Il y a quelques jours, un vaste trafic international d'EPO était démantelé en Espagne, il impliquerait, entre autres, des traileurs. Moins médiatisé que le cyclisme ou l'athlétisme, le trail n'en reste pas moins touché par ce fléau. Si les contrôles existent, notamment en France, la situation est très disparate à l'échelle internationale et les progrès à réaliser restent nombreux. Le point avec Odile Baudrier, organisatrice du Festival des Templiers, en charge de Spe15, site spécialisé sur le dopage.
L'annonce n'est pas passée inaperçue, et pour cause, près de 260 athlètes, de différents sports et de niveau intermédiaire pour la majorité, seraient impliqués dans un trafic d'EPO mené depuis Barcelone, en Espagne. Une nouvelle affaire qui est loin d'être bouclée, jusqu'ici aucun nom n'ayant filtré de l'enquête. Si l'AEPSAD (l'agence espagnole antidopage) traite le cas des sportifs espagnols, c'est l'AMA (Agence mondiale antidopage) qui se charge de transmettre les noms aux autres agences nationales.
Le trail fait donc partie des sports touchés par cette affaire, au même titre que le cyclisme, le cross et le triathlon, sans toutefois que des stars de la discipline soient impliquées, semble-t-il. Le dopage ne se limite pas au sport de très haut niveau, bien au contraire, rappelle Odile Baudrier. A la tête de l'organisation d'un des plus grand trails au monde, le Festival des Templiers, elle a lancé en 2018 le site Spe15, spécialisé dans les questions de dopage et de lutte antidopage.
Le trail n'est pas épargné par les cas de dopage, les enjeux financiers sont pourtant faibles, il n'y a pas, ou peu de prize money. Comment l'expliquer ?
La question est vaste, mais il y a plusieurs explications possibles. D'une part, il est vrai que les prize money sont encore rares dans le milieu du trail, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'enjeux financiers. Il faut également prendre en compte les contrats de sponsoring avec les marques et autres partenaires qui sont directement liés aux performances de l'athlète. Il y a des avantages moins visibles qu'une grosse prime de victoire, mais qui ont aussi leur importance. D'ailleurs, aujourd'hui, même pour la course sur route les primes sont plus faibles qu'auparavant et le dopage persiste.
Ensuite, le dopage n'est pas forcément lié à une question d'argent. Il y a beaucoup d'autres facteurs qui peuvent motiver la prise de produits dopants et particulièrement l'aspect de notoriété. On vit à une époque où l'on accorde beaucoup d'importance à l'image, et notamment à la présence sur les réseaux sociaux. Cela peut parfois suffire à se doper pour améliorer ses performances.
Vous êtes à la tête de l'organisation des Templiers, manifestation où les contrôles antidopage sont pratiqués depuis 1997. Concrètement, comment cela s'organise-t-il ?
En France, la lutte antidopage est gérée par l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage). C'est elle qui décide si elle envoie des contrôleurs sur tel ou tel événement. Sur les Templiers, les prize money sont relativement conséquents (30 200 € répartis entre le Top 10 femme et homme), c'est ce qui explique que la course soit ciblée par l'AFLD qui considère qu'il est important d'envoyer des contrôleurs. Plus l'épreuve est connue, plus il y a de chance qu'il y ait des contrôles. Mais à l'étranger, c'est autre chose, notamment aux États-Unis où il n'y a pas de contrôle, mis à part sur la Western States 100 depuis peu (édition 2017, ndlr). C'est l'une des problématiques : le manque d'homogénéité au niveau international.
D'autant que si contrôler après une compétition est important, ce n'est pas la méthode la plus efficace.
En effet, ce qui marche le mieux pour attraper les tricheurs ce sont les contrôles inopinés. Mais on entre là dans une tout autre logistique, beaucoup plus complexe et coûteuse. Pour mettre en place ce type de contrôle il faut savoir à l'avance où se trouve l'athlète pour pouvoir venir le contrôler à tout moment. En France, l'AFLD un établi un groupe de 53 athlètes qui sont suivis dans ce cadre, mais aucun traileur n'en fait partie.
Les contrôles après les compétitions ont permis d'attraper certains athlètes qui s'étaient dopés (voir ci-dessous), mais aujourd'hui les protocoles de dopage les plus sophistiqués permettent de déjouer ces contrôles, d'où l'importance que pourraient avoir des contrôles inopinés.
Quelques affaires marquantes lors de la dernière décennie
UTMB 2015 : la plus grande course de trail au monde touchée par le dopage
C'est sans aucun doute l'affaire la plus marquante, parce qu'elle a touché la course reine et de loin la plus médiatique. En 2015, l'Equatorien Gonzalo Calisto est contrôlé positif à l’Erythropoïétine (EPO), alors qu'il avait fini 5ème de la course en 22h24', loin derrière le vainqueur Xavier Thévenard. Mais au-delà de sa performance, c'est sa progression fulgurante qui avait laissé planer un doute. Déclassé et suspendu 2 ans, l'Equatorien a repris la compétition en 2018 et il s'est même offert un podium l'année dernière sur l’Ushuaia by UTMB.
6000 D 2017 : un Marocain positif
Cette affaire, plus récente, a également fait du bruit étant donné la popularité de cet événement dans le paysage du trail en France. Le Marocain Jaouad Zeroual a été contrôlé positif au Diamox, qui contient notamment la molécule "acétazolamide". Connu par les alpinistes pour lutter contre le "mal des montagnes", ce médicament fait partie des produits interdits au titre des «diurétiques et autres agents masquants ». Le Marocain a été suspendu pour un an de compétition en France.
Plusieurs cas constatés sur des courses à la Réunion
Ces dernières années, l'île de la Réunion a été le théâtre de nombreux cas positifs. Au Grand Raid d'abord, sa course iconique, où Clarisse Hoarau a été contrôlée à l'EPO lors de l'édition 2011, et suspendue 2 ans. Cette même année, un autre cas a été révélé, celui de Patrick Estieux, suspendu 6 mois après un contrôle positif au prednisolone. Sur le Trail des Anglais ensuite, l'une des courses les plus populaires sur l'île française, 6 cas positifs ont été constatés lors de l'édition 2015, sans que l'on sache exactement s'il s'agissait de "dopage lourd", de négligence ou de "dopage léger".
Des Français pris par la patrouille
Plusieurs coureurs élites français ont déjà été contrôlés et suspendus ces dernières années. Christel Dewalle notamment, lors du KV des championnats du monde de Skyrunning de 2016, pour une prise de Ginkor Fort (pour traiter une crise d’hémorroïdes) qui contient une molécule interdite : l’heptaminol. 4 mois de suspension. Nicolas Bouvier-Gaz ensuite lors du Grand Trail des Templiers en octobre 2016. Il sera néanmoins relaxé en appel par la commission de l’organe disciplinaire d’appel de la FFA.
Sierre Zinal 2019 : une année record ... et au départ trois athlètes contrôlés positifs par le passé
Si les records de Kilian Jornet et Maude Mathys lors de l'édition 2019 de la mythique Sierre Zinal ont fait la une des médias spécialisés, une polémique a rapidement pris le relais : la présence au départ de trois athlètes contrôlés positifs par le passé, dont la coureuse suisse. En effet, cette dernière avait été contrôlée positive au clomiphène en 2015, un médicament destiné à traiter l’infertilité. Elle n'avait pas été condamnée, simplement "avertie" compte tenu du contexte (elle cherchait effectivement à avoir un enfant). Par ailleurs, Petro Mamu, deuxième juste derrière la star espagnole, a été contrôlé positif au fénotérol et suspendu 9 mois. Enfin l'Italienne Elisa Desco a elle aussi été contrôlée positive en 2009, à l'EPO-CERA. Sentence : deux ans de suspension.
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