Si vous n’y comprenez plus rien en matière de veste imperméable, vous n’êtes pas seuls ! L'évolution des normes environnementales a bouleversé l’industrie textile provoquant en chaîne des problèmes d'approvisionnement et une baisse des performances des produits. Avec une réglementation plus stricte, les vestes ont perdu - ces dix dernières années - en durabilité et en respirabilité. Aujourd’hui, il faudrait presque avoir un diplôme d'ingénieur chimiste pour comprendre la composition d’une veste imperméable. Pour y voir plus clair, nous nous sommes penchés sur le problème et enquêté auprès des concepteurs de grandes et petites marques.
Le problème des PFC
Ces dernières années, les PFC ou PFAS ont fait l'objet d'études minutieuses en raison de leurs potentiels effets nocifs sur la santé, allant des lésions hépatiques à l'augmentation des risques de cancer et de malformations congénitales. Les PFC, ou produits chimiques perfluorés, sont un groupe de produits chimiques largement utilisés dans l’industrie textile outdoor. Ils sont également souvent appelés PFAS (ou substances per- et polyfluoroalkyles). Ces produits chimiques sont considérés comme dangereux, parce qu'ils se décomposent très lentement et peuvent s'accumuler dans l'eau, le sol, l'air et notre propre circulation sanguine. Selon les experts, une personne portant une veste fabriquée à base de PFAS n’est pas directement exposée, mais le risque réside principalement dans l’accumulation de ces substances chimiques dans la nature. C’est un enjeu de santé publique. Les études montrent que les PFAS agissent comme des perturbateurs endocriniens chez l'homme et la faune, ce qui peut provoquer des dysfonctionnements biologiques alarmants. La réduction de notre dépendance aux PFAS est donc un enjeu majeur, en particulier pour des équipements de randonnée, non essentiels.
L’industrie outdoor utilise les PFAS pour deux usages : les traitements déperlants durables (DWR) et les membranes respirantes. Lorsque ces revêtements et membranes se dégradent, sous l'effet de l'abrasion, des lavages répétés ou tout simplement du temps, ils libèrent des substances chimiques PFAS. Depuis une dizaine d'années, une grande partie des marques outdoor abandonnent progressivement les PFAS à « chaîne longue » (« longue » parce qu'elle contient plus d'atomes de carbone) au profit de produits chimiques à « chaîne courte ». On suppose que ces PFAS à chaîne plus courte sont plus respectueux de l'environnement parce qu'ils se décomposent plus rapidement et ne s'accumulent pas aussi vite dans l'environnement - bien que des études aient démontré que les PFAS à chaîne courte ont des effets similaires sur la santé que ceux à chaîne longue. Mais les traitements déperlants à chaîne courte ne sont pas non plus aussi efficaces et durables que les traitements plus anciens : si vous avez acheté une veste imperméable récemment, vous avez certainement remarqué qu’elle n’évacue pas l'eau aussi efficacement qu’une veste fabriquée il y a dix ans. Cette différence s'explique par l'adoption de produits chimiques à chaîne courte.
Comment les marques réagissent-elles ?
Jusqu'à présent, les grandes marques ont fait preuve d'un certain effort pour éliminer les PFAS. L'année dernière, Gore-Tex a annoncé l'arrêt de sa ligne ShakeDry, sa collection ultra-light, six ans seulement après sa mise sur le marché. L'automne dernier, Gore-Tex a également remplacé sa membrane standard à trois couches par une alternative sans PFAS en polyéthylène expansé (ePE). Selon la marque, cette nouvelle membrane est non seulement exempt de PFAS, mais elle est aussi plus légère et son empreinte carbone est plus faible. En ce qui concerne les membranes Gore-Tex plus légeres tels que Paclite et Paclite Plus, Gore n'a pas été aussi loquace, déclarant qu' « un nombre croissant de vêtements Gore-tex Paclite sont dotés d'un traitement déperlant durable exempt de PFC ». En d'autres termes, le Paclite évolue vers l'absence de PFAS, mais pour l'instant, il convient de vérifier les spécifications de chaque produit pour s'en assurer.
Les membranes ePE disponibles à ce jour sont loin d’être l’ultra-légères et seules quelques marques les proposent. Patagonia, Mountain Hardwear et Arc'teryx ont commencé à proposer des vestes ePE l'année dernière, mais la plupart pèsent au moins 400 grammes. Les prix sont également élevés : même une veste plus abordable comme l’Essential Gore-Tex de Salomon coûte 300€. Et puis, il y a les indices de respirabilité. D'après les chiffres, l'ePE est la membrane la moins respirante de Gore-Tex, avec un indice de résistance au transfert d’évaporation (RET) inférieur à 13 (Plus l’indice est faible, plus il indique que le vêtement est respirant). En comparaison, la Gore-Tex Pro a un RET inférieur à 6, tandis que le Shakedry a un RET inférieur à 3.
Columbia est un autre grand acteur du marché avec sa technologie Outdry Extreme. Introduit pour la première fois en 2016, Outdry se passe de tout traitement DWR en plaçant la membrane à l'extérieur (la collection Shakedry de Gore-Tex proposait également une membrane en couche extérieure). Les membranes Outdry Extreme et Extreme Eco sont désormais toutes deux exempts de PFAS (Eco va plus loin et utilise également des matériaux recyclés). Les statistiques sont assez prometteuses : la veste Outdry Extreme Eco (2016) pèse environ 280 grammes avec un indice d'imperméabilité d'environ 20 000 Schmerber (ce qui la rend 100 % imperméable). De ma propre expérience, la respirabilité est bonne mais pas extraordinaire. Le gros inconvénient est que Outdry est une technologie exclusive à Columbia, ce qui signifie qu'il n'y a qu’un choix restreint de vestes. Même les autres marques appartenant à Columbia, comme Mountain Hardwear, n’ont pas accès à cette technologie.
Du côté du cyclisme, l’industrie textile est un bon benchmark où l’on retrouve les technologies les plus avancées. POC a récemment dévoilé une veste imperméable à trois couches sans PFAS, pesant seulement 85 grammes et à 490€. En revanche, on peut se questionner sur sa durabilité compte tenu de sa construction ultra-légère (en polyester 10 deniers avec une membrane en polyuréthane super fine), d'autant que les vêtements de cyclisme ne sont pas conçus pour résister aux frottements d’un sac à dos.
A-t-on vraiment besoin d’une veste imperméable ?
Certaines marques adoptent une nouvelle approche en abandonnant complètement l'idée de combiner imperméabilité et respirabilité. La marque américaine Lightheart Gear propose une veste de pluie en silicone-polyester 20 deniers qui est 100 % imperméable, mais non respirante. « La plupart du temps, les gens se plaignent que les vestes imperméables et respirantes ne fonctionnent tout simplement pas » confie sa fondatrice Judy Gross. Au lieu d'utiliser des tissus respirants, la marque mise sur la ventilation mécanique pour évacuer la chaleur, via des zips bidirectionnels qui descendent jusqu'au coude. C’est vrai qu’une fois mouillée, une veste imperméable et respirante est généralement plus lourde, moins résistante à l'abrasion et absorbe l'eau.
Et après ?
L’avenir dépendra des performances des membranes sans PFAS. Pourront-elles un jour être au même niveau de respirabilité et de durabilité d’il y a 10 ans ? Une chose est sûre, face aux nouvelles réglementations, les vestes sans PFAS devraient devenir la norme d’ici quelques années. Les performances devraient donc baisser, à moins que de nouvelles technologies arrivent sur le marché. Le passage au sans PFAS est l'occasion d'essayer de nouveaux produits, sinon de revenir au redoutable poncho en silnylon.
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