochaines années, le kayak de Freya Hoffmeister va devenir sa nouvelle maison par intermittence. L'exploratrice allemande de 54 ans est à peine à mi-parcours d'un projet de plusieurs années : faire le tour en solo de l'Amérique du Nord à bord de son kayak, soit environ 50 000 kilomètres de navigation en mer. Mais ce n'est pas la première fois qu'elle navigue autour d’une île ou d’un continent en kayak. Elle a pagayé autour de l'Islande et de la Nouvelle-Zélande en 2007, autour de l'Australie en 2009 et de l'Irlande en 2016. Entre 2011 et 2015, elle a contourné l'Amérique du Sud en plusieurs fois. “J'aime accomplir de grandes choses, explique Freya Hoffmeister. Je suis en train de m’attaquer à un monstre: l'Amérique du Nord. Pour l’instant, ça me plaît et je veux aller plus loin”.
Comme un randonneur qui s’attaque aux Appalaches morceau par morceau pendant plusieurs années, Freya Hoffmeister naviguera autour de l’Amérique du Nord pendant trois à cinq mois, puis passera trois mois en Allemagne à travailler et à se reposer, avant de repartir à nouveau. La première grosse phase du projet a duré trois ans et l’a entraînée de Seattle à la pointe sud de Baja, au Mexique. Elle retournera bientôt à Seattle et dirigera cette fois son kayak vers le nord, longeant la côte de l'Alaska et poursuivant dans l'Arctique. “Pagayer au milieu des ours polaires devrait être une expérience intéressante, affirme-t-elle. Il faut leur laisser suffisamment d'espace. D’autres avant moi ont déjà navigué en pénétrant dans le territoire des ours polaires et ils ont survécu. Je vais y arriver !”
Des nuits à dormir dans son kayak
Comme lors de la plupart de ses expéditions précédentes, Freya Hoffmeister voyagera seule et sans aucune aide extérieure. Son équipement, ses réserves d’eau et de nourriture embarqueront avec elle à bord d’un kayak de mer fait sur mesure. Une fois chargé pour un périple de plusieurs jours, ce dernier pèse près de 100 kilos. “C'est comme un camion, à la fois lourd et stable”, explique-t-elle. Elle n'écoute pas de musique pendant qu'elle pagaie mais elle a une liseuse électronique pour les moments de repos, elle urine dans une éponge calée à l'intérieur de sa combinaison étanche et mange tout ce qu’elle trouve dans les supermarchés des villes côtières quand elle s'arrête pour se ravitailler. Quand c’est possible, elle aime trouver une plage isolée pour camper mais il n’est pas rare qu’elle passe plusieurs nuits à dormir dans son kayak.
Freya Hoffmeister pourrait terminer sa circumnavigation autour du continent nord-américain en huit, comme en onze ou douze ans. Impossible pour elle d'estimer exactement combien de temps cela lui prendra, tout dépend des conditions météorologiques et de l'état de la mer. Dans les bons jours, elle peut passer en moyenne neuf à dix heures à pagayer le long de la côte, à admirer la vue et à parcourir près de 5 kilomètres par heure. Quand la côte est trop rocheuse ou la mer trop agitée, elle se dirige vers des eaux plus profondes et plus calmes.
Des îles de plus en plus vastes
Freya Hoffmeister a commencé à faire du kayak sur un lac en Allemagne en 1995 alors qu'elle était enceinte de son fils. Sa passion pour ce sport et l’ampleur de ses projets n’ont fait que croître à partir de là. L'Islande a été la première grande île à laquelle elle s’est attaquée et l'Australie le premier continent. “Je regarde les îles comme les autres regardent les montagnes, sourit-elle. Au fur et à mesure, la taille des îles s’est agrandie. C'est la même chose avec les alpinistes. C'est la nature-même de ces expéditions.”
Elle a aussi connu son lot d’épreuves au cours de ses différentes expéditions. Alors qu'elle longeait l'Amérique du Sud, Freya Hoffmeister a dû affronter de nuit une vague de mascaret inattendue à l'embouchure de l'Amazone. Elle a également fait face aux fortes chaleurs, aux vents contraires permanents dans le canal de Suez, aux serpents de mer, aux méduses venimeuses et aux crocodiles d'eau salée au large des côtes de l'Australie. Mais pas de quoi perturber outre mesure l’aventurière. “J'adore les défis. J'aime faire ce que personne n’a jamais fait auparavant,” affirme-t-elle.
Freya Hoffmeister est convaincue que personne ne refera son tour de l’Amérique du sud ou son périple nord-américain. Mais au-delà des crocodiles aux dents acérées, la plus grande difficulté de ces expéditions au long cours a été de prendre conscience des effets du temps qui passe. “Je ne récupère plus aussi vite qu'avant, regrette-t-elle. J'ai 54 ans maintenant, j'aurai la soixantaine quand j'aurai fini ma navigation autour de l'Amérique du Nord. Je n'ai jamais voulu y croire mais à 50 ans le corps n’est plus le même, ce n’est plus comme avant.”
Le secret: ne jamais s'arrêter
Pourtant, Freya Hoffmeister est toujours une athlète chevronnée, d'après elle sa force et son endurance augmentent à mesure qu'elle pagaie. Quand elle est de retour en Allemagne, elle travaille dur pour rester en forme, grâce au cross-training. A savoir, du vélo, de l'haltérophilie et de la natation: des activités qui lui permettent de reposer son corps des mouvements répétitifs du kayak. “Ces expéditions sont réalisables à mon âge. C'est facile de se laisser aller à la paresse, à la tristesse et de rouiller petit à petit. Le secret est de ne jamais s’arrêter”, confie-t-elle.
Son conseil pour ceux qui veulent se lancer dans le kayak d'aventure? Commencer avec un objectif modeste, bien que sa définition de ce mot puisse légèrement différer de ce qu’entend par là une personne lambda. “Ne vous attaquez pas d’emblée à un continent. Commencez par une petite île. J'ai pagayé autour de l'Islande, qui est relativement petite, juste pour voir si mon corps s’adapterait et apprécierait l’expérience. Et ça a été le cas!”
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