Kilian Jornet, Xavier Thévenard, Xavier Delerue, Liv Sansoz, Nina Caprez… la team athlète réunie par Everide était belle. Mais ça n’a pas suffi. Après quatre ans d'activité, la start up positionnée sur les vêtements, chaussures et équipements de sport de plein air de seconde main vient d'annoncer qu’elle cessait son activité et fermait sa plateforme fin avril. Une disparition de plus sur un marché devenu très concurrentiel.
« Malgré tous nos efforts et votre précieux soutien, Everide n’a malheureusement pas pu atteindre la taille critique nécessaire pour assurer sa pérennité. Dans un contexte économique particulièrement exigeant, et après 4 ans d’activité, nous avons pris la décision de fermer la plateforme fin avril », écrit Julien Bronnert dans un communiqué diffusé aujourd’hui.
Tout avait pourtant commencé très fort en novembre 2021 pour la startup annécienne Everide qui entendait représenter une alternative responsable de choix. On baignait alors dans l’ère post covid : jamais les amateurs d'activités outdoor n’avaient été aussi nombreux. La demande en matériel allait de pair. En huit mois d'existence, Everide avait conquis plus de 100 000 personnes en leur permettant d’acheter et vendre vêtements, chaussures et équipements de sport de plein air de seconde main. Elle comptait alors plus de 35 000 produits disponibles sur sa plateforme et 30 000 points relais disponibles partout en France grâce à 3 transporteurs.
Autour de la startup, d'autres s’étaient lancés sur ce marché, mais Everide s’en distinguait notamment par son souhait de fédérer la communauté de la montagne en constituant un team d’athlètes ambassadeurs. Parmi eux, Kilian Jornet, le champion de trail running Xavier Thévenard, le snowboardeur et vététiste Xavier Delerue ainsi que les grimpeuses Liv Sansoz et Nina Caprez. Très vite devaient les rejoindre la surfeuse Léa Brassy et la championne de France de parapente Maud Perrin. Soit 8 femmes et 8 hommes, tous aussi engagés et conscients de la nécessité de bouger les lignes de l’industrie.
Forte de ce succès, elle s’était en effet ouverte aux sports aériens et nautiques et s’était étendue au marché belge. Un dynamisme qui n’a pas été suffisant pour assurer sa pérennité sur un marché prometteur certes, mais devenu risqué. Car si toutes les études prouvent que les Français sont plus que jamais intéressés par des achats de seconde main, par conviction ou par nécessité, la réalité prouve que ces plateformes sont lourdes à gérer et supposent le traitement d'un gros volume d'articles. Pas simple pour des startup par définition fragiles.
Autre victime : Barooders
Barooders, concurrente d'Everide créée en septembre 2020, en a fait la cruelle expérience, elle aussi. En juillet 2024, l’entreprise créée par Edwige Michau et Geoffroy d’Autichamp (241 000 € de CA 2022, mais une perte nette de 1,13 M€) qui avait un temps compté 6 salariés, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Créteil, après avoir recherché un repreneur ou un investisseur fin mai. En vain. Partie sur une offre outdoor, large, elle s’était pourtant recentrée sur le vélo, avait réalisé deux levées de fonds d’un total de 3,5 M€ en 2022 et avait obtenu le soutien du célèbre handballeur Nikola Karabatic.
Seul survivante à ce jour des trois plateformes de seconde main spécialisées dans l’équipement pour les sports de montagne : Campsider. Lancée en novembre 2020 par deux jeunes Lyonnais de 24 ans, Arthur Rocle et Thomas Gounot, elle a noué des partenariats stratégiques avec des marques telles que Tecnica, Millet, Brooks, Guidetti, et Lowa et se positionne en France comme le leader sur sa verticale. Elle revendique plus de 5m€ de volume d’affaires en 2024, une communauté de plus de 150 000 membres, plus de 500 vendeurs professionnels, 2 millions de visiteurs par an, et « le plus grand assortiment d’équipements de sport d’occasion avec 200 000 produits, dont 20 000 vendus depuis la création ». Elle est soutenue par des business Angels tels que les cofondateurs de Vestiaire Collective, Christian Jorge et Bertrand Peyrat. Elle affiche de grandes ambitions à l’étranger notamment sur l’Allemagne, le Benelux, l’Espagne, la Suisse et Le Royaume-Uni. Sur un marché très chahuté, elle fait figure d'exception quand on sait que dans le secteur du vélo par exemple, Biked vient d'être racheté par Buycycle.
Rien d'étonnant, les start-up peinent à atteindre la rentabilité car les marges de profit sont faibles et la concurrence rude, on l’a vu. Aussi doivent-elles lourdement investir en publicité et brasser un volume important d'articles qu’il faut habilement sourcer. Ce qui suppose des levées de fonds récurrentes. Or, le contexte politique et économique actuel est défavorable aux investissements. Surtout quand, face à ces jeunes pousses fragiles, des géants tels que Décathlon se positionnent sur le marché de la seconde main. Plus pour leur image, sans doute, que pour augmenter encore leur chiffre d'affaires, mais l’impact n’est pas négligeable.
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