A l’heure où Riyad accueille une compétition de ski freestyle, la première de l'histoire de la péninsule arabique - un désastre écologique quand on sait qu’en cette période l’année les températures y avoisinent les 25 degrés – qu’en est-il de Trojena, annoncée à grands bruits en 2017 comme la première station de ski saoudienne ? Considérée comme une des pièces maîtresses de Neom, la gigantesque cité futuriste de l’émir Mohammed Ben Salman commencerait à sortir de terre, si l’on en croit la vidéo concoctée par les services de communications du site. Mais de neige, point…
Aller sur le site de Neom, le méga projet de l’émir saoudien Mohammed Ben Salman est un voyage dans le futur. Sommets enneigés, faces immaculées. Tout n’est que blancheur et luxe, on y sent presque le vent frais des cimes. Et déjà on s’y projette. Belle opération de communication que cette présentation hyper léchée. Il est vrai que pour emballer ce projet de station d’hiver, l’Arabie saoudite dispose d’une confortable enveloppe de 550 milliards de dollars (plus de 460 milliards d’euros). De quoi recruter les meilleurs webdesigners et architectes de la planète, dont beaucoup de Britanniques. De grands noms tels que Zaha Hadid Architects ou Foster + Partners ayant signé sans ciller pour plancher sur des constructions futuristes (et peu convaincantes sur le plan environnemental).
De quoi rassurer ceux qui douteraient encore que le royaume puisse construire d’ici 2029 les infrastructures de la 9e édition des « Jeux Asiatiques d’Hiver » qui doivent s’y tenir. 47 épreuves – dont 28 sur neige et 19 sur glace -, en plein désert. Un premier pas sans doute avant l’organisation des Jeux, d’été ou d’hiver, consécration ultime pour Riyad qui ne se cache pas ses ambitions. Et ne doute de rien. Le royaume, ne peut-il pas déjà s’enorgueillir d’avoir attiré le Dakar, la Formule 1, de la boxe, de la Formule E, et du golf avec le circuit LIV ?
On est bien loin du ski ? Sans attendre 2029, Ryad n’organise-t-il pas depuis lundi et jusqu’à demain, sa première compétition de ski free style. Par 25°C et sans participante féminine, mais peut être importe. La preuve est là. "Nothing is impossible" au royaume de Mohammed Ben Salman.
"Redéfinir le tourisme de montagne"
Depuis 2017, le puissant prince héritier fantasme sur un rêve pharaonique, « Vision 2030 » porté par Neom, une mégalopole futuriste comprenant la ville dystopique The Line (dont la construction a également commencé), une mégalopole-corridor futuriste composée de deux immeubles hauts de 500 m, larges de 200 m et longs de 170 km. « Sans voiture et à la végétation luxuriante », mais avec 9 millions d’habitants à terme. Le complexe industriel d’Oxagon, annoncé comme le plus grand port flottant au monde. L’île de Sindalah, conçue pour rivaliser avec Monaco, son ouverture est prévue pour cette année. Ou encore la ville souterraine d’Aquellum. Sans parler bien sûr de la station de Trojena.
Le tout en plein désert, au nord-ouest du pays, face à l’Égypte, à l’entrée du golfe d’Aqaba, l’une des régions les plus chaudes de la planète. Du 100% durable bien sûr. Mohammed Ben Salman, qui occupe le poste de président du conseil d’administration de Neom, entendant en effet « redéfinir le tourisme de montagne dans le monde », tout en respectant les principes de l’écotourisme. Et le directeur du projet de préciser qu’il offrira « des infrastructures adéquates pour créer une atmosphère hivernale au coeur du désert.
Que promet Trojena ? Un projet 4 saisons
Un lac artificiel d’eau douce, des chalets, des villas, des hôtels ultra-luxueux, des centres de bien-être, des hébergements familiaux avec pour porte d’entrée un village vertical en forme de V renversé, The Vault. Mais aussi et surtout 36 km de pistes de ski et 3 mois de sports de neige. De quoi satisfaire les 700 000 visiteurs attendus chaque année. Et surtout toute l'année, comme l'explique en détails ses instigateurs au média saoudien Al Arabiya.
"De septembre à novembre, l'accent sera mis sur le bien-être, avec l'organisation de retraites de yoga et d'autres activités de remise en forme. De décembre à mars, le décor sera planté pour toute une série de sports et d'activités axés sur la neige. De mars à mai, c'est l'aventure qui attirera les amateurs de plein air avec des offres d'entraînement en haute altitude, de VTT, d'escalade et de parapente. L'été, à partir de juin, sera axé sur les activités lacustres, avec des événements culinaires, des expositions artistiques et toute une série d'offres riches sur le plan culturel. Trojena devrait créer plus de 10 000 emplois et ajouter 3 milliards de SAR au PIB du Royaume d'ici 2030.", conclut le média saoudien.
De la neige, oui mais comment ?
« Trojena est connue sous le nom de "Montagnes de Neom" pour une bonne raison, explique le site de Neom. « Elle abrite certains des plus hauts sommets d'Arabie saoudite, qui atteignent jusqu'à 2 600 mètres d'altitude. Grâce aux conditions climatiques idéales, Trojena est la destination idéale pour les randonnées estivales ou le ski hivernal (…) « Avec des températures hivernales moyennes atteignant des niveaux inférieurs à zéro, et des températures tout au long de l'année constamment plus fraîches que dans le reste de la région, le climat idéal de Trojena s'ajoute à l'air pur et aux vues imprenables pour créer l'endroit idéal à explorer et à découvrir.
Mais… neige-t-il en Arabie Saoudite ? « Oui, croyez-le ou non, il y a de la neige en Arabie saoudite, mais en raison de son irrégularité, (le site ne donne aucune indication sur les précipitations dans cette région, nlr) Trojena utilisera une combinaison de neige réelle et artificielle pour créer un endroit vraiment magique pour les sports alpins tout au long de l'année », précisent ses créateurs qui promettent des pistes de ski et de snowboard parmi les meilleures au monde. Mais aussi un foyer d'innovations dans le domaine du sport.
« Durable », vraiment ?
Philip Gullett, Executive Director de Trojena, interviewé en août dernier par Al Arabiya en est convaincu : "Nous utilisons des énergies renouvelables, nous minimisons l'utilisation de l'eau et nous maximisons la récupération de l'eau. Nous ferons également fonctionner les enneigeurs en utilisant le réseau d'énergie renouvelable de Neom, qui est neutre en carbone et n'émet pas de gaz à effet de serre. (...) La principale piste de ski de Trojena se trouve à une altitude d'environ 2 400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pendant les mois d'hiver, la température à Trojena peut varier de -17 degrés Celsius à 22 degrés Celsius, ce qui la rend idéale pour le ski. La station comprendra un mélange de pistes de ski sèches et de surfaces servant de base à la neige naturelle et à la neige de culture. Environ 75 % des pistes seront recouvertes de neige de culture, créée de la manière la plus durable possible en n'utilisant que de l'eau et de l'air comme ingrédients", selon Philip Hullet, ajoutant qu'"aucun additif chimique ne sera utilisé dans la production de neige de Trojena".
"En ce qui concerne le ski, toute l'énergie utilisée proviendra de sources renouvelables, et l'eau proviendra d'usines de dessalement à zéro rejet. Nous prévoyons de récupérer et de recycler l'eau de fonte provenant de la production de neige sous les pistes de ski.", explique le promoteur sans jamais faire mention des précipitations dans la région ni du bilan carbone de l’opération.
Où en est aujourd’hui le chantier de Trojena ?
Pour se faire une (petite) idée de son avancement, il faut se référer à la vidéo mise en ligne le 15 février sur la chaîne YouTube de Neom. Le site est immense. Et on y voit quantité de grues, d'engins et d’ouvriers. A ce jour, les routes semblent s’y dessiner, mais de neige, point, ou si peu. La vidéo montre bien quelques paysages saupoudrés d’une fine couche blanche, mais sans dater ces images et certainement pas assez pour imaginer là la moindre descente à ski.
Seule émerge clairement un bâtiment, confirmant les propos de Ryad à Al Arabiya en août dernier. « Le Ski Village, situé dans le Fun Cluster, et les Slope Residences, situées dans le Relax Cluster, avancent à grands pas. Les travaux de sous-sol sont en cours et l'avancement de leur conception est détaillée." (…) La validation du concept du village de ski a été achevée en novembre 2021, les travaux de production de neige et de test des skis se poursuivent sur le site. » Sans préciser quoi exactement. « Des équipes d’ouvriers sont occupées à transformer la chaîne montagneuse rocheuse du site en une vaste destination de montagne ouverte toute l'année, comme le promet Trojena. (…) Les travaux progressent également sur The Vault, le "village vertical" de Trojena, avec près d'un million de tonnes cubes de roches déjà excavées et utilisées pour la création du nouveau lit du lac. » Mais sur la video, point de lac visible à ce jour.

Les Saoudiens vont donc devoir y aller à marche forcée s’ils veulent tenir les délais annoncés. Officiellement, la station est censée accueillir ses premiers habitants et les premiers touristes fin 2026. Or l’émir Mohammed Ben Salman n’aime pas les retards. Nul doute qu’il mettra tous les moyens en œuvre pour tenir son pari. Quel qu'en soit le coût humain. Et quoi qu’il en coûte à la planète.
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