Au pays du ski, c’est à une véritable révolution que l’on assiste aujourd’hui : l’Autriche commence à ranger les skis pour les VTT et les chaussures de rando, désormais plus rentables. Les chiffres sont parlants : la saison d'été, de mai à octobre, a généré l'an dernier 15 des 29,5 milliards d'euros de recettes annuelles. L’aboutissement d'une politique touristique très pragmatique, et de gros investissements dans les sentiers et les parcours.
En Autriche, « presque aucun domaine skiable ne peut passer la saison sans enneigement artificiel », expliquait en janvier 2024 Der Standart relayant notamment les conclusions de l'Institut Boku, organisme s'occupant de l'adaptation du tourisme aux effets du changement climatique. « Qu'en est-il de la neige sur les montagnes autrichiennes ? Ne reste-t-il vraiment que quelques années pour les vacances au ski ?, s’inquiétait alors le quotidien . « Non, la neige va rester chez nous pendant un certain temps », selon Andreas Gobiet de Geosphere Autriche, à l’origine du projet « Future Snow Cover Evolution in Austria » qui a comparé les données sur la neige de 1760 à aujourd'hui avec des modèles de simulation s'étendant jusqu'en 2100.
Pas de quoi se réjouir pour autant : Les prévisions jusqu'au milieu de ce siècle sont unanimes : le changement climatique rendra l'Autriche, déjà très chaude, encore plus chaude. Cela signifie une nette diminution de la neige à haute altitude, mais pas de manière aussi spectaculaire qu'à basse altitude, apprend-on. « À l’avenir, nous devrons nous préparer à une phase raccourcie d’enneigement naturel : jusqu’en 2050, la saison d’enneigement naturel durera dix à quinze jours de moins qu’aujourd’hui. Cela signifie qu’il n’y aura presque pas de neige à basse altitude. Et à 2000 mètres, la durée d'enneigement - par rapport au nombre de jours par saison - diminue encore plus (…). Les scénarios sont similaires jusqu'en 2050, que ce soit dans le modèle le plus pessimiste, lorsque rien n'est fait contre le changement climatique, ou lorsque les objectifs climatiques sont atteints", expliquent les auteurs de l’étude. « Les scénarios d'horreur surviennent lorsque les prévisions se poursuivent jusqu'en 2100 : dans le pire des cas, les températures augmentent si rapidement que la couverture neigeuse des Alpes fond ou ne peut pas se former du tout. «
Record de nuitées en été
Devant ce constat, le gouvernement autrichien a pris les devants pour réévaluer sa politique touristique et ses priorités en matière d'aménagement du territoire. Ce qui semble déjà porter ses fruits. En 2023, l’Autriche a établi un nouveau record pour la saison estivale avec un total de 80,9 millions de nuitées, selon un rapport du ministère du tourisme. « Pour l'ensemble de l'année 2023, avec 151,2 millions de nuitées, l'Autriche n'est plus qu'à 1 % du niveau record de 2019, ce qui est étonnant et réjouissant pour les entreprises touristiques, leurs collaborateurs et l'économie nationale dans son ensemble. », s'enthousiasme le gouvernement.
Un succès que l’on doit incontestablement à une diversification de l’offre d'activités en pleine nature. Après la randonnée, plus d'un quart des touristes viennent l'été en Autriche pour faire du vélo, selon un récent sondage. Sans surprise, les ventes de vélos explosent: plus de 500.000 achetés en 2022, dont quasiment la moitié de VTT, soit une hausse de 15% depuis 2019. Une vraie révolution au pays du ski où désormais dans le tourisme, les cyclistes sont devenus le deuxième groupe le plus important après les randonneurs.
Déjà 2500 kilomètres de pistes VTT
Devant ce constat, le gouvernement a lancé en avril un "plan vélo de montagne" afin d'aider les stations à augmenter le nombre de circuits dédiés exclusivement aux deux-roues, à l’image du célèbre site de Leogang-Saalbach. Créé en 2001, ce précurseur qui accueille des courses pour la Coupe du monde de VTT, utilise les cabines de téléphériques et remonte-pentes pour hisser les vélos en haut des 90 km de pistes. Une stratégie gagnante : elle engrange désormais plus de nuitées en été qu’en hiver (260.000 en 2023).
Dans toute l'Autriche, c’est plus de 2500 kilomètres de pistes VTT qui attendent les riders, en particulier dans les centres touristiques comme le Salzkammergut, mais aussi dans les vallées alpines du Tyrol, jusqu'au Mariazeller Land et à la forêt viennoise. Parmi les nouveaux parcours, citons le parcours panoramique de montagne prévu sur le Pretul dans les Alpes de Fischbach (Stmk) et les nouveaux parcours de descente et de montée près de la Hohe-Wand-Wiese dans la forêt viennoise (NÖ).
Le pays détient déjà une vingtaine de ces parc adaptés, parmi les meilleurs en Europe, mais l’offre est désormais sous-développée par rapport à la demande. Le gouvernement n’a donc pas hésité à dépoussiérer au printemps une loi sur les forêts datant de 1975, qui, si elle autorisait les marcheurs à les traverser, interdisait en revanche les vélos ; sauf autorisation écrite du propriétaire foncier. Loi nettement plus restrictive qu’en France ou en Suisse qui jusqu’à présent pouvait valoir aux riders hors circuit une amende pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros. C’est donc sans états d'âme et à marche forcée que l’Autriche se donne aujourd’hui les moyens de rattraper ses voisins.
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