Voilà plusieurs jours que les noms de Mathieu Blanchard, 2e de l’UTMB 2022, de sa compagne Alix Noblat et du journaliste Alexis Blanc sont sur toutes les lèvres. Car la cordée est dans une véritable tourmente médiatique. La faute à sa participation à la Patrouille des Glaciers, grâce une dérogation, pour les besoins du bouclage d’une web-série. « Passe-droit », « favoritisme », « injustice » murmurent certains coureurs frustrés de ne pas avoir pris le départ suite à des problèmes de météo. Près d’une semaine après les faits, la pilule ne passe pas. Explications.
Quatre départs étaient initialement prévus sur la Patrouille des Glaciers 2024. Un seul aura finalement pu être donné. La faute à une météo complexe, principalement dûe au retour des conditions hivernales. « Plusieurs fronts froids successifs vont traverser la région alpine dès lundi et les jours suivants » précisait quelques jours avant la course Lionel Peyraud, météorologue et prévisionniste, au Nouvelliste. « Ils vont encrer une masse d’air maritime polaire sur la région avec de l’air nettement plus froid et une limite pluie-neige qui va progressivement s’abaisser en dessous de 1000 mètres et qui va occasionner des chutes de neige intermittentes à fréquentes dans les Alpes. Pour la course, ce sera donc délicat par moments en termes de visibilité, au passage des cols notamment ».
Des incertitudes auxquelles s’étaient ajoutée la crainte de l’accident. Car si depuis le lancement de la Patrouille des Glaciers, en 1984, aucun n’a été déploré, on le sait, en montagne, le risque zéro n’existe pas. C’est d’ailleurs ce que le drame de ce printemps, à Tête Blanche, avait rappelé. Six skieurs en pleine préparation pour la PDG avaient disparu dans les Alpes suisses. Cela a-t-il influencé la prise de décision de l’organisation ? Peut-être.
Une déception à la hauteur de l’engagement
Les annulations successives ont toutefois engendré beaucoup de frustration dans le rang des non-partants. Amateurs pour la plupart, ils ont ainsi vu s’envoler des mois de préparation, d’entraînement sans relâche… voire de sacrifices. Car n’oublions pas que même s’il s’agit d’un « hobby », l’investissement, pour participer à de tels événements, est colossal. Parfois au détriment de sa vie privée. La déception était donc, on le comprend, à la hauteur de l'engagement.
Un sentiment qui, pour certain, a été renforcé lorsqu’ils ont vu Mathieu Blanchard, 2e sur l’UTMB 2022, et son équipe, composée de sa compagne Alix Noblat et du journaliste Alexis Blanc, mandaté par L’Équipe, prendre le départ depuis Arolla (A2, la seule course maintenue) alors que la cordée était inscrite sur le tracé au départ de Zermatt (Z2, annulée). Ce que l’on peut lire dans les commentaires de l’application de la PDG. « C’est frustrant de voir une équipe d’influenceurs qui ne savent pas skier et qui ne connaissent pas la montagne se voir octroyer un tel privilège » déplore un internaute.
L’armée suisse, organisatrice de l’événement, a-t-elle donc fait du favoritisme ? s’interrogent de nombreux participants. Sachant que le règlement de la course stipule clairement « qu’en cas de renvois, aucun changement de jour ou d’heure du départ attribué n’est possible »… S'ajoute à cela un non-remboursement des frais d'inscriptions (de 1500€)
« On n’a pas profité de notre aura »
Les derniers jours avant l'épreuve, l’organisation avait pourtant martelé aux différentes équipes qu’il n’était pas possible de basculer d’une épreuve à une autre. Alors quand plusieurs personnes ont constaté qu’une exception avait été accordée, il régnait un sentiment un peu amer sur l'événement ce week-end. Certains y ont vu une injustice.
« Ce n’est pas du favoritisme », souligne le capitaine Marc Liew, chef communication de l’événement. Il explique que cette dérogation est le fruit d’un partenariat entre les destinations Zermatt - Verbier et la Fondation de la Patrouille des Glaciers. « Sans faire la course, il ne pouvait pas tourner ce reportage qui était prévu depuis l’été ». La patrouille de Mathieu Blanchard réalise une web-série (qui pourrait devenir un long format) autour de cet événement. Un projet couteux, une équipe de huit personnes ayant fait le déplacement, certains depuis le Canada, qu’il était nécessaire de mener à son terme. D’où cette bascule sur la course A2 (qu'ils ont parcourue avec un dossard, en 7h07, en arrivant à la 134e place).
« On n’a pas profité de notre aura » affirme de son côté le journaliste Alexis Blanc. « La différence par rapport aux autres équipes, c’est que l’on a un projet professionnel derrière. Alors que la plupart qui participent le font pour le loisir ». Une opposition amateurs/élites qui nous rappelle que ce qui fait habituellement le charme de ces épreuves d’endurance, à savoir « prendre le même départ que les plus grands athlètes de la discipline », complexifie parfois la lecture de certains événements. Alors l’organisation a-t-elle eu tort d’accorder un « passe-droit » à un athlète ayant un projet professionnel solide ? Quitte à nourrir la frustration de milliers de passionnés s’étant entraînés corps et âmes ?
La Patrouille des Glaciers aurait-elle perdu son âme ?
Il faut également savoir que Mathieu Blanchard et sa patrouille ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir pu participer à la course A2 alors qu’ils étaient initialement inscrits à la Z2. Onze patrouilles militaires internationales ont également pris le départ de la course A2 dans la nuit de samedi à dimanche.
« J’aurais vraiment aimé pouvoir le faire [autoriser les participants inscrits sur la course Z2 à basculer sur la A2, ndlr] pour toutes les patrouilles », a précisé le commandant Christian Sieber. Sauf que techniquement, cela aurait été impossible, les réserves de trackers GPS étant limitées. Un argumentaire qui n’a pas réussi à calmer les déçus. Ces derniers déplorent une organisation (l’armée suisse) qui ne respecte plus les principes d’équité et les valeurs propres à l’esprit de la montagne, faisant pourtant partie de l’âme de cette course historique. Tout ça dans le but de faire des likes sur les réseaux sociaux, et toujours plus de business autour des activités en montagne, disent-ils.
Pris dans la tourmente médiatique, Mathieu Blanchard et son équipe n’avaient pas - à leur de boucler cet article, sur leurs réseaux sociaux respectifs, officiellement communiqué sur leur participation à la course. Voici son dernier post sur le sujet.
Article mis à jour le vendredi 26 avril 2024 à 8h48 avec le post de Mathieu Blanchard.
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