Après les Gets, fin décembre, Verbier, début janvier, au tour de la station de La Clusaz d’être le théâtre de dégradations importantes dans la nuit du 6 au 7 janvier. Une action militante, encore non revendiquée, qui intervient à l’heure où on n’a jamais eu autant besoin d’ouvrir le dialogue et où la mobilisation non violente contre le projet de nouvelle retenue d’eau dans cette station jouit d'un soutien sans précédent.
C’est au cours de la nuit du 6 au 7 janvier que des activistes anonymes ont dégradé une dizaine de canons à neige à La Clusaz (Haute-Savoie). Particulièrement touché, le système électrique et hydraulique situé sous ces enneigeurs, dont les tuyaux et les systèmes de contrôle et d’alimentation ont été arrachés. Des transformateurs auraient été volés. Quatre canons seraient hors service selon le service des pistes contacté par France 3. Cet acte militant n’a pas encore été officiellement revendiqué, mais selon Reporterre, contacté par les auteurs, leur but serait d’« interpeller sur l’état de certaines stations, telle que La Clusaz, ne vivant que grâce à la neige artificielle ». Une enquête est ouverte et la mairie a d’ores et déjà décidé de porter plainte, selon France Bleu Haute-Savoie.
De Verbier aux Gets et maintenant La Clusaz
Une action violente qui n’est pas sans rappeler celle constatée dans une autre station savoyarde aux Gets pendant la nuit de Noël décembre dernier. "Pas de ski sans neige" avait alors tagué les auteurs, restés anonymes, sur l’un des deux canons à neige dégradés. Lors de cette opération ont été sectionnés les câbles d'alimentation du moteur, de la station météo et des gyrophares des deux machines. Plus récemment, début janvier, en Suisse, à Verbier,plusieurs canons ont été également vandalisés. Dans la foulée, un article publié sur le site militant Renverse.co donnait quelques informations sur les motivations des auteurs : « Ce champ aurait dû rester vert car les neiges ne tiennent plus à ces altitudes. Or en ce doux soir de décembre, il est recouvert d’une couche blanche faite d’absurdité et de gaspillage, car trop de choses en dépendent : l’attrait de la station pour les touristes, les réservations dans les hôtels de luxe, le prix du terrain immobilier mais surtout la satisfaction des riches (…), qui ne font même pas semblant de vouloir participer à la tâche collective qu’est la préservation d’un avenir sur Terre (…). Le texte annonçait également qu’il ne s’agissait que le début d’une « offensive ».
Sans qu’aucun lien ait pu être établi entre ces deux actions, c’est presque sans surprise qu’on constate que La Clusaz est aujourd’hui visé. On se souvient qu’après une intense mobilisation et l’installation en septembre dernier d’une ZAD, le tribunal administratif de Grenoble avait donné raison aux défenseurs de l’environnement et le projet de retenue collinaire censé alimenter les canons à neige avait été interdit. Mais, rappellent les activistes responsables des sabotages de la station , la mairie de La Clusaz et le ministère de la Transition écologique ont fait appel de la suspension des travaux.
"Qu'est-ce qu'il faut faire pour être entendu ?"
L’intervention ce week-end des activistes pourrait-elle affecter l’issue de cette affaire, c’est la question que nous avons posée ce matin à Vincent Neirinck de Mountain Wilderness, l’une des associations mobilisées sur ce dossier.
« J’ai appris cette intervention par la presse, je n’étais pas au courant jusqu’à ce matin. Ce n’est pas inédit, il y en eu aux Gets et à Verbier. Quant à savoir si cela peut entraver notre action, je vais avoir du mal à vous répondre là-dessus car nous n’avons pas encore eu de débat politique sur ce sujet, et je parle donc en mon nom propre, mais c’est clair que cela participe d’un ras le bol, ça parait assez évident. On ne soutient pas à priori ce type d’action, on ne s’est jamais inscrit dans ce genre de pratique. Rester dans le cadre de la légalité nous a valu pas mal de succès, y compris avec la ZAD de La Clusaz qui n’a pas été considérée comme un élément (à charge, ndlr) par le tribunal qui a bien noté que les enjeux étaient règlementaires, que l’analyse que nous portions avec les collectifs locaux étaient nécessaires et suffisantes pour suspendre le truc.
Après, moi je comprends le ras le bol (…) dans le cas de la retenue collinaire de La Clusaz par exemple, les gens se sentent trahis. On nous dit « oui, on vous a compris », et on continue comme en quarante d’un autre côté. Je pense que c’est ça qui radicalise au final les positions. On en vient à se dire « mais qu’est-ce qu’il faut faire pour être vraiment entendu et qu’il se passe quelque chose sur le terrain ? ». Je pense que ça s’inscrit dans ce type de réflexion-là, ces actions radicales. Est-ce que cela pourrait nous nuire ? Je n’en sais rien. Mais ce que je peux dire, à titre personnel, je le répète, c’est que oui il y des violences avec des destructions de matériel, mais il y a aussi des violences très fortes faites par des textes ou des autorisations qui sont délivrées sans tenir compte du contexte. Et au final on en arrive à de la radicalisation alors qu’on n’a jamais eu autant besoin de discuter et de se comprendre et de prendre considération des enjeux collectifs, car ils sont collectifs ces enjeux. Il faut arrêter d’opposer les aménageurs qui veulent sauver les communes et faire vivre les gens et les méchants barbus qui veulent tuer l’économie. Ca n’existe pas ça ! Ce ne devrait pas exister en tous cas, et j’ai peur que la situation dans laquelle on est radicalise encore les positions, alors que la solution ne viendra que lorsqu’on prendra conscience qu’on a une communauté d’intérêts et qu’on ne pourra pas la construire en niant ce qui nous tombe sur la gueule en termes de changement climatique (…). Mais tant que les gens ne se sentent pas écoutés, entendus et partie prenante de la construction de cet avenir, ça ne pourra pas marcher. » conclut-il.
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