Le défi de traverser l’Atlantique à la rame, entre le Massachusetts et la Bretagne en solitaire et sans assistance, était déjà de taille. Mais un nouvel obstacle s’est ajouté à l’aventurier Guirec Soudée : depuis samedi 3 juillet, après avoir subi une tempête, il n’a plus aucun moyen électronique de communication - donc plus de GPS, ni de données météo. Seule sa radio VHF lui permet d’alerter les navires à 2 ou 3 milles nautiques de sa présence et partager son état de santé - comme cette nuit, lorsque son équipe a reçu quelques nouvelles d’un cargo à 1 heure du matin. S’il ne parvient pas à réparer son système électronique à bord, il continuera son périple à l’aveugle, comme les premiers aventuriers.
Perdu loin au large des côtes canadiennes, l’aventurier Guirec Soudée persévère. La tempête qu’il a traversée dans la soirée de samedi 3 juillet a probablement cassé le système d’alimentation électrique du bateau, empêchant la recharge des appareils électroniques - dont son téléphone satellite, comme nous l'expliquions hier dans cet article. Un outil indispensable qui, d’une part, lui permettait de communiquer avec son équipe, mais surtout, de lui indiquer sa carte GPS et télécharger des fichiers météos. Aujourd’hui, seule sa radio VHF est encore en état de marche.

Après près de deux jours sans nouvelles, son équipe a enfin reçu un e-mail cette nuit (vers 1 heure du matin le 7 juillet), de la part d’un cargo qui passait dans la zone de l’aventurier breton. « Personne, sur ce cargo, ne l’a eu en visuel. Ils ont juste conversé par radio VHF, Guirec devait se trouver à 2 ou 3 milles nautiques du navire pour pouvoir émettre ainsi », explique Alice Claeyssens, membre de l’équipe du marin, chargée de la logistique de l’aventure.
« La bonne nouvelle, c’est que Guirec a dit qu’il allait bien. La moins bonne, c’est qu’il a aussi confirmé qu’il n’a plus aucun moyen électronique de communication. De notre côté, on pense que c’est l’allume-cigare du bateau, sur lequel il branche ses batteries, qui a dû lâcher pendant la tempête », poursuit-elle. « Mais il reste toujours aussi déterminé à poursuivre sa course. S’il ne résout pas le problème électronique - ce qui n'est pas improbable - il fera route à l’ancienne vers la France, comme ça se faisait il y a 60 ans, donc on est sur du lourd là. Il est complètement fou ! Il y va à l’aveugle totale ».
Impossible d'anticiper la météo
Car le plus grand risque, mise à part la coupure de connexion avec son équipe, est bien la fin des alertes météos. Impossible pour le rameur de prévoir les vents et les courants auxquels il devra faire face jusqu’à son retour en France - enfin, en espérant qu’il rejoigne bien les côtes bretonnes. « Nous, on va essayer d’anticiper, grâce aux conditions météos qu’on connait, quels bateaux pourraient se trouver dans sa zone, tenter de les contacter et leur demander de le trouver pour passer un message de notre part, lui donner des infos météo. Parce là, il s’embarque dans une autre dimension de l’aventure, il va vraiment subir tout ce qui pourrait lui arriver », ajoute Alice Claeyssens.



Son équipe mise sur la solidarité des bateaux français qui traversent la même ligne de route que Guirec Soudée. « Dans le pire des cas, il lui reste sa balise de détresse. Mais nous, pour l’instant, on n’interviendra pas. On lui fait confiance. On sait qu’il va se donner le plus possible, mais s’il ne sait pas que la mer se lève, il ne pourra pas se préparer, et ce qu’on redoute, c’est le risque de casse. »
Mais la prolongation potentielle de son parcours pose évidemment la question de la suffisance en nourriture. « Physiquement, il doit être déjà bien épuisé. Pendant son voyage aller, entre les Canaries et les Caraïbes à la rame entre décembre 2020 et février 2021, il avait perdu 9 kilos. Là, vu les efforts qu’il a dû faire pour traverser deux tempêtes, je n’imagine même pas dans quel état il est. Pour ce voyage retour, entre les Etats-Unis et la Bretagne, il avait prévu de tenir 120 jours niveau nourriture. Mais il mange bien plus que prévu, tellement il rame. Donc on espère vraiment qu’il arrivera en septembre, et pas plus tard. Étant parti le 15 juin, ça lui ferait 90 jours de trajet. Il a de quoi tenir, mais bon… », nuance Alice Claeyssens.
La tempête est finie, mais rien n'est gagné
Pour le moment, la tempête du week-end dernier est passée. « Il y a encore quelques vents soutenus, entre 15 et 20 noeuds selon les estimations, ce ne sont pas des conditions qui lui permettent de se reposer sur ses lauriers. D’autant plus que sur ce genre de rameur, le vent et les courants peuvent être ses meilleurs alliées comme ses pires ennemis. C’est impossible pour lui d’aller contre le vent, ça le fait reculer. Il doit quand même ramer sur un bateau qui pèse 1 tonne ! Au moins, il a réussi à avancer un peu par rapport à ce qu’on nous avait communiqué dimanche. Les vents de la tempête ont dû le pousser vers l’est, on n’attend plus qu’il rentre dans le « Gulf stream ».
Pour résumer, Guirec Soudée semble parti pour vivre son aventure à la mode de ses héros du passé. « Ce n’est pas la première fois qu’il coupe toute communication. Pendant son autarcie dans les glaces, il l’avait fait volontairement pendant 4 mois. La différence cette fois-ci, c’est que ce n’est pas volontaire. On verra s’il réussit à reconnecter ses appareils et recharger son téléphone. Mais il est peut-être encore plus content de vivre son aventure à 100% maintenant, en naviguant à l'ancienne, comme il y a 60 ans », conclut Alice Claeyssens.
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