En Italie, c’est l’un des riders les plus suivis sur les réseaux sociaux. Mais en France aussi, on l’a vu aux côtés de Kilian Bron et Ludo May. Souvent présenté à tort comme un influenceur, son parcours et sa philosophie montrent qu’il était bien plus que ça. Un vrai montagnard, originaire de Fiè allo Sciliar, un tout petit village situé au pied du Sciliar, l'une des montagnes les plus célèbres des Dolomites : son terrain de prédilection où il multipliait les ascensions et descentes engagées, à VTT, comme en splitboard. C’est là, le 15 juillet, qu’il a trouvé la mort en chutant de plus de 180 mètres. Quelques heures plus tôt, il publiait sa dernière vidéo. Il avait 48 ans.
À 19h15, le 15 juillet dernier, Andreas Tonelli postait quelques images sur son compte Instagram (127 000 followers). Il avait atteint le sommet du Piz Duleda (2 905 m), dans le parc naturel Puez-Odle. Sur la vidéo, on le voit vélo sur l’épaule, sourire aux lèvres, savourant une vue panoramique sur la vallée. En légende : « that feeling » (« quel sentiment », en français). Une story supprimée depuis. Quelques heures plus tard, on le retrouvait mort.
Comme souvent, l’Italien de 48 ans évoluait seul ce jour-là sur un parcours engagé dans les montagnes de Vallelunga, au-dessus de Val Gardena. C’est là qu’il a chuté d’environ 180 mètres au fond d’un ravin très abrupt. Parti tôt dans la matinée sur son LAST optimisé pour les terrains techniques et grosses descentes, il était attendu en fin de journée par ses proches. Ne le voyant pas rentrer, l’alerte a été donnée par un de ses amis. Les recherches, compliquées par la pluie battante, de basses températures et un terrain escarpé, n’ont pu démarrer que vers 21 heures. Et ce n’est que vers 1h du matin que son corps a été localisé par l’équipage d’un hélicoptère de l’Aiut Alpin. Une enquête est en cours pour comprendre les circonstances exactes de l’accident.
Ceux, qui en Italie, mais ailleurs aussi, suivaient régulièrement ses sorties, savaient qu'Andreas Tonelli, reconnu pour ses approches techniques mêlant ascensions alpines et descentes engagées, souvent en zones « no-fall », visait avant tout à repousser ses limites. Dans l'un de ses posts les plus commentés, où on le voit grimper une Via Ferrata, VTT sur le dos, il écrivait il y a trois semaines :
« Peu importe à quel point tes objectifs te paraissent fous, donne toujours tout pour réaliser tes rêves ! »
Une philosophie qui lui avait permis en janvier dernier de marquer les esprits en signant la première ascension et descente intégrale en VTT du Cerro Mercedario (6 772 m) en Argentine. Une expédition dont il avait tiré un documentaire : “Cerro Mercedario 6770m – The World’s Highest Fully Rideable Peak”.
Plus récemment, le 13 juillet, on le voyait descendre un singletrack technique avec un drop-off sur la droite. C’était le deuxième jour d’une traversée de 4 jours dans les Dolomites, organisée avec Norrøna Adventure, l’agence norvégienne spécialisée dans les séjours VTT haut de gamme. En 2014, abandonnant « un emploi de bureau ennuyeux », selon ses dires, il avait décidé de faire de sa passion son métier et avait rejoint cette agence l’année dernière comme guide cycliste à temps plein et ambassadeur. De quoi tester du matériel, et multiplier les aventures, des Dolomites au Lofoten en passant par le Chili.
Selon son agenda du samedi 11 à samedi 18, il était engagé dans l'exigeante (niveau de risque 4 sur 6) « Dolomites Enduro Mountain Biking Adventure » avec un groupe de 4-6 personnes de la Val Gardena pour ensuite entreprendre la traversée ouest-est des Dolomites. Sept mois par an sur les sentiers, il revenait inlassablement à sa base, dans les Dolomites, où il vivait dans une maison écologique en bois et s’efforçant de réduire son empreinte carbone. Là, il pouvait s’adonner à ses trois passions, le VTT, l’escalade sur glace et la via ferrata.
Avec sa disparition, c’est un rider privilégiant un contenu authentique que perd la communauté du VTT. « Son approche n’était pas seulement sportive, c’était une philosophie de vie : vivre en harmonie avec la nature, comprendre les montagnes, et ne jamais sous-estimer leur puissance » témoigne à sa mort l’un de ses camarades guides.
C'était un passionné, moins axé sur l’image qu’un Kilian Bron, dont il a partagé (aux côtés de Ludo May) des tournages sur des parcours techniques d’Enduro dans les Dolomites en janvier 2025 mêlant couloirs glacés, via ferrata et high alpine. Certains ont pu le comparer pour son approche « expédition » à l’Américain Joey Schusler, un ex-compétiteur devenu réalisateur de documentaires VTT ultra-engagés (Himalaya, Argentine, Pérou), dont il partageait les mêmes valeurs : autonomie, haute montagne et respect des cultures locales.
5 réalisations marquantes d'Andreas Tonelli
- Ascension et descente à VTT du volcan Ojos de Salado (6 893 m) au Chili — le plus haut volcan actif du monde.
- Expédition VTT sur le volcan Tupungato (6 570 m), au centre du Chili.
- Première ascension et descente à VTT du Cerro Mercedario (6 770 m) en Argentine avec Giovanni Mattielo en janvier 2025 : un exploit inédit au-dessous des 7 000 m
- Parcours techniques d’Enduro dans les Dolomites, notamment un tournage en janvier 2025 aux côtés de Ludo May et Kilian Bron.
- Ice climbing sur la voie "Onda di Hokusai" (750 m, WI6, 60°), l’un des itinéraires de glace les plus longs et difficiles des Dolomites
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