L’auteur de bande-dessinée, récemment distingué par le Grand prix de la BD de RTL pour « La Dernière reine », troisième volet de sa trilogie alpine, a annoncé hier dans un message Facebook désormais inaccessible, qu’il mettait un terme à sa carrière de dessinateur pour se consacrer à la sculpture et à la peinture. Désabusé par la polémique suscitée par l’affaire Bastien Vivès, dessinateur dont il avait, il y a quelques jours, pris la défense, Jean-Marc Rochette préfère prendre ses distances vis-à-vis du milieu de l’édition.
En octobre dernier Jean-Marc Rochette sortait chez Casterman « La Dernière reine », consacré Livre de l’année 2022 par Lire Magazine littéraire et distingué la semaine dernière par le prix RTL de la BD. Or, a annoncé l’auteur hier, « Ce livre sera mon dernier. Je vais me consacrer dorénavant à la sculpture et à la peinture, j’ai un immense besoin de liberté pour mes dernières années. Nous nous sommes tant aimés. » Cette décision, dont on a pris connaissance via un post sur un post Facebook retiré depuis, est justifiée ainsi, explique-t-il : « On vient de m’envoyer en message privé une tribune [il s’agit de la tribune « Les raisons de la colère », publiée sur le site du Club de Mediapart le 17 décembre en réaction à l’affaire Bastien Vivès. Signée par plus de 400 auteurs et éditeurs, elle demandait au festival d’Angoulême d’établir une charte d’engagement afin de respecter le droit des personnes minorisées ainsi que l’égalité de leurs représentations] qui voudrait que la bande dessinée soit maintenant encadrée par un manuel du politiquement responsable, en d’autres termes ça s’appelle une surveillance de l’édition par des commissaires politiques. » « Je vais me tenir le plus éloigné possible d’un milieu où de telles idées peuvent germer », ajoute-t-il.
On se souvient que le 14 décembre dernier l’exposition consacrée à Bastien Vivès - auteur controversé pour ses propos et ses BD pornographiques avec des personnages mineurs ou encore pour ses attaques contre EmmaClit, dessinatrice féministe - avait été annulée par le Festival d’Angoulème suite aux pressions et aux menaces physiques proférées à l’encontre du dessinateur. « Il n'est dès lors pas possible pour l'événement d'envisager que sa programmation puisse faire peser de tels risques sur un auteur et, potentiellement, dans quelques semaines, sur ses festivaliers. », regrettait l’organisation.
Jean-Marc Rochette avait alors pris la défense de son confrère, estimant que ce dernier était cloué « au pilori sans autre forme de procès ». Les signataires de cette pétition voudraient « que la bande dessinée soit maintenant encadrée par un manuel du politiquement responsable, en d’autres termes ça s’appelle une surveillance de l’édition par des commissaires politiques », s’insurge le dessinateur.
Le 15 décembre Bastien Vivès avait présenté des excuses publiques dans un post Instagram, « Je condamne la pédocriminalité, ainsi que son apologie et sa banalisation. Je condamne la culture du viol et les violences faites aux femmes. Je tiens à exprimer ma solidarité sincère envers les victimes d’inceste et de tout autre abus sexuels. En aucun cas, mes livres ne doivent être lus sous le prisme de la complaisance envers ces crimes. », avait-il écrit. Des déclarations qui n’avaient pas apaisé le débat ouvert il a une dizaine de jours par le cofondateur du mouvement Be Brave France, Arnaud Gallais, engagé contre les violences sexuelles contre les enfants, et à l’origine de la pétition. « Le temps où les artistes faisaient l’apologie de la pédocriminalité doit être révolu en France. Il est temps qu’Emmanuel Macron passe des paroles aux actes au sujet de son intention d’ériger la lutte contre l’inceste au rang des grandes causes nationales. » De son côté, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak expliquait au Parisien que les propos de Bastien Vivès n’étaient « pas acceptables. » Reste, ajoutait-elle, qu’on « ne peut pas réduire cet auteur à deux bandes dessinées et quelques phrases dites en interview ».
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