Il y a sept ans, une petite start up néozélandaise, Allbirds, arrivait sur le marché avec un produit, un seul, une chaussure de course en laine mérinos. Succès immédiat, la marque est adoptée pour aller au bureau comme au restau : le magazine américain Time la qualifie de « chaussure la plus confortable du monde !". La gloire, mais cela aurait pu être le baiser de la mort pour la jeune marque qui n’en demandait peut-être pas tant, car sa cible première, les runners, s’interroge : que vaut-elle vraiment sur la route et les sentiers ? Pour en savoir plus, nous avons testé sa toute nouvelle Allbirds Tree Flyer 2, en vente en France.
C’est une succès story. Lancée en mars 2016, Allbirds (que des oiseaux en anglais) - dont le nom fait allusion à la Nouvelle-Zélande, l'île natale de son fondateur, peuplée à l'origine exclusivement d'oiseaux - a connu une croissance incroyablement rapide. Ce succès, la marque le doit aux cadres de la high tech séduits moins par ses performances pour la course à pied, sans doute le cadet de leurs soucis, qu’à son confort, son design sobre et sa durabilité. Ingénieurs et geeks deviennent vite accros et en commandent massivement sur internet. Elles vont si bien avec leur look tee-shirt noir- jean et encaissent si bien les longues heures devant leurs ordis. Sans parler que la recette du produit a tout pour leur donne bonne conscience : Allbirds utilise des matériaux naturels. De la laine mérinos bien sûr, mais aussi des fibres d'eucalyptus, de l'huile de banane, des balles de riz, des graines de ricin et de la canne à sucre pour produire des matériaux doux, respirants, anti-odeurs, neutres en carbone …et désormais très performants, affirme la marque dont l’histoire est étonnante.
La marque devient la chouchou des geeks
Allbirds a été cofondée par Tim Brown, un Néozélandais, ancien joueur de football professionnel (c'est lui qui fait le lien avec la Nouvelle-Zélande), et Joey Zwillinger, un ingénieur américain en biotechnologie spécialisé dans les matériaux renouvelables. Associés, ils travaillent pendant plusieurs années sur le concept de la marque avant de mettre au point une laine mérinos néo-zélandaise superfine utilisable dans la fabrication de chaussures.
Contre toute attente, l’entreprise connait une croissance fulgurante, grâce à son modèle de distribution directe. Ici plus d’étapes intermédiaires. Exit les grossistes, les distributeurs et les chaînes de magasins grattant tous une marge considérable, imputée au final sur le prix de vente au détail, autrement dit sur le consommateur. Allbirds peut ainsi maintenir ses prix à un niveau bas, et éviter de tomber dans le discounts, pratique plombant souvent à la réputation d'une marque. Autre raison de son succès : depuis sa création, il y a sept ans, le Néozélandais a réussi à rester fidèle à ses valeurs fondamentales, à savoir réduire son impact sur la planète, en utilisant des ingrédients qu’on s’attendrait plus à trouver dans un menu végétalien que dans une recette de chaussures.
Une politique à laquelle a largement contribuée Jad Finck, un des piliers de la marque depuis ses débuts. Vice-président chargé de l'innovation et du développement durable, ce dernier à l'idée de mettre en place des partenariats dont sortiront de nouveaux matériaux d'origine biologique qui, au final, feront évoluer les normes environnementale de l'industrie de l'habillement et de la chaussure. Car ce qui est particulièrement intéressant, c’est que si Allbirds s'est imposée comme leader dans le développement de nouveaux matériaux d'origine naturelle, elle ne les a pas gardés secrets. La politique de l’entreprise, selon Jad Fink, étant de s’imposer comme "un leader que l'industrie suit".
Il cite l'exemple d’un produit de la marque, SweetFoam, un composé de semelle intermédiaire fabriqué à partir de canne à sucre. Allbirds l’utilise dans nombre de ses chaussures, mais une formulation similaire est désormais adoptée par d'autres marques. "Allbirds invite à cette évolution et l'encourage même", explique-t-il. La société fait d’ailleurs visiter à ses concurrents ses installations SweetFoam au Brésil afin de développer l'utilisation de la canne à sucre à la place de l'EVA traditionnel à base de pétrole. Une démarche qu'en 2008 on retrouvait dejà chez Brooks Running. Carson Caprara, vice-président senior des chaussures de la société américaine, explique en effet que lorsqu'a été introduit le BioMogo DNA dans son modèle « Green Silence », la marque a offert la formulation de sa technologie écologique "biobatch" à toutes les entreprises de chaussures.
Un nouveau matériau amortissant plus durable
Pour revenir à SwiftFoam, le nouveau matériau de la semelle intermédiaire de la Tree Flyer, force est de constater qu’elle illustre parfaitement l’ingéniosité de Allbirds en matière de durabilité. En 2019, la marque a commencé à travailler avec le fournisseur qui fabrique le Pebax, un ingrédient clé de la révolution des super chaussures, pour formuler SwiftFoam - également connu sous le nom de BioPebax, Pebax biosourcé ou Pebax Rnew. Ce nouveau matériau amortissant est fabriqué selon un processus de fabrication plus durable. Il ne nécessite aucun additif chimique, sa formule intègre de l'huile de graines de ricin non comestible et il est peu gourmand en eau. La mousse qui en résulte est à 48 % d'origine biologique et, selon Jad Finck, elle obtient une note de 11 sur une échelle de performance, le Pebax standard obtenant lui un 12. Il s'agit toutefois d'un composé de semelle intermédiaire haut de gamme qui a un prix élevé, plus que le Pebax standard, une mousse déjà plutôt coûteuse.
La construction de la Tree Flyer 2, nouvelle version de la Tree Flyer, pousse encore plus loin l'objectif écologique en utilisant les résidus de SwiftFoam pour renforcer la tige de la chaussure et son talon afin d’améliorer la stabilité de l'arrière-pied et la stabilité latérale, tout en augmentant la durabilité. De quoi réduire encore l'impact sur l'environnement, car une chaussure qui dure plus longtemps, c’est autant de déchets en moins à la décharge. Convainquant sur le papier, reste à savoir si la chaussure tient la route une fois aux pieds.
Sur le terrain, que penser de la Tree Flyer 2 ?
Notre testeur a mis à l’épreuve la Tree Flyer 2 sur une douzaine de parcours de longueurs et de vitesses différentes, sur route et bitume, mais aussi sur des chemins de terre et des singletracks rocailleux. Il a même poussé l’expérience jusqu’à porter une fois une Tree Flyer originale au pied gauche et une Tree Flyer 2 au pied droit. Son avis ? Il a été impressionné par la traction, la stabilité et le soutien de la Tree Flyer 2, au point qu’il en a oublié pendant sa course toutes les vertus environnementales avancées par la marque.
« J'étais tout simplement à l'aise », raconte-t-il. « Comme on peut l'être lorsque les chaussures font ce qu'elles doivent faire, sans interrompre le bon déroulement des choses. » Ces tests confirment qu'Allbirds est parvenu à ne pas compromettre les performances de sa Tree Flyer pour répondre à ses normes environnementales exigeantes.
« Le Swiftfoam s’est avéré ferme et rebondissant, comme un trampoline fabriqué à partir de de fibres naturelles. « poursuit notre testeur. « De quoi offrir juste ce qu’il faut de confort sans vous enliser". La chaussure offre également beaucoup d'espace en milieu du pied, peut-être un peu trop pour certains, et permet une ouverture confortable au niveau des orteils. En action, la flexibilité et le déroulé de la chaussure semblent un peu plus fermes que ceux obtenus via du Pebax conventionnel - du moins tel qu'il est réglé dans la plupart des supershoes à tige haute - mais ils sont bien supérieurs à la plupart des autres matériaux de semelles intermédiaires écologiques (y compris la SweetFoam de la Allbirds Tree Dasher). On apprécie alors la nervosité de la chaussure, et son retour d'énergie rapide lors de l'impact.
La tige en mesh, doublée de laine mérinos, est suffisamment douce pour que l'on puisse porter la Tree Flyer 2 sans chaussettes. L'ajustement de la tige extensible, à base de fibre d'eucalyptus, semblable à une chaussette, est à la fois sûr et enveloppant, et l'enveloppe du talon maintient l’arrière-pied fermement en place.
Alors que la Tree Flyer originale et la Tree Flyer mise à jour partagent la même semelle intermédiaire, la nouvelle version, la 2, a de plus gros crampons disposés différemment pour améliorer l'adhérence de la semelle extérieure fabriquée en caoutchouc naturel. Le renfort sur la tige donne également à la chaussure un meilleur soutien latéral, une meilleure tenue dans les virages et une plus grande durabilité. Ces deux améliorations rendent la nouvelle version plus adaptée aux sentiers et renforcent ses performances.
Et le style dans tout ça ?
Le look de la Tree Flyer 2 a plu à notre testeur. Ce qui va également dans le sens de l'objectif environnemental de la marque, son idée étant que si vous les portez à la ville comme sur les sentiers, vous serez moins susceptible de multiplier les paires, ce qui réduit la consommation et l'épuisement des ressources naturelles. L'aspect sculpté, géométrique, nerveux et le talon évasé ont même attiré l'attention de « sneaker addicts » de la génération Z : « stylés », ont-ils commenté au passage.
Un petit reproche toutefois de la part de notre testeur : les lacets en plastique recyclé. Il a eu beau faire des double-noeuds, il s’est retrouvé à les refaire à plusieurs reprises lors de ses sorties. Sans compter qu’il semble plus cohérent de conserver le plastique recyclé des bouteilles dans la sphère des bouteilles en plastique que de le détourner vers le marché des vêtements et des chaussures, d'où il est peu probable qu'il soit remis en circulation. Un argument qui demande à être vérifié, mais qui serait à prendre en compte.
Enfin, bien que la Tree Flyer 2 représente une nette amélioration par rapport à d'autres chaussures de course performantes visant, elle aussi, plus durabilité, à 301g (modèle homme) et 237g (femme), elle reste relativement lourde et n'offre pas l'effet « pop » d'une super-chaussure à bascule (qui sont toutes actuellement fabriquées à partir de produits pétrochimiques et de fibre de carbone). C'est pourquoi nous réserverions probablement les Tree Flyer 2 aux séances d'entraînement et non aux courses.
À 165€, la Tree Flyer 2 s'inscrit dans la gamme de prix des chaussures de technologie et de performance similaires. Mais l’adopter, serait, en prime, soutenir son projet de construction neutre en carbone et à faible impact, ainsi que ses pratiques durables, l’entreprise utilisant des matériaux naturels et finançant des projets carbone pour équilibrer ses émissions. De plus, le prix semble tout à fait raisonnable si l'on tient compte du fait que cette chaussure est suffisamment stylée pour être portée en mode sport et loisirs.
Qu'en conclure ?
Depuis 2008, et la Green Silence de Brooks, la Allbirds Tree Flyer 2 s’impose comme la première chaussure à combiner qualités environnementales et performances correctes. De quoi inspirer d'autres marques ? On l’espère.

La Allbirds Tree Flyer 2 en chiffres
Prix de vente conseillé : 165 €
Poids : environ 301 g (homme), 237 g (femme)
Hauteur des crampons : 30,5 mm au talon / 22,0 mm à l'avant-pied. Drop 8,5 mm
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