Indémodable, quasiment inchangée depuis sa création il y a 36 ans, la veste Patagonia Retro Pile est devenu un vêtement iconique, et pas que chez les fans d’outdoor. Pourtant, elle ne doit sa création qu’à une trouvaille de la femme d’Yvon Chouinard, fondateur de la marque, partie fouiller dans les tissus pour abattants de WC, apprend-on en nous plongeant dans les archives de Patagonia.
De New-York à Paris, comme à Chamonix, elle est partout. En mode montagne ou ville, la polaire Retro Pile reste tendance. La preuve, les contrefaçons pullulent et toutes les marques de fast fashion proposent leur propre version de ce best-seller qui accuse quand même 36 ans. Un âge quasi canonique pour un vêtement.
L'omniprésence et l'indéniable endurance de ces polaires, nous ont amené à nous interroger sur leur origine. Nous avons donc contacté Patagonia qui nous a appris que l'entreprise disposait d'une équipe chargée de mettre en valeur son histoire. Voici ce que nous ont raconté les archivistes Darcey Moore et Terri Laine :
- Au cours de ses premières sorties en montagne, à la fin des années 50, le fondateur de Patagonia, Yvon Chouinard, grimpeur et alpiniste passionné, portait surtout de la laine. Mais cette matière était lourde et prenait une place folle dans son sac à dos. En homme pratique, il s’est donc mis en quête d’une matière plus adaptée à ses activités.
- Au début des années 70, il découvre un tissu à poils acryliques qui avait le mérite d’être chaud et plus ou moins déperlant, ce qui s'approchait de ce qu'il recherchait. Mais c’est Melinda, sa femme, qui va mettre la main sur un rouleau de tissu polyester duveteux qui semblait plus prometteur encore, initialement destiné à recouvrir les sièges de toilettes. Le genre d’accessoire d’un goût discutable qu’on trouvait encore il n’y a pas si longtemps chez nos grands-parents. Molletonné, il avait tout de l’isolant léger que Chouinard avait en tête. Elle l'a donc rapporté à l'atelier de la société, alors à ses débuts.
- En 1975, Patagonia fabrique un prototype de veste en utilisant le tissu des sièges de toilettes. La surface extérieure de la veste est lisse et c’est à l’intérieur que se trouve la face pelucheuse. Succès plus que mitigé : l’extérieur s'effiloche après un seul lavage ! Mais elle est chaude et surtout elle isole bien, même lorsqu'elle est mouillée. Sans parler qu’elle sèche rapidement et s’avère nettement plus légère que la laine. « Là, on tient quelque chose" se dit alors Chouinard.

- Restait à améliorer le prototype et à mettre au point un tissu répondant à toutes ses exigences. En 1981, Chouinard contacte Malden Mills, devenu depuis Polartec, c’est cette année-là que la polaire telle que nous la connaissons est officiellement née. Synchilla, la polaire plus fine utilisée pour les vestes comme la célèbre Snap-T, est lancée en 1985. Il faudra attendre 1988 pour voir arriver la première veste Retro Pile, avec la polaire plus épaisse à l'extérieur. Dans le catalogue de la marque, cette année-là, on trouve une photo désormais célèbre d’Yvon Chouinard et de l’alpiniste Rick Ridgeway – son compère et partenaire au sein de Patagonia – hilares, ils tiennent un magnum à la main et… arborent la fameuse veste avec les poils à l'intérieur, comme le prototype de 1975. En légende, on apprend pourquoi la marque a finalement décidé de mettre les poils à l'extérieur : "Le nouveau Retro Pile est laminé à l'intérieur avec de la Capilene, maille qui évacue l'humidité de la peau. La chaleur du corps pousse alors la vapeur d'eau sur les fibres du poil où, comme l'eau agissant sur les cheveux, elle va "grimper" et finalement s'évaporer dans l'air", apprend-on.
Le catalogue poursuit en décrivant l'un des premiers tests réalisé sur cette nouvelle construction. "En fait, nous pensions que tout cela était très théorique jusqu'à ce que nous l'essayions dans les Rocheuses canadiennes en novembre dernier lors d'une sortie d'escalade - il faisait environ -45°C à l'extérieur du refuge et le vent était glacial. Quant à l’intérieur, il y gelait ! Nous sommes sortis équipés d’une veste RetroPile, de deux couches de sous-vêtements en Capilene et d’un Storm Gear Shell : nous sommes restés au sec et au chaud, l’humidité restant à l’extérieur.

- 1993 verra arriver une nouvelle version du modèle : la polaire Retro-X, dont l'extérieur est encore plus épais. C’est également cette année-là que Patagonia lance une veste polaire en velours côtelé coupe-vent.
Selon le catalogue, le Retro-X est composé de trois éléments : "1⁄4" pile de polyester, tissu Silkweight Capilene®, et (entre les deux) une barrière P.E.F. coupe-vent. Bien que cette barrière arrête complètement le vent, elle ne réduit pas la respirabilité. Retro-X a la même respirabilité que Retro Pile".
Profitant de la présence des archivistes lors de notre incursion chez Patagonia, nous avons demandé d’où venait la coupe assez singulière du modèle : plutôt court, il arrive au niveau de la taille. C’était le cas à son lancement, et reste inchangé à ce jour. Cette longueur pour le moins surprenante tient tout simplement au fait que le prototype original avait été conçu pour le physique de Chouinard, qui n’est pas très grand. Or le design et la coupe avaient marché, et on avait décidé de ne pas y toucher. La production était donc partie sur ce modèle.
Aujourd'hui, Patagonia propose des vestes, des gilets et des pulls Retro Pile et Retro-X pour hommes, femmes, enfants et même bébés. Ils sont devenus des produits de base pour la marque. "Ces pièces ont fait leurs preuves depuis des décennies », nous explique-t-on. « Nous constatons des variations des ventes dans certaines zones ou à certains moments de l’année, mais sinon, ils continuent de vivre à leur rythme de croisière. »
Bien sûr, les clients des premiers jours remarqueront quelques petites modifications apportées ici et là au modèle original, mais la version actuelle est étonnamment similaire à l'original. Une pérennité bien dans l’esprit de la marque : Pourquoi changer complètement un produit icônique qui est vraiment performant, quand il suffit d’y apporter quelques touches quasi invisibles ?
L'empreinte environnementale, en revanche, a complètement changé. Cela s’imposait. On parle en effet ici de laine polaire, et Patagonia, comme tous les industriels, est confronté au problème des microplastiques. Pour y remédier, l'entreprise a mis en oeuvre plusieurs initiatives, notamment une nouvelle technologie qui réduit la perte de fibres. En complément elle a lancé une campagne pour sensibiliser les acheteurs à cette question en leur recommandant de laver leur polaire le moins souvent possible et à l'eau froide (ce qui réduit également la perte de fibres). Mieux, recommande-t-elle, utilisez un sac spécial pour la machine à laver qui retient les fibres. En collaboration avec Samsung, Patagonia a également mis au point un filtre pour lave-linge qui permet de réduire de moitié la perte de microplastiques.
En ce qui concerne la production, chaque Retro Pile et Retro-X est désormais fabriqué à partir de polyester 100 % recyclé dans une usine certifiée commerce équitable. Dernier point, la durabilité. Le meilleur moyen de réduire son impact environnemental, c’est encore d’acheter peu et de garder ses vêtements longtemps. Patagonia a toujours vanté la solidité de ses collections textile, ce qui semble vrai au vu de la vigueur du marché des polaires vintage de Patagonia. Portées pendant deux ou trois décennies, elles trouvent toujours acquéreur !
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