La décision est exemplaire : la Drôme, qui compte pourtant sept stations de ski, ne va plus investir dans la neige artificielle, a annoncé lundi 27 juin Marie-Pierre Mouton, présidente du département, en amont du vote du Plan montagne 2022-2028. Elle va en revanche se donner les moyens de diversifier son offre touristique en investissant pas moins de 15 millions d’euros.
Aux antipodes de la station de La Clusaz, en Haute-Savoie, où la semaine dernière encore 500 militants et soutiens mobilisés à l’appel des Soulèvements de la Terre et d’Extinction Rebellion Annecy ont manifesté contre l’accaparement de l’eau au profit de la neige artificielle via la création d’une 5e retenue de 148 000 m3, la Drôme envisage son avenir à long terme et vient de décider de ne plus investir dans la neige artificielle.

Certes dans la cas de la Clusaz, on parle, selon les élus, de 2000 emplois générés par la saison d’hiver et de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires liés à l’exploitation des remontées mécaniques, mais le choix de la Drôme n'en n'est pas moins audacieux. Car le département compte encore à ce jour sept stations de ski comptabilisant 200 000 entrées par an et engendrant 10 millions d'euros de retombées économiques. Le challenge est donc de taille, et devrait donner à réfléchir à d’autres sites qui chaque année voient eux aussi leur nombre de jours d’enneigement décroitre.
Dans la Drôme, en moyenne, ce sont dix jours d'enneigement par an en moins tous les quinze ans, selon les modèles climatiques. Ses sept stations devront donc diversifier leurs activités tout au long de l'année et le message est on ne peut plus clair : "Il n'y aura plus de neige de culture", a expliqué lundi dernier Marie-Pierre Mouton, la présidente du Département lors de la présentation du plan montagne 2022-2028 avant d’annoncer le débloquage d’un budget de quinze millions d'euros sur ces quatre prochaines années pour accompagner la transition dans les stations. "On sait qu'il y aura de moins en moins de neige à l'avenir, poursuit-elle. Il faut faire avec notre temps et la ressource en eau est un bien précieux. On peut trouver des activités annexes pour continuer à faire venir des gens en montagne, que ce soit en hiver ou en été."
Nouvelles activités et reboisement
Qu’en serat-il donc des sept stations de la Drôme qui, rappelons-le, sont aujourd’hui encore la troisième destination touristique du département ? D’ici 2030, soit en huit ans seulement, le département entend modifier son modèle économique et passer de 73% du chiffre d'affaires des stations lié à la neige à 58%.
Des "activités quatre saisons" vont donc être développées et s’ouvrir notamment sur une dimension patrimoniale ou espaces naturels. Au programme, notamment, l’aménagement de sentiers avec des outils numériques. La création de deux parcs de trottinettes électriques, des activités d'accrobranche ou encore du tubing (glisse sur bouées, skis ou vélos).
Quant aux canons à neige actuellement en place, ils ne seront pas démontés, mais une autre approche sera adoptée pour mieux stocker la neige naturelle. Au-dessus de 1 350 mètres d'altitude des « jardins de neige » vont être développés pour l'apprentissage du ski. Cependant que les stations vont reboiser leurs domaines pour conserver plus longtemps la neige et gagner plusieurs semaines de conservation de cet or blanc. Il est prouvé en effet que la forêt joue un rôle de coupe-vent, évitant ainsi que la neige soit soufflée, mais conservée dans son ombrage. Un vrai défi, très courageux, que l’on suivra de près sur les prochaines années et qui, on l’espère, fera des émules ailleurs en France.
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