Notre journaliste et spécialiste de l’aventure sur route, Aaron Gulley, nous livre quelques astuces pour préserver son véhicule et son petit confort quand le mercure chute.
Depuis trois ans, ma compagne Jen et moi faisons de notre mieux pour préserver Artemis des morsures hivernales. Précisons d’abord que depuis 2016, nous avons décidé de vivre tels des nomades contemporains à bord d’un Airstream, la célèbre roulotte américaine à l’allure vintage tout d’aluminium vêtue. Et, oui, nous l’avons baptisée!
Jusque-là, nous avions toujours esquivé le froid, notamment parce qu’aux alentours de 0° C, habiter une maison en métal non-isolée équivaut à choisir de vivre dans un réfrigérateur. On nous avait également prévenus qu’à moins de préparer l’hibernation d’Artemis en purgeant l’eau des robinets et autres conduites, le risque serait grand de retrouver nos réservoirs et autres tuyaux fissurés par le gel. Donc une roulotte dont les tuyaux sont hors service pour plusieurs mois offre à peu de choses près le même confort qu’une tente, puisqu’on se retrouve à laver la vaisselle et son pauvre petit corps dehors, sans parler de l’étape des toilettes.
On peut toujours éviter cet écueil en choisissant de séjourner dans des parcs proposant de se brancher sur secteur, mais pour nous qui passons 90% de notre temps en camping sauvage, ça n’est pas vraiment envisageable. Jusque-là donc, nous avions toujours préféré nous réfugier dans des contrées plus chaudes et accueillantes dès le mois de novembre.
Mais voilà, cette année, l’hiver a débarqué prématurément au Nouveau Mexique, et nous avions des obligations sur place qui ne nous permettaient pas de fuir immédiatement les frimas. Alors que nous campions dans un patelin paumé aux confins de Carlsbad, près de la frontière mexicaine, deux tempêtes ont convergé, soumettant Artemis aux conditions climatiques les plus rudes qu’elle ait jamais expérimentées. Les températures chutaient sous les -10°C la nuit et atteignaient péniblement les -5°C en journée, avec des vents venus tout droit de l’Arctique soufflant à 50 km/h, charriant neige et verglas, le tout durant plusieurs jours…
J’avoue que nous n’étions pas sereins. Nous nous sommes imaginé griller la totalité de nos batterie et du propane sous deux jours, ruiner nos arrivées d’eau et nous retrouver forcés de battre en retraite dans le premier camping pourri qui offrirait des prises électriques. Mais vous savez quoi ? C’était finalement plutôt sympa. La sérénité de ces moments de camping enneigé nous a en fait reposés, puisque nous nous couchions avec les poules, faute de pouvoir engager une quelconque activité. Mais ce test nous a beaucoup appris, particulièrement sur la préparation nécessaire et comment ensuite s’en tirer honorablement. Voici ce que nous avons tiré de notre expérience.
Toujours remplir sa bonbonne de gaz
Certes, cela paraît évident. Mais sans elle, adieu tuyaux intacts et bonjour hôtel miteux ! Donc interdit de tomber en rade, et si vous avez deux bouteilles, n’en ouvrez qu’une à la fois, cela vous épargnera de vider les deux par inadvertance. Quand l’une est à sec, mettez l’autre, et rechargez ou remplacez sa petite soeur à la première occasion. Nous avons profité d’une semaine entière de chaleur pendant la vague de froid, en maintenant la température entre 10 et 15°C en journée et à 5°C la nuit ou quand nous sortions. Nous avons également utilisé le chauffe-eau, versé des litres et des litres dans notre bouilloire électrique pour le thé et le café et cuisiné régulièrement. Cette semaine-là, nous avons épuisé une bonbonne de propane de 7 gallon (26 litres), qui, dans des conditions normales, nous tient un mois voire deux.
Isolez vos portes et fenêtres
L’étanchéité de la porte d’entrée d’Artemis est peu ou prou comparable à celle d’un gruyère. Nous pouvions sentir les courants d’air glacés s’infiltrer, la lumière également. Nous sommes vite allés acheter des tapis et joints en caoutchouc qui ont fait toute la différence : nous les avons installés sur les fenêtres, les évents du plafond ou encore les grilles de ventilation.
Gardez la tuyauterie à température
Les réservoirs et tuyaux d’une caravane sont particulièrement vulnérables au gel. Laisser tourner le chauffage pour conserver une température correcte dans l’habitacle permet d’éviter les fissures et autres dégâts - et le soleil est également un allié quand il pointe son nez. Nous avons aussi conclu qu’il était utile de faire fonctionner le chauffe-eau juste avant le coucher et tout de suite au lever. Autre astuce : nous avons mis une tasse d’antigel non-toxique dans nos réservoirs d’eau noire et grise pour lutter contre le froid. La nuit, nous laissions les armoires et les portes de la douche ouvertes afin que la plomberie toute entière bénéficie de la tiédeur ambiante.
Coupez votre pompe à eau quand vous ne vous en servez pas
C’est de toute façon un impératif quand vous quittez la caravane : cela vous évitera une fuite, ou pire, une inondation, en votre absence. C’est encore plus vrai en hiver, où une conduite fissurée peut causer des ravages.
Investissez dans un panneau solaire et un groupe électrogène
Cette semaine-là, nous nous sommes retrouvés à court de batterie comme jamais, la faute au chauffage notamment. Nous nous réveillions le matin pour constater qu’il n’y avait déjà plus que 60% de charge. Mais quand le soleil s’est enfin décidé de faire une apparition, notre double panneau solaire nous a permis de faire le plein en une matinée. Et pour les journées grises et enneigées, seul le soutien de notre groupe électrogène nous a permis de travailler et continuer à vivre correctement - un don du ciel. Celui que nous avons choisi contient un peu moins de 4 litres d’essence mais a suffi pour tenir toute une journée. Quand ce dernier est en marche, allumez le chauffe-eau électrique au lieu du propane et branchez votre radiateur électrique d’appoint sur le générateur si ce dernier le permet.
Des duvets et des chaussons bien chauds
Dans notre quête d’économies de propane, il a bien fallu baisser le chauffage… Jen et moi nous sommes retrouvés à nous battre comme des chiffonniers pour notre duvet Rumpl. Histoire d’éviter un prochain drame, nous allons investir dans un second ! Et l’air froid circulant sous la caravane a tendance à rendre le sol glacé, même quand la température est clémente. Conséquence : je porte mes chaussons Glerups quasi systématiquement.
Ayez de l’eau prête à bouillir le matin
Le plus dur dans cette vie nomade est sans doute de se lever le matin quand la caravane est encore glacée. Une astuce simple consiste à remplir sa bouilloire la veille au soir, afin de n’avoir plus qu’à allumer le gaz en sautant du lit. L’habitacle est si petit que la simple flamme qui chauffe l’eau permet à Artemis de regagner rapidement en température. Reste à savoir lequel de vous ou votre partenaire perdra la partie de pierre-feuille-ciseaux et devra se sacrifier dans le froid.
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