À 59 ans, l'Américain Iain Mickle vient de courir le marathon international de Californie en moins de trois heures…plus de 42 ans après avoir réussi cet exploit une première fois, en 1977, établissant ainsi un record du monde. Quel est le secret de sa longévité ?
Pour certains, courir un marathon est un objectif de toute une vie. Pour d'autres, c'est courir un marathon en moins de trois heures, ce qui nécessite une allure moyenne de 4'15/km. Iain Mickle courut son premier marathon en moins de trois heures (qui était aussi son premier marathon) en 1977, et son dernier en moins de trois heures 42 ans plus tard, trois jours après avoir fêté ses 59 ans. Ce faisant, il a établi un "record du monde" du plus long temps écoulé entre sa première et sa plus récente participation à un marathon de moins de trois heures. La performance de Mickle est mise entre guillemets parce qu'elle n'a pas été homologuée à proprement parler, mais elle est statistiquement exacte et admirée par les marathoniens chevronnés.
"C'est un record intéressant car il implique une certaine cohérence dans une carrière de coureur", a déclaré Iain Mickle. "Mais honnêtement, je n'y'avais même pas pensé jusqu'à il y a quelques années. J'ai dû dégoter une vieille copie du San Francisco Chronicle de 1977 pour retrouver mon temps d'arrivée".
Cette année-là, à 16 ans, Iain Mickle avait beau être l'un des cinq meilleurs coureurs de l'équipe de cross-country de son lycée, il n'avait jamais couru ce genre de distance auparavant. Son père a suggéré qu'ils s'attaquent à la course ensemble pendant sa première année de lycée. Les séances de cross-country déjà éprouvantes d'Iain l'ont aidé à s'entraîner pour cette nouvelle distance, ainsi qu'une sortie longue hebdomadaire de 25 kilomètres entre père et fils. Le jour J, il a terminé en 2h50' environ, devançant son père de dix minutes.
Entraîner son cerveau
Iain Mickle a ensuite pris le temps de s'améliorer. Tout en continuant à s'entraîner sur 5 000 m sur la piste de l'université de Californie à Berkeley, il n'a pas couru d'autre marathon avant la quarantaine. "C'est une bonne distance pour les coureurs plus âgés", explique-t-il. "La vitesse part en premier en vieillissant, mais on peut toujours s'améliorer sur les marathons. La course, c'est aussi entraîner énormément son cerveau. C'est ce dernier qui vous empêche de trop forcer et de vous mettre en danger. Plus vous courez, plus votre cerveau comprend que c'est bon et que vous pouvez supporter la souffrance". Et c'est à 53 ans qu'Iain Mickle a établi son record personnel de 2h38'38, au marathon de Boston.
À 59 ans aujourd'hui, Iain Mickle s'entraîne beaucoup, parcourant entre 100 et 130 kilomètres par semaine, dont une sortie longue le dimanche variant de 20 à 30 kilomètres. Il se consacre une fois par semaine aux étirements et la musculation de base, mais évite généralement les entraînements croisés. "J'ai l'impression que si on a le temps de s'entraîner, c'est mieux d'en profiter pour courir", précise Mickle. "Le vrai truc, c'est d'essayer de rester en bonne santé. Pour courir moins de trois heures, vous devez faire des exercices difficiles, mais si vous en faites trop, vous vous blessez et vous êtes out pendant six mois. Ça se mord la queue".
Iain Mickle admet que si la constance est importante, son secret pour réussir en tant qu'athlète est simple : l'amitié. L'idée d'un groupe solidaire avec lequel courir lui avait rendu le cross-country attrayant au lycée, et c'est ce qui a continué à permettre à Iain de rester motivé pour courir et se dépasser en vieillissant. Il s'entraîne avec un groupe de course régulier qui se réunit plusieurs fois par semaine pour "souffrir" ensemble.
Mélanger les distances
"J'aime vraiment mes longues courses et mes entraînements intensifs grâce aux gens avec qui je cours tous les jours", détaille-t-il. "Il faut des gens avec qui partager des objectifs et avec qui être compétitif. C'est ce qui me permet de continuer".
Mélanger les distances lui permet également de garder le plaisir. Bien que le marathon reste sa distance préférée, il n'a pas l'intention d'en courir un cette année. En 2020, il courra des distances plus courtes et se concentrera sur l'entraînement de vitesse, qui comprend des sorties "tempo" et du travail sur piste. Il compte bien participer au championnat national de cross-country des clubs d'athlétisme des États-Unis, qui se tiendra en décembre à San Francisco. Il aura 60 ans juste avant l'événement et espère remporter son premier championnat national sur 8 km pour les coureurs de 60 ans et plus. Iain caresse également l'idée de participer à une course de 1 mile (1,6 km) qu'il espère courir en moins de cinq minutes. "Je ne suis pas sûr de la faire, cependant", avoue-t-il. "Cette distance me fait peur. C'est tellement différent. Tu n'as même pas le temps de cligner des yeux."
Après ces courses plus courtes, Iain Mickle espère courir le marathon de Boston en 2021 et remporter sa première victoire dans son groupe d'âge sur cette distance. Quant à son statut actuel de recordman du monde, Iain sait qu'il perdra probablement le titre en s'éloignant un peu des marathons. Le précédent détenteur du record, Antonio Arreola, va chercher à le reprendre lors d'une course en début d'année. Mais Iain aime cette incertitude de la compétition. "Ce qui est bien avec ce genre de record, c'est que je sais que quelqu'un va le battre, mais si je cours bien à Boston en 2021, alors j'aurai une chance de le récupérer", avance-t-il. "C'est drôle, parce que c'est un peu le dernier debout qui gagnera !"
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