Sortie il y a deux ans en série (très) limitée, l’Aurora BL de Brooks n’avait pu être testée que par une poignée de happy few. Mais, bonne nouvelle, elle arrive enfin sur le marché grand public. De quoi changer la donne pour certains runners en quête d’une foulée plus « naturelle », s’enthousiasme notre testeur qui a eu la chance de tester les deux versions d’une chaussure qui se veut révolutionnaire.
Non loin de chez moi se trouve un parcours que j'appelle en plaisantant "la course la plus difficile du quartier". Il s'agit en fait d'une boucle d’un peu moins de 10 km, essentiellement plate. Mais pour un traileur comme moi, nettement plus à l'aise sur les sentiers de montagne, enchaîner rapidement ces kilomètres sans l’ombre d’un dénivelé est toujours terriblement difficile.
Il y a environ deux ans, j'ai couru cette boucle pour tester l'édition limitée de l’Aurora-BL. "BL" signifie BlueLine, en référence aux petites séries que Brooks Running met sur le marché, des prototypes pour tester des innovations. Pour ne rien vous cacher, j’en attendais beaucoup. J’espérais en effet que son énorme amorti, son confort annoncé et surtout sa semelle découplée rendraient cette fameuse boucle moins pénible. Et je n’ai pas été déçu. J’avais la sensation que mes jambes étaient plus légères et ma foulée plus souple. En fait, j'ai couru à un rythme incroyablement rapide sur la dernière partie du chemin, et à l’issue de cette sortie, j’étais nettement moins rétamé qu’à l’habitude.
Enthousiasmé, j’ai renouvelé l’expérience plusieurs fois et toujours avec le même plaisir. Au point que je pensais inclure ce modèle dans la liste des "meilleures chaussures de course sur route" figurant dans le guide d'achat d'Outside. Mais comme il s'agissait d'une édition limitée, les 25 000 paires d'Aurora-BL mises sur le marché sont parties comme des petits pains… avant même que je puisse rédiger l'article ! Aussi quand il y a quelques semaines, en mars, j'ai vu que l'Aurora-BL était intégrée dans la collection classique de Brooks, aux côtés des Glycerin 20 et des Ghost 15, j’étais ravi. Je m’en suis donc immédiatement procuré une autre paire pour l’examiner de plus près.

PRIX DE VENTE CONSEILLÉ : 200 €
Poids : 242 g (hommes) ; 210 g (femmes)
Drop 6 mm : 37 mm au talon et 31 mm à l'avant-pied
En quoi l'Aurora-BL est-elle différente ?
Ce qui fait l’originalité de l’Aurora-BL – et sa caractéristique la plus importante -, c’est sa semelle extérieure découplée. Ce découplage - qui sépare l'amorti sous l'avant-pied de l'amorti sous le talon via une rainure de flexion s'étendant tout le long de la semelle (vous pouvez essentiellement plier la chaussure en deux, de l'avant à l'arrière) - permet au pied de fléchir naturellement. Pendant la foulée, l'avant et l'arrière du pied se déplacent indépendamment l'un de l'autre. D'autres chaussures ont eu des semelles extérieures découplées à des degrés divers, certes ; notamment la Salomon Predict, les modèles Adidas qui utilisaient ce qu'ils appelaient une "barre de torsion" au début des années 90, les modèles INOV-8 Ultra-G, la Brooks Neuro et les premières versions de la ligne Brooks Pure. Mais pas de la même manière. Plutôt qu'une coupe droite courant à travers du milieu du pied, la rainure de l'Aurora-BL fait une boucle de trois quarts de tour de gauche à droite, comme une rivière dans un canyon.
Nikhil Jain, responsable de l'équipe BlueLine de Brooks, qui a géré le projet Aurora-BL de sa conception à sa commercialisation, explique que cette configuration en « pièces de puzzle », où les amortisseurs du talon et de l'avant-pied se rejoignent, empêche la chaussure de se tordre d'un côté à l'autre, sans interférer avec le mouvement indépendant de l'avant et de l'arrière de la chaussure et du pied. "Lorsque vous permettez à la chaussure de bouger avec le pied, ce ne peut être que positif », détaille Jay Dicharry, expert en biomécanique et professeur de médecine sportive à l'université d'État de l'Oregon.. "Les 26 os du pied ont besoin de beaucoup bouger, surtout au niveau du médio-pied. Donc si vous avez une chaussure qui bouge avec votre pied -au niveau de la semelle intermédiaire, de la semelle extérieure, et de la tige - vous obtenez de très bons résultats en termes de comportement du corps". A l’inverse, ajoute-t-il, lorsqu'une chaussure est trop rigide sous le pied, la semelle intérieure de la chaussure s'écarte de la plante du pied et vous ne recevez pas suffisamment d'informations. Autrement dit, vous perdez le retour sensoriel de votre foulée naturelle.
Pour étayer ses propos, le scientifique cite une étude qu'il a menée sur la manière dont la tige de la chaussure pouvait affecter les performances. "Lorsqu’elle s'adapte mieux à la forme du pied, on constate une amélioration des performances en matière de course, et de saut", explique-t-il. "Lorsqu’une chaussure est plus mobile, elle bouge forcément avec le pied, et c’est une bonne chose ».
Ce n'est pas seulement le découplage qui rend cette chaussure différente. On peut se demander en effet en quoi elle est différente d'une Nike Free. Ces Nike Free, qui ont vu le jour en 2004 au début du mouvement minimaliste, sont dotées de plusieurs coussinets indépendants sous le pied, elles ont de profondes rainures de flexion, destinées à permettre au pied de se déplacer, disons, plus librement. Les Aurora-BL offrent, elles aussi, cette flexibilité au niveau du médio-pied, mais elle ont un amorti maximal (37 millimètres sous le talon et 31 millimètres sous l'avant-pied). Et cet amorti, tant dans la première version de la Aurora-BL sortie il y a deux ans, que dans la version actuelle, est un mélange EVA/caoutchouc infusé à l'azote (DNA Loft v3 de Brooks), que l'on retrouve également dans les modèles actuels de Brooks ( Glycerin, Hyperion et Caldera). Il s'agit d'une mousse plus légère, plus élastique et plus réactive que l'EVA traditionnel. L'ajustement est au final assez unique, avec un chausson intérieur fin et gaufré enveloppant le médio-pied en toute sécurité. Selon Nikhil Jain, ce maintien ferme est conçu pour rassurer les coureurs qui pourraient craindre que leur pied glisse sur une semelle extérieure découplée/librement mobile. "Il permet au pied d'être bien ancré sur la semelle intermédiaire. Tout en vous permettant d’être en contrôle grâce au découplage", explique-t-il

À qui s'adresse cette chaussure ?
Selon Jay Dicharry l'Aurora-BL a une influence positiive sur la biomécanique du coureur, mais il reconnait qu’adopter ce type de chaussure doit se faire progressivement. Car, explique-t-il, si vous avez l’habitude des modèles « classiques », votre pied est probablement déconditionné et vous allez devoir le renforcer. "Mais ceux qui ont déjà un bon contrôle du pied s’en sortiront sans doute très bien avec cette chaussure plus mobile. Dans tous les cas, ce qu’il faut retenir, ce n’est pas que l’Aurora-BL manque de stabilité, mais plutôt qu’elle apporte plus d’informations sensorielles au coureur.
Contrairement aux chaussures à plaque de carbone qui, selon Jay Dicharry, fonctionnent comme des "mini-trampolines" sous le pied, vous propulsant vers l'avant de manière plutôt anormale, l'amorti découplé imite l'anatomie du talon et de l'avant-pied. Bien que les chaussures en carbone aient leur place et ne soient pas prêtes de disparaitre, il semble de plus en plus évident aujourd’hui qu'elles sollicitent les pieds et les chevilles d'une manière très particulière et qu'il ne faut probablement pas les porter au quotidien.
L’ Aurora-BL présente des similitudes avec la Nike Invincible 3 à amorti maximal, à rebond élevé et sans plaque. Je prends l'une ou l'autre lorsque les entraînements m’ont laissé un peu à plat. Je les aime toutes les deux pour leur amorti indulgent mais réactif et leurs larges plateformes qui me donnent l'impression d'être bien maintenu.
Mais l’Aurora-BL a un comportement différent de la Nike Invincible 3. La Brooks semble favoriser une foulée plus douce, que je me traîne en frappant du talon (comme je le fais parfois), ou que j'accélère le rythme et atterrisse plus au milieu du pied. Sans doute grâce au découplage. Car combiné à l'amorti, il vise à assurer une transition de la foulée "aussi transparente que possible", selon Jay Jain.
Quid de mon test sur la nouvelle version de l'Aurora-BL ?
J'ai commencé à tester la nouvelle Aurora-BL sur de courtes distances dans mon quartier, et franchement, je l’ai appréciée. Mais pour me faire un avis complet j’ai décidé de la chausser pour entreprendre ce fameux 10 km bien plat sur lequel j’avais étrenné la première version de ce modèle. Mais cette fois, j’ai été très attentif à la qualité de l’amorti, à la douceur de la foulée et aux informations sensorielles promises et ce, quelle que soit mon attaque. Résultat, j'ai couru en douceur, bien que lentement, autour de cette maudite boucle. J'ai accéléré le rythme à plusieurs reprises et alterné en descente sur du stabilisé et du bitume, avec de bonnes sensations, avec le sentiment que toutes les parties de mon pied bougeaient librement. Je ne sais pas si le découplage - avec un amorti, un bon maintien de la voûte plantaire et un bon ajustement – s’imposera dans l'industrie de la chaussure comme l'ont fait, par vagues successives, les chaussures minimales, les chaussures maximales et les modèles plaqués carbone. Mais je pense qu'il dispose de solides arguments pour y trouver sa place. En attendant, je continuerai de courir avec plaisir avec l'Aurora-BL. Ce modèle pourrait bien disparaître à nouveau, laisse entendre Jay Jain. Mais n'ayez crainte : il semble évident qu’il refera surface, tout ou tard, sous un autre nom, dans la gamme Glycerin.
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