A l’UTMB cette année elle était sur toutes les têtes, et tous les podiums, à commencer par celle de Jim Walmsley. Question de tendance ? Pas seulement.
Fut un temps où les couvre-chefs avaient une fonction assez simple : bloquer le soleil par tous les moyens possibles, au mépris (trop souvent) du style. Mais on n’en n’est plus là, les besoins, les désirs et les processus de fabrication ont évolué, ce qui a permis l’émergence de quantité d’usages très spécifiques. Aujourd'hui, les pêcheurs à la ligne on leur chapeau, de même que les tennismen, et même les surfeurs. Sans surprise, les runners ont aussi le leur, conçu pour bloquer le soleil, créer un flux d'air, évacuer l'humidité et rester stylé en toutes occasions. Et ce must, c’est la célèbre 5-panel !
Bien sûr, les tendances vont et viennent et certains coureurs s'accrochent parfois à un look avant qu’un nouveau ne s’impose : on en voit encore qui courent avec des bandeaux de transpiration (très années 70.) Mais s’il est un chapeau qui semble indétrônable, c’est bien la 5-panel. Affaire de mode ? A moins qu’elle seule ait réussi à trouver le juste milieu entre fonctionnalité et style ?

De l'influence de Patagonia, Supreme et Ciele
Le terme de panneau ou « panel » en anglais, fait référence aux différentes pièces de tissu cousues ensemble pour former la couronne du chapeau. Ainsi, un modèle à six panneaux comporte six pièces triangulaires se rejoignant au sommet. Un chapeau à un panneau est formé d'une seule pièce de tissu. La 5-panel compte généralement des panneaux façonnés pour s'adapter à des zones spécifiques de la tête, ce qui permet d'obtenir un meilleur ajustement.
Comment est-elle arrivée sur nos têtes ? Ses origines sont assez floues. Les marins, mais aussi les militaires affirment que la 5-panel leur doit tout. On parle aussi des coursiers qui aux Etats-Unis l’auraient adoptée au début du 20e siècle. La plus grande confusion règne donc, mais il est largement admis que c’est la culture streetwear qui à la fin des années 80 l'a lancée lorsque le milieu du skate et du hip-hop l’ont adoptée, bien avant que les traileurs en quête de coolitude l'adoptent !
Autre date marquante : l’arrivée de la casquette Duckbill de Patagonia. En 1990 elle devient une référence pour les fans d’outdoor qui l’apprécient pour son design (on pouvait la compresser sans la déformer ) et ses mailles respirantes. Près de quinze ans plus tard, en 2004, Supreme, marque hype basée à New York, ouvre un magasin à Los Angeles, vite envahi par des hordes de skateurs arborant la 5-panel. Il n’en fallait pas plus pour que l’industrie de la mode s’empare du phénomène.
En 2014, la marque canadienne Ciele prend le relais et impose un modèle multicolore, lumineux, léger, durable et doté d'une protection UPF, spécialement conçu pour la course à pied. "Ciele a eu un impact considérable sur le secteur", explique Sean Van Horn, expert en communication pour les marques d'outdoor. Cet athlète, qui a longtemps géré un magasin spécialisé dans l’équipement, a observé en temps réel l'explosion de la 5-panel dans pratiquement tous les sports. D’après lui, c’est Ciele qui a le mérite d'avoir imposé ce look auprès des sportifs les plus exigeants. Cependant, rien n'aurait pu prédire l'omniprésence actuelle de ce style dans le monde de la course à pied. Et tout particulièrement dans le trail.
Un modèle si pratique
Qu'est-ce qui fait que cette casquette plait tant aux coureurs ? Sa capacité à s’ajuster à toute les morphologies est certainement un facteur majeur. Sa profondeur lui permet de toujours rester bien en place, que l’on soit balayé par de fortes rafales de vent ou attaqué par une branche. Mais la véritable innovation tiendrait en fait dans sa « modularité ». Antonieta Fornino, responsable de la conception chez BUFF, marque spécialisée dans les accessoires pour le cou et la tête comptant notamment dans sa collection la casquette Go Cap à cinq panneaux, explique que son énorme avantage technique, c’est la possibilité de mélanger et d'assortir ce style. "Ces casques permettent de créer très facilement la version que l'on souhaite, qu'il s'agisse d'un modèle mono-matériau ou multi-matériaux », dit-elle. "Vous pouvez inclure différents panneaux, en mailles ou en matériaux plus respirants. On peut faire beaucoup de choses avec cette forme.»
Sur une casquette de baseball typique à six panneaux- triangles, on trouverait étrange d'en avoir certains en maille et d'autres en nylon, par exemple. Cela n’aurait ni logique ni raison, car les triangles sont tous espacés de la même manière autour de la tête, du haut vers le bas. En revanche, un modèle à cinq panneaux offre un flux d'avant en arrière qui peut être reconfiguré en fonction de ce que l'on souhaite obtenir. Le panneau avant peut être fabriqué dans un matériau qui évacue l'humidité, tandis que les panneaux latéraux peuvent être en maille ou comporter des trous découpés au laser pour favoriser la circulation de l'air. La symétrie horizontale contribue à la fonctionnalité.
Le bord permet lui aussi de faire des choix créatifs en matière de design. Tout récemment Antonieta Fornino et son équipe travaillaient sur un nouveau modèle de Speed Cap à cinq panneaux prévu pour le printemps 2024 : ils ont opté pour un bord plus rigide et légèrement incurvé, en se basant sur les commentaires des coureurs. L'équilibre entre un bord pliable et un bord qui reste bien fixé lorsqu’on prend de la vitesse est une question de préférence. Ainsi le Duckbill de Patagonia est assez mou, tandis que le Global Hat de Topo Design se situe dans un juste milieu, assez souple, il tend toutefois à conserver sa forme. Son panneau frontal en nylon extensible, combiné aux panneaux en maille au-dessus et sur les côtés, en fait une option très respirante, adapté à quantité d’activités. "Nous voulions qu'il soit léger, respirant et emportable et qu'il puisse être utilisé en plein air comme en voyage", explique Jedd Rose, cofondateur et président de Topo Designs. "Nous avons donc fini par combiner plusieurs tissus et nous avons remplacé le matériau plus traditionnel par une mousse souple mais solide qui peut être pliée tout en conservant sa forme.
Comme Antonieta Fornino, Jedd Rose apprécie les multiples facettes de la 5-panel. "Elle se prête à la polyvalence et s'adapte à de nombreux tissus et matériaux", explique-t-il. "Il est donc facile de les mélanger et de les assortir afin d’obtenir une casquette plus ou moins lourde selon le modèle désiré."

La porter... c'est montrer qu'on est un coureur !
Cela dit, le choix d’un chapeau est aussi une affaire d'identité ; c'est souvent la première chose que l'on remarque chez quelqu'un. Et toutes les avancées techniques du monde auraient fait un flop si les coureurs n’avaient pas eu envie d’adopter la 5 panels. Si vous voulez montrer que vous aimez courir, mais que votre chapeau dit aux gens "je suis un pêcheur à la ligne", vous avez tout faux. "En fait, on a commencé à voir les coureurs les plus tendances porter les Ciele, puis le phénomène s'est étendu à l'ensemble de l'industrie du running", explique Sean Van Horn. " En arborer un, voulait dire « je fais du sport ! » Le succès de la marque doit aussi à la variété de sa gamme. Pour une petite tête, l'ALZcap, avec une circonférence de 56,5 centimètres et un profil très bas, est parfait… si tant est qu’on soit prêt à dépenser une jolie somme pour une casquette.
La Ciele de base coûte entre 40 et 55 euros, mais les modèles de course de la ligne Elite atteignent les 85 euros ! Pour une casquette destinée à une seule activité, c'est un sacré investissement, mais ce n'est pas une coïncidence si la popularité de la 5 panels a coïncidé avec l'explosion du vêtement de ville inspiré de la course à pied. Il s'avère que les casquettes de running peuvent aussi être utilisées dans la vie de tous les jours, ce qui peut justifier un prix plus élevé. "Le secteur des sports outdoor n'a jamais été aussi enclin à brouiller les frontières entre tradition, tendance et style de vie, et il est donc logique que la 5-panel se situe parfaitement à cette intersection", explique Jedd Rose. "Le fait qu'elle ait d'abord été un must dans l’outdoor, puis qu'elle soit devenue une référence dans le domaine du streetwear en fait une tendance parfaite à l'heure actuelle.
L'avenir est à la circularité et à la durabilité
Bien entendu, lorsqu’une tendance est au plus haut, c’est qu’une autre se profile sans doute sous peu. Les casquettes « à godet », ou bobs - tendance depuis longtemps déjà chez les skateurs et les skieurs ! - sont de plus en plus présentes sur la scène du trail et de l'ultra bien qu'elles n'aient pas encore bouleversé le marché de la 5-panel. La visière a toujours été présente sur la scène de la course à pied. Elle a ses adeptes, même si elle peut vous donner l’allure d'un coach !
Interrogée sur les tendances à venir, Antonieta Fornino explique qu’à l’avenir c’est moins le design que la chaine de production qui va changer la donne. "Je suis persuadée que la durabilité va primer dans le domaine des chapeaux. Il ne s'agit pas seulement d'avoir un matériau de visière recyclé, mais de voir comment nous pouvons simplifier la structure et les matériaux utilisés dans une casquette afin qu'ils soient facilement réutilisables et recyclable, c'est la circularité qui est désormais au cœur de la démarche." En témoigne la marque suédoise Houdini, à l’origine d’une casquette de course recyclable. Elle a mis l'accent sur la circularité dans sa production : ses casquettes Daybreak et C9 ( qui n’ont pas cinq panneaux ) ont de réelles capacités techniques, mais elles ne devraient pas finir à la décharge.
Du côté de la marque Topo, on mise sur des modèles encore plus légers et plus faciles à transporter, ce qui ne veut pas dire que les modèles plus classiques soient voués à disparaitre. "Au final, il est souvent bien difficile de faire mieux qu'une bonne vieille casquette qui traine dans votre coffre depuis des lustres, c'est donc une source d'inspiration pour nous aussi", explique-t-elle.
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