100 ans après sa création, un demi-siècle après sa vente par la famille Millet, la marque emblématique de la montagne rendue célèbre en 1950 par Louis Lachenal lors de son ascension de l’Annapurna - le premier 8 000 m vaincu par l’homme - est officiellement reprise par le petit-fils du fondateur, Jean-Pierre Millet, apprend-on aujourd’hui. Tout un symbole, d’autant que dans la transaction est également inclus un autre fleuron de l’équipement outdoor, Lafuma.
Les plus grands noms de l’alpinisme ont fait la réputation de Millet : Louis Lachenal, Walter Bonatti, Reinhold Messner, Christophe Profit… mais aussi plus récemment Symon Welfringer, Charles Dubouloz, Emily Harrop, Marco Camandona ou encore Philipp Brugger, sans parler des prestigieuses Compagnies de Guides de Chamonix, du Cervin et de Grindelwald qui tous arborent les couleurs de la marque née à Lyon en 1921. C’est dire si l’annonce aujourd’hui de la prise de contrôle par Jean-Pierre Millet, 65 ans, petit-fils du fondateur Hermance Millet, fait date.
L’affaire, en gestation depuis quelques mois déjà, est donc officiellement conclue. Les marques Millet et Lafuma sont désormais entre les mains de Jean Pierre Millet - investisseur et homme d’affaires qui a fait ses armes dans la finance et l’industrie du luxe - à part égale avec Inspiring Sport Capital, fonds de capital investissement dédié à l’industrie et à l’économie du sport, géré par Lucien Boyer et Laurent Damiani, auquel on doit déjà le rachat de « CDK Technologies », chantier naval bien connu dans le monde de la course au large.
Aux commandes des deux marques, réunies dans le pôle Mountain Group (MMG), qui devient maintenant Millet & Co, on trouve aujourd’hui un autre membre de la famille Millet, Romain, 43 ans. En 2020, ce dernier avait déjà rejoint l’entreprise fondée par son arrière-grand-père en tant que Directeur général après avoir fait carrière chez Lafuma pendant huit ans (2005-2013) avant d’investir le prêt-à-porter et le luxe. Romain Millet devient également actionnaire pour piloter le projet de transformation et d’accélération du groupe qui ne cache pas ses ambitions à l’international et sa volonté d’exploiter rapidement de nouveaux segments de marché. En autres chantiers, pour la famille Millet et ses partenaires : une réflexion poussée sur l’écoresponsabilité, la recyclabilité, la vente de produits d’occasion et la production locale, sans oublier l’omnicanalité des circuits de distribution.
C’est donc une étape majeure pour la marque centenaire, pionnière de l’équipement pour sports de montagne en France, que rien pourtant ne prédestinait à s’imposer au fil des décennies comme la marque experte de la verticalité. En 1921, Marc et Hermance Millet, originaires des Savoie, fabriquent en effet des sacs à provisions et des musettes pour les clients de leur épicerie près de Lyon. Mais la santé fragile de Marc les ramène près des sommets à Annecy. Après son décès en 1937, son frère, Hermance, reprend les affaires… Pour les transmettre en 1945 à ses enfants, René et Raymond.
Très vite, les meilleurs alpinistes de l’époque vont les rejoindre. En 1950 Louis Lachenal aide les frères Millet à concevoir les premiers sacs à dos d’alpinisme. Sac qu’il portera en 1950 sur le sommet de l’Annapurna, le premier 8 000 m vaincu par l’Homme. En 1960, c’est Walter Bonatti qui intervient à son tour auprès de la marque comme conseiller technique. D’autres les rejoindront, notamment René Desmaison (qui invente le premier baudrier en 1956). Sous l’impulsion de ces grands noms de l’alpinisme, les innovations vont se multiplier : premier sac en nylon en 1960, première parka utilisant la membrane Gore-Tex® dans les années 70. Aux côtés de Reinhold Messner comme de Patrick Edlinger on trouve Millet, devenu incontournable. Avec des grimpeurs tels que François Damilano, les sacs sont de plus en plus légers et on voit arriver les premières combinaison en Gore-Tex®. Dans les années 2000, c’est l’avènement des ascensions en style alpin pour Jean-Christophe Lafaille et des premières en snowboard pour Marco Siffredi.
Les pratiques s’ouvrent, l’équipement évolue, Millet reste un acteur majeur en montagne, mais l’entreprise vit des jours un peu chaotiques. Il y a près d’un demi-siècle Millet intègre le groupe Lafuma, autre marque outdoor emblématique, spécialiste de l’équipement de randonnée et de mobilier depuis sa création dans les années 30. Mais en décembre 2013, Lafuma est racheté par le groupe suisse Calida, un des leaders de la lingerie et du sous-vêtement avec des marques comme Aubade. La diversification dans l’outdoor ne lui réussit pas. Aussi à l’été dernier, il annonce son intention de céder Millet et Lafuma (hormis le secteur mobilier), pour se recentrer sur son corps de métier. Une opportunité que saisit vite Jean-Pierre Millet. Car si le secteur a beaucoup souffert de la pandémie, le groupe qui pèse 75 millions d’euros de chiffres d’affaires global en 2020 reste rentable et Millet et Lafuma ont gardé toute leur aura, en France comme à l’étranger, où elles réalisent 60% de leur chiffre d’affaires cumulé à l’international, notamment en Asie, région que les repreneurs connaissent parfaitement. De quoi rassurer, à priori, les 750 salariés du groupe, dont 200 basés à Annecy.
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