Dans la nuit de dimanche à lundi, le randonneur britannique Josh Perry a fait tomber de près de dix jours le record de traversée du Pacific Crest Trail en autonomie et manqué de quatre jours seulement le record de l'ultra traileur Timothy Olson. Son temps pour boucler la bagatelle de 2600 miles ( 4284 km) ? 55 jours, 16 heures et 54 minutes. Sidérant.
C’est à 20h56, le dimanche 7 août, que Josh Perry, randonneur britannique de 27 ans « sans adresse fixe » a atteint son but. Parti depuis la frontière américaine avec le Mexique, il a rejoint le Canada en 55 jours, 16 heures et 54 minutes. Un temps stupéfiant quand on sait que ce sentier très accidenté alternant désert et montagne court tout au long de la côte ouest américaine sur 2 600 miles (4284 km). Il fait ainsi tomber de près de dix jours le record masculin détenu depuis 2009 par Scott Williamson. Mieux, il a également réduit de cinq jours le record général établi par Heather "Anish" Anderson en 2013. Record que depuis près d’une décennie nombre de marcheurs ont tenté de battre. Sa performance n'a pas été officiellement vérifiée ni validée, mais elle est en passe de l’être selon un responsable du Fastest Known Times.

Mais le plus impressionnant est sans doute que Josh Perry a terminé son périple à quatre jours seulement du record établi l'année dernière par Timothy Olson, superstar de l'ultra-course qui, lui, dormait la plupart du temps dans un camping-car l’attendant sur le parcours, où son sponsor, Adidas, lui assurait repas chauds et massages sportifs.
Rien de tel pour Josh Perry qui, évoluant en autonomie totale, s’est fait envoyer par la poste les chaussures et tout l’équipement dont il a eu besoin pendant son périple ; matériel récupéré au fil du sentier, toujours à pied. Jamais il n'est pas monté dans une voiture pour se ravitailler. Seule aide reçue : lorsqu’on est venu le chercher à sa sortie de la forêt, au nord de l'État de Washington… avec un nouveau record à son actif qui lui laisse pourtant un goût un peu amer, Josh Perry n’ayant jamais caché qu’il cherchait avant tout à battre le FKT de Thimoty Olson. "C'est terrible de mettre tant d'efforts dans une telle entreprise pendant six semaines et de ne pas y arriver", a avoué Josh Perry mardi à son arrivée. "Le temps que j’ai établi ne représente pas le meilleur de ce que je peux faire. Seulement le meilleur de ce que je pouvais faire dans ces circonstances particulières."
Il fait ici allusion au fait que pour les marcheurs comme pour les traileurs, plus rien n’est comme avant, à l’heure où les incendies de forêts se multiplient. Pour mesurer la portée de son récent exploit, il faut savoir qu’il a parcouru les premiers 1 700 miles (2720 km ) du PCT en Californie en 34 jours, 3 heures et 59 minutes : du jamais vu auparavant. Il a alterné marche rapide et course à un rythme si soutenu que ses nuits se réduisaient généralement à six heures de sommeil. Mais dans l'Oregon tout s’est compliqué. La fermeture des sentiers, toujours en vigueur depuis l'incendie de Lionshead en 2020 près du Mont Jefferson, l’a obligé à trouver un itinéraire alternatif qui se rapproche du PCT. Il a ainsi dû emprunter des sentiers mal entretenus sur la réserve indienne de Warm Springs, et se battre une fois pendant plus de dix kilomètres sur un tronçon encombré d’épaisses broussailles. Il est tombé dans des éboulis de pierres mouillées, s'est blessé aux côtes en heurtant un arbre et a souffert d'un coup de chaleur après avoir marché le long d'une route par des températures bien supérieures à 38 degrés. Délirant et déshydraté, il a commencé à vomir et à déféquer sur lui-même. Son état était si grave qu'il a momentanément décidé d'abandonner. "J'ai envoyé un SMS à Ella Raff pour lui dire que j'abandonnais", admet Josh Perry en riant, faisant référence à une autre randonneuse qui a tenté le FKT cette année, devenue depuis une amie le soutenant dans son défi. "Mais je n'avais pas les cartes pour m’orienter en dehors de mon objectif final, alors j'ai décidé de continuer."
En soi, son choix de s’attaquer au PCT cette année est remarquable, car il n’avait rien d’évident pour l’athlète. En 2019, après avoir établi un FKT autonome sur le Long Trail du Vermont, et avant de faire de même sur l'Arizona Trail, Josh Perry s'est engagé, sur le PCT, sur un record de course vers le sud. Mais après avoir avalé 80 km par jour pendant environ 1 600 km, il a été piqué par une guêpe, sans savoir qu'il était allergique. Trois jours plus tard, il s'est effondré sur le sentier et a dû être transporté en ville par trois autres randonneurs.
L'année dernière, Perry a fait une dépression, suite à des problèmes financiers, qui s'est soldée par une tentative de suicide. Il a survécu et s’est mis à évaluer les options qui s'offraient à lui pour l’avenir : rapidement, l’idée de retenter le record du PCT s’est imposée à lui. "La randonnée longue distance, c'est ce que j'ai fait toute ma vie d'adulte", explique-t-il. Né à Birmingham, au Royaume-Uni, le Britannique a beaucoup déménagé pendant son enfance, depuis l’âge de 18 ans, il passe environ la moitié de l'année sur les sentiers. Aussi, explique-t-il, l'option la plus saine pour moi était de faire une randonnée."
Enfin, juste avant de s’envoler pour les États-Unis début juin, Josh Perry a reçu une offre d'emploi pour gérer l'auberge où il travaillait. Pour la première fois s’offrait à lui la chance de gagner plus que le salaire minimum. Un salaire qui lui aurait permis d'assainir enfin ses finances. Mais il n’a pas renoncé à son projet pour autant. C’est dire combien il était motivé.
"Prendre la décision de faire le PCT, quoi qu’il en soit, était la seule chose à faire, peut importait le record « , explique Perry. "Cela m'a permis de me libérer de tout ce stress".
Une fois bouclé le mythique sentier, Josh Perry avait envisagé de se lancer dans d’autres aventures : courir le Colorado Trail, par exemple, ou randonner dans les montagnes Olympic et les Cascade. Mais il y a finalement renoncé, trop heureux de pouvoir enfin soigner ses pieds, maltraités par des semaines de course et marche intenses, et de soigner ses multiples tendinites et ecchymoses.
Ce nouveau record met en lumière l'imprévisibilité croissante du PCT et la difficulté de tenir des registres de records sur un sentier dont la longueur et le parcours changent désormais chaque année en raison des feux de forêt. Sur Instagram, Josh Perry a reproché au Fastest Known Time, l'organisation qui suit ces records, de ne pas avoir travaillé avec lui aussi étroitement qu'avec Timothy Olson pour s'assurer qu'il rattrapait les kilomètres de sentier perdus en raison des fermetures dues aux incendies. Il estime que sa randonnée, réalisée en totale autonomie et sans aucun sponsor, n'a pas bénéficié de la même attention ou assistance de la part de l'organisation ( précisons que l’organisation du FKT a été rachetée par Outside Integrated, Inc, société mère d'Outside, l'année dernière).
Mardi dernier enfin Josh Perry a également endossé la responsabilité de ne pas avoir communiqué avec FKT à l'avance. Il a supposé que le passage du Lionshead serait ouvert lorsqu'il atteindrait cette section ou qu'il serait autorisé à passer par cette section malgré la fermeture, comme l'ont fait de nombreux autres randonneurs du PCT. Or cela aurait été une violation des règles du FKT. "Une fermeture est une fermeture », a rappelé Allison Mercer, directrice du Fastest Known Times et principal point de contact de Perry pendant sa candidature. "Vous devez respecter les règles du sentier. Nous avons toujours été parfaitement clairs sur ce point ".
Jusqu'à cette année, le PCT était considéré comme l'une des "routes principales" de l'organisation, avec les sentiers des Appalaches, des Merveilles et du Colorado. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car les fermetures dues aux incendies ont rendu "les comparaisons d'une année sur l'autre excessivement problématiques". L’organisation travaille d’ores et déjà sur de nouvelles directives concernant les fermetures d'itinéraires et les détours, afin d’éviter toute confusion à l’avenir, selon Allison Mercer, mais il semble que le PCT ne sera plus jamais un itinéraire fiable.
"Compte tenu du changement climatique, il y aura toujours des fermetures", regrette-t-elle. "Ce ne sera plus comme avant, ce qu’ont connu les grandes figures du PCT comme les milliers de marcheurs qui, jusqu’à ces dernières années l’ont parcouru, est bel et bien du passé."
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