Courir plus de 90 kilomètres par jour pendant 46 jours, c’est le pari du vainqueur de la Barkley sur le Pacific Crest Trail, traversée américaine de plus de 4 265 km et 150 000 m de D+, l’un des sentiers les plus exigeants des États-Unis. Pour faire tomber d'au moins douze heures le chrono du Belge Karel Sabbe, le Français compte rogner sur son sommeil et le poids de son équipement, tout en misant sur la gestion mentale, explique celui qui dit « ne pas être un bon coureur, plutôt un bon marcheur ». Son départ est prévu le 7 juin.
Huit ans déjà depuis son premier ultra, le John Muir Trail, sentier américain de 360 km dont il décroche en 2018 le record de la traversée à pied sans assistance ( 3 jours, 3 heures, 55 mn). A l’époque l’ingénieur français vit aux États-Unis, et si le mythique Pacific Crest Trail ( PCT ) fait bien sûr partie de ses rêves, il n’ose encore imaginer s’y frotter un jour. Rentré en France, du côté de Toulouse, après quatre ans aux US, Aurélien Sanchez va garder l’idée en tête, mais surtout fourbir ses armes, de préférence sur du long, du sauvage, et si possible, en autonomie, son terrain de prédilection. En 2020, il engrange le record de la traversée des Pyrénées sur le GR10. En 2023, il est vainqueur de la Barkley, l’année suivante il monte sur le podium de la Swiss Peak 700 ( 3e) et en 2025, c’est le Tor de Géants 360 km qu’on le voit boucler en 81 h 51 mn.
Pour poursuivre l’aventure, il lui fallait s’attaquer à un autre monument de l’ultra-endurance : le Pacific Crest Trail. Plus de 4 265 km et 150 000 m de D+, entre la frontière mexicaine et le Canada, à travers les déserts californiens, la Sierra Nevada, l’Oregon et l’État de Washington. Un itinéraire que les thru-hikers mettent généralement quatre à cinq mois à parcourir, et que le Français entend, lui, faire au pas de course, histoire de passer sous la barre des 46 jours. Le chrono de référence appartient au Belge Karel Sabbe, auteur en 2023 d’un Fastest Known Time de 46 jours, 12 heures et 50 minutes, soit, déjà, plus de cinq jours de mieux que le précédent record de Timothy Olson.
Viser une allure supérieure, au risque d'exploser en vol
Pas une mince affaire, reconnaît le traileur qui devra parcourir le sentier à raison de plus de 90 kilomètres quotidiens pendant un mois et demi. Son plus gros défi à ce jour, même s’ il bénéficiera, comme Karel Sabbe, d'une assistance. Sur son premier ultra américain, le John Muir, il avait presque fonctionné en privation totale. « Je n'avais quasiment pas dormi, 1h30, je crois, en 3 jours. A l’arrivée j'étais exténué, c'était quasi un sprint au final. Alors que là, ça sera vraiment sur le long cours, il y aura beaucoup de gestion ». Un point auquel il a consacré une importance particulière dans sa préparation cette fois.
De quoi faire mieux que Karel Sabbe, espère-t-il, « mais avec des prises de risques ». Face au chrono du Belge, Sanchez sait exactement où il pourrait gagner du temps, mais aussi ce qu’il risque d’y perdre. Sabbe avait assuré une moyenne d’environ 94 kilomètres par jour, malgré des épisodes de fortes chaleurs, des incendies et même un détour imposé dans l’État de Washington. Les circonstances seront forcément différentes cette année, mais le Français imagine pouvoir jouer sur trois leviers. A commencer par le sommeil, en dormant moins au début. Et en étant plus léger dans la Sierra Nevada. « Le troisième risque », ajoute-t-il, « c'est une gestion de l'allure supérieure. Là, forcément, c'est sortir des terrains battus pour moi. C'est tenter d'aller plus vite sur ce sentier. Ça peut me faire craquer physiquement et mentalement ».
"Mon point fort, c'est la marche !"
Risqué, avoue-t-il, « car je ne suis pas forcément très bon quand il fait chaud. Je préfère le froid ». Pour tenter de limiter ce handicap, il prévoit une acclimatation progressive dans les parcs nationaux américains avant le départ. « Et sur le sentier, quand il fera trop chaud, je courrai la nuit et je me reposerai le jour. », comme Karel Sabbe d'ailleurs. Autre faiblesse, reconnaît-il. « Je ne suis pas quelqu'un de très discipliné, d'un point de vue global, sur les séances d'intensité, sur la nutrition. Je fais surtout les choses qui me font plaisir. Je ne suis pas un très bon coureur, ni un bon descendeur, ni un bon coureur à plat », ajoute-t-il.
« Je viens plutôt de la randonnée. Au final je suis un bon marcheur. Mon point fort, c'est ça, c'est la marche. J'arrive à bien monter en marchant, à tenir une bonne allure, à avoir une certaine résilience et une certaine constance dans mon allure sur le long ». D'où son attrait pour les aventures au long cours, plutôt que sur des formats plus explosifs comme le record du GR 20. « Moi, je me régale beaucoup plus sur le multijours, à gérer mon équipement et ma nutrition, mon sommeil, et mon allure. Mais ma démarche, ce n’est pas de surenchérir à chaque fois. Les records - je ne veux pas cracher dans la soupe - mais c'est souvent basé sur l'égo. C'est un moteur motivationnel qui me dépasse un peu. Alors le PCT, pour moi, c'est vraiment un prétexte pour sortir de ma zone de confort et vivre des émotions nouvelles. Si record, il y a, tant mieux. Si record il n'y a pas, tant pis. Ca ne changera rien à ce que j'aurai vécu ».
A compter du 7 juin, pour suivre Aurélien Sanchez en direct, c’est ici.
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