C'est l'un des ultras les plus sauvages au monde, l'un des plus sélectifs aussi. Organisé aux Etats-Unis dans les Rocheuses, la Hardrock 100 ne convie chaque année qu'un maximum de 155 coureurs à prendre le départ pour cette course de 160 kilomètres et 10 000 mètres de D+, le tout à une altitude moyenne de plus 3352 m. Mais en 2022, on devrait y voir davantage de femmes, suite à la modification des règles de tirage au sort que les organisateurs viennent d'annoncer.
Vendredi 16 juillet, 146 coureurs étaient réunis au cœur de Silverton, dans le Colorado, au départ de la Hardrock 100. Souvent considéré comme l’un des ultra-trails les plus difficiles au monde, il avait été annulé à deux reprises en raison des mauvaises conditions météorologiques de 2019 et de la pandémie en 2020.
Vingt-quatre heures avant le départ des athlètes sur le sentier escarpé des montagnes de San Juan, on apprenait qu’à partir de 2022, le tirage au sort allait davantage favoriser les athlètes féminines : le pourcentage de femmes engagées dans la course ne pourra pas être inférieur à celui des postulantes. Ainsi, si 20% d'athlètes à tenter leur chance sont des femmes, 20% d'athlètes féminines devraient se trouver sur la ligne de départ.
Vendredi, elles étaient 16 alignées à Silverton, soit environ 11% des participants. Or, les femmes représentaient 17% des athlètes à avoir tenté leur chance au tirage au sort cette année. Avec le nouveau système de sélection, elles auraient donc dû être 25 athlètes sur le départ, un record historique !
Un tirage au sort controversé
Il est difficile de terminer cette course tout autant que d’y participer ! Chaque année, ils sont plus de 2000 à tenter leur chance. Cependant, en raison des restrictions, la Hardrock 100 ne peut pas dépasser les 155 coureurs. Ce système de sélection répartit les coureurs en trois catégories : les vétérans qui ont participé au moins cinq fois à l'événement, ceux qui n’ont jamais pris part à la course et puis les autres. Une organisation qui jusqu’alors donnait plus de chance aux vétérans qu’aux nouveaux Hardrockers, catégorie la plus importante où l’on retrouve la plupart des femmes qui postulent.
Pendant des années, ce système de sélection fut à de nombreuses reprises critiqué par la communauté des traileurs. Selon eux, il perpétuait les préjugés sur le genre, favorisant les vétérans (une majorité d'hommes blancs) qui participent à cette course depuis des années, bien avant l’essor et la démocratisation du trail féminin. Cependant, la Hardrock n’est pas l’unique compétition à souffrir d’un manque de parité. Au départ des ultra-trails on retrouve moins de 25% des femmes, nombre qui s’abaisse à 15 voire 10% pour certains événements pourtant très populaires.
Pour lutter contre cette tendance, la communauté des coureurs encourage à augmenter le nombre de places disponibles pour les athlètes féminines. En 2019, le High Lonesome 100, un ultra-trail dans le Colorado, a annoncé répartir équitablement son tirage au sort – 50% de places disponibles pour les hommes comme pour les femmes.
Un système de sélection qui se veut plus inclusif
Après six mois de brainstorming et de discussions sur les différentes options possibles, les membres du conseil de la Hardrock accompagnés de personnalités de l’ultra-trail dont Gina Lucrezi, fondatrice de Trail Sisters, association qui encourage les femmes à pratiquer le trail et la randonnée, ainsi que les coureurs Darcy Piceu, Nikki Kimball, Megan Hicks et Katie Grossman ont voté la nouvelle règle du tirage au sort.
Ils espèrent que ce nouveau système de sélection sera plus équitable et encouragera les femmes à s’impliquer dans ce sport. Pour Gina Lucrezi, les femmes seront actrices de leur course : plus elles seront nombreuses à postuler à la Hardrock, meilleure sera leur représentation. « Nous ne faisons pas de cadeaux, dit-elle, si vous voulez participer à ces 160 km, il faudra témoigner votre intérêt et il est du devoir de la Hardrock de représenter chaque volonté ». Organisation et athlète, chacun doit faire un pas vers une course plus inclusive : les Hardrockeuses ont plus de chance de s’aligner sur le départ mais cette opportunité dépend avant tout de leur implication.
Et les réactions n'ont pas tardé ce week-end sur les réseaux. De nombreux ultra-traileurs continuent de s'interroger sur la toile : ces nouvelles mesures seront-t-elles suffisantes pour que la « famille Hardrock » soit plus ouverte ? L'avenir le dire, mais pour l'heure, Gina Lucrezi espère que ce changement politique encouragera d’autres courses à suivre cette voie. « Beaucoup d’efforts sont nécessaires pour faire évoluer les choses, dit-elle. Si à la Hardrock, nous avons pu y arriver, je pense que d’autres courses ont le même pouvoir d'action ».
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