Produit devenu culte, la tente auto-déployante du géant de la distribution a déjà deux décennies derrière elle et des millions d'exemplaires vendus dans le monde entier. Une succès story partie d'une idée folle : une tente qui fait "wouahou" quand on l'ouvre !
Qui n’a pas un exemplaire de la tente « 2 Seconds » au fond de son garage ? Jetée en vrac (et mal pliée : c’était quasi impossible au début !) : un modèle vintage, acheté dès son lancement en 2005, des milliers seront vendus cette année-là. Ou, soigneusement rangée, compacte et bien pliée, cette fois : l’une des derniers nées de la série Easy, revue et revisitée pour rendre VRAIMENT facile le bivouac (pliage compris!).
Entrée dans la légende de Decathlon et dans notre mémoire collective il y a vingt ans, en 2005, la « 2 Seconds », a une histoire aussi mouvementée que l’était son pliage à ses débuts.
Son père ? Un médecin, fan de safari et de VTT
A l’origine des premières recherches sur ce produit qui allait secouer le marché de l’outdoor : Jean-François Ratel. A l’époque, on est en 2003, il est médecin généraliste depuis dix ans. Mais il se sent vite à l’étroit dans son cabinet et organise en parallèle des safaris en Afrique. Son truc aussi, c’est le VTT, on lui doit notamment la création d'un des premiers clubs dédié à cette pratique en France. Alors, le bivouac, il connaît, et se montre volontiers critique à l’égard des tentes alors disponibles sur le marché. Decathlon va donc le challenger pour trouver des solutions à tous les problèmes qu’il sait si bien pointer du doigt. Surtout quand il prend au sérieux le rêve d'un consommateur d'avoir une « tente qu’on jette et qui se monte toute seule ». Pendant neuf mois, avec l’équipe de la marque, notamment un ingénieur, Benjamin Mettavant, il va plancher sur un modèle déjà existant, une tente « pop-up », tombée dans le domaine public car guère pratique. Ils vont s’atteler à l’améliorer pour la rendre utilisable par tout le monde.
Son deuxième père : un Touareg, Abi Elaammari
Dans la petite équipe travaillant sur ce projet un peu fou, Abderrahman Elaammari ou plus simplement « Abi », va vite s’imposer comme l’un des trois piliers, aux côtés de Ratel et de Mettavant. Entré comme prototypiste dans le groupe Decathlon, en 1996, il a pour lui une enfance de Touareg à vivre sous la tente dans le désert du Sahara, et surtout des idées de génie. « Un jour, son chef de produit a débarqué en disant : « Je veux une tente qui fait ‘wouahou’ quand on l'ouvre ». Une tente qui se monte toute seule, en deux secondes. Abi ne saurait dire quelle tête il a faite, mais se souvient très bien ce qu'il a pensé : « Que des enfants gâtés, ces Européens ! Il leur faut tout, dans l'instant » raconte-t-il à Libération. Pendant des mois, le trio va « bidouiller » dans les ateliers du siège international situé au pied du mont Blanc pour permettre d'associer la chambre et le double toit, l’un des problèmes majeurs, et non des moindres. Des dizaines de prototypes verront le jour, mais en 2005 Decathlon sort sous sa marque Quechua son premier modèle de tente auto-déployante. Il le brevète, bien sûr - il sera immédiatement copié - mais son lancement, soutenu à grand renfort de spots publicitaires, est un succès immédiat. En un mois seulement, un tiers de la production, vendue 50 € pièce, est écoulé. L’idée qui change tout, c’est bien sûr l’utilisation d'un arceau en 8 à effet ressort, mais surtout de pré assembler les différents éléments (double toit, structure) pour simplifier à l'extrême le montage de la tente, et son démontage. Finis les scratchs et arceaux à enfiler. C’est dit, « il y aura un avant et un après » la « 2 Seconds. « En 2006, en plus d’un succès populaire vertigineux, la petite nouvelle remporte deux prestigieux prix de design, le IF design allemand, et un IDSA gold award (prix de la société des designers industriels américains). Trois brevets accompagnent ce succès et le protègent : un sur la structure, un sur le système de repliage, et un troisième sur les composants. Et ce, même si le produit est alors encore loin d'être parfait.
Nouveau casse-tête : le mode d'emploi
Si, au montage, la tente de Décath obtient bien l’effet « wouawh ! » recherché. Au pliage, c’est une autre affaire. Elle y gagne un nouveau slogan : « 2 secondes pour la monter, 1 heure pour la démonter ». L’équipe va donc plancher à nouveau sur l’affaire et tenter d'améliorer sa notice. La première n’a que trois dessins. Seule une personne sur 20 ou 30 arrive à plier la tente ! Pour la deuxième version, c’est tout le personnel de Quechua qui est mis à contribution. Huit dessins en sortiront. C’est mieux, mais loin d'être satisfaisant pour le consommateur de base, ce non-expert que vise la marque. L’équipe se remet sur son chantier et travaille d’arrache-pied sur la façon de replier la tente, pour améliorer la facilité et l’intuitivité, avec des guides, des sangles, des boucles, des lanières, qui permettent au final de faire ce 8 plus facilement. Des centaines voire des milliers d’essais, on parle même en interne de «katas du repliage». Dès 2008 sort une première tente 2 Seconds Easy, aujourd'hui devenue la 2 Seconds classique. Il aura fallu des années pour que le pliage ne soit plus une angoisse.
Elle a failli ne pas s’appeler : la « 2 Seconds »
La première pré-série de cette innovation s’appelait « Flash », et ça semblait acquis pour ses concepteurs. Mais le patron de la communication de Quecha passe par là, et se montre perplexe. « Elle s’ouvre bien en 2 secondes, cette tente ? On va l’appeler 2 Seconds ! ». Jean-François Ratel et son équipe ne sont pas vraiment chauds à cette idée. Mais l’histoire montrera qu’il avait raison.
La famille « 2 Seconds » s’agrandit et « s’embourgeoise »
Le produit fétiche de Decathlon fait vite des petits. Ou plutôt des grands frères. Sur le même principe qui a fait son succès, vont arriver des versions version XL, puis XXL. La tente s’adapte à tous les modes de vie : on la voit en version familiale, et même en versions personnalisables avec le projet « my 2 Seconds » (2014). Sans parler bien sûr du bivouac, avec la Quickhiker, un modèle ultra-light : moins de deux kilos. Pour plus de confort, au fil des ans s’ajoutent la lumière intégrée et un système de ventilation perfectionné, 2 panneaux latéraux s’écartant depuis l’intérieur. Et même un textile bloquant les radiations solaires en 2016, avec l’intégration de la technologie brevetée « Fresh&Black » garantissant un haut niveau d’obscurité, même en plein jour ou sous une pleine lune, tout en restant au frais.
Cocktail vintage pour fêter ses 20 ans
Pour célébrer son anniversaire, la « 2 Seconds » dévoile trois séries limitées aux coloris vintage : Vert / Violet ; Orange ; Beige / Imprimé vert . « Un hommage aux racines de l’aventure et à l’esprit intemporel du camping », explique la marque. Vingt ans, un carton commercial indéniable, mais surtout une immense satisfaction pour ses artisans. « J’ai participé à quelque chose qui a facilité la vie des randonneurs », confie Abderrahmane « Abi », ingénieur produit. « Les gens qui avaient peur de monter une tente, ça leur a permis de dormir dehors et de se connecter avec la nature ».
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