« Sur les 10 prélèvements post course, 5 ont laissé apparaître des traces d’Ibuprofene, AINS à utilisation proscrite par notre politique de santé » a dévoilé hier soir l’organisation du Festival des Templiers. Cette substance n’apparaît pas sur la liste des produits interdits par l’Agence Mondiale Antidopage, certes, mais nombreux sont les coureurs à consommer des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) de façon routinière, le plus souvent en automédication. Que ce soit pour atténuer les inconforts liés à l’entraînement, ou pour réduire la perception d’inconfort, voire d’améliorer sa performance lors d’une course. Or, cette pratique n'est pas sans risque pour leur santé, les effets secondaires de ce type de médicaments étant multiples, alertent les organisateurs.
Des athlètes ayant récemment participé au Grand Trail des Templiers (80 km ; 3430 D+) ont été testés positifs à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). « Au total 28 prélèvements ont été effectués par l’équipe de Pierre Sallet pour Athletes for Transparency : 18 prélèvements la veille de la compétition et 10 à l’arrivée » détaille l’organisation du Festival des Templiers. « Les trailers testés avant la course ont été choisis par Pierre Sallet en fonction de leur cote ITRA UTMB et de leur palmarès. Les tests de l’arrivée ont concerné les top Élite qui n’étaient pas désignés par l’AFLD [Agence Française de Lutte contre le Dopage, ndlr] pour un contrôle antidopage : l’agence française a diligenté 10 contrôles, 6 hommes et 4 femmes, dont les résultats restent à venir. […] Sur les 10 prélèvements post course, 5 ont laissé apparaître des traces d’Ibuprofene. Toutefois une analyse fine des concentrations et de la cinétique de cet anti-inflammatoire révèle qu’il n’a pas été absorbé pendant la course, mais dans les dernières 24 heures avant ».
« Pourquoi une telle hostilité face aux anti inflammatoires pendant une compétition ? » interroge l’organisation. « Parce qu’ils agissent en boost sur l’organisme et donc sur la performance. Et surtout en raison des risques qu’ils font peser sur la santé des trailers ». À noter que ce phénomène ne touche pas seulement les athlètes élites, mais toute la population de sportifs, et particulièrement les traileurs.
Les AINS, c’est quoi exactement ?
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont une classe de médicaments (comprimés, crèmes ou gels) souvent prescrits pour diminuer la douleur et l’inflammation. Ils sont très fréquemment utilisés chez le sportif, le plus souvent en auto-médication. À savoir que près de 50% des coureurs ayant participé au marathon de Berlin en 2010 avaient déclaré avoir pris un anti-inflammatoire avant le départ.
La liste des anti-inflammatoires non stéroïdiens :
- Ibuprofène (Advil®, Nurofen®).
- Diclofénac (Voltarène®, Flector®).
- Kétoprofène (Kétum®).
- Acide acétylsalicylique (Aspirine®, Aspegic®).
Quels en sont les bénéfices ?
« Nombreux sont les coureurs qui consomment des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) de façon routinière pour atténuer les inconforts liés à l’entrainement, ou dans le but de réduire la perception d’inconfort et d’améliorer leur performance lors d’une course » souligne La Clinique du Coureur sur son site qui rappelle l’efficacité analgésique de ce genre de médicaments.
Car les anti-inflammatoires non stéroïdiens agissent en inhibant la libération d’enzymes (COX 1 et COX 2) permettant la production des prostaglandines. Des hormones qui contribuent à l’inflammation, à la douleur, et à la fièvre, en augmentant la température et en dilatant les vaisseaux sanguins. Ces dernières agissent également sur le fonctionnement du rein, de l’estomac, et du système cardiovasculaire.
Pourquoi c’est une erreur d’en consommer à l'entraînement comme pendant la course
Les effets secondaires associés à la prise d’AINS sont importants et à considérer sérieusement. Car ces derniers n’agissent pas uniquement localement sur l’inflammation. Leurs effets sur l’ensemble de l’organisme sont nombreux. Environ 12 % des coureurs ayant consommé des AINS souffriront d’effets secondaires.
Trois types d’effets secondaires ressortent :
- gastro-intestinaux. De loin les plus fréquents lorsque les AINS sont consommés sur une base régulière. « Les études soulèvent une incidence de gastrites et d’ulcères gastriques ou duodénaux chez 15 à 30 % des utilisateurs réguliers » souligne la Clinique du Coureur. « Lors d’une épreuve d’endurance ou d’ultra-endurance, le sang est dévié du système digestif vers les groupes musculaires à l’effort dont la demande en oxygène est augmentée. L’estomac et les intestins se retrouvent alors irrités et fragilisés ».
- rénaux. L’inhibition des prostaglandines par la prise d’AINS constitue un facteur de risque significatif d’insuffisance rénale.
- cardiovasculaires. De type infractus.
À noter également que les récentes études ont également démontré que la prise d’un anti-inflammatoire avait tendance à perturber, voire retarder la guérison de nombreuses blessures du sportif. Telles que les tendinites, les lésions musculaires, les entorses ligamentaires, ou encore les fractures.
Pourquoi les AINS ne sont-ils pas sur la liste des produits dopants ?
« Le problème le plus massif n’est pas le dopage, mais ce qu’on nomme le legal doping, donc le dopage légal » explique Pierre Sallet, référent anti-dopage pour l’édition 2024 du Grand Trail des Templiers. « La liste de l’AMA [Agence mondiale antidopage, ndlr] est incomplète, il y a beaucoup de substances ou de méthodes qui devraient être sur cette liste mais qui n’y sont pas ».
« La liste évolue en permanence » poursuit-il. « Ce n’est pas parce que c’est un médicament acheté librement, qu’il n’a pas d’effet sur la performance, et ce n’est pas parce qu’il n’est pas sur la liste des interdictions qu’il n’a pas d’effet. Le tramadol [un puissant antidouleur délivré en France sur ordonnance et dont les études ont démontré un potentiel d’amélioration de la performance et des risques de dépendance en cas d’abus, ndlr] est un très bon exemple, c’est un non-sens complet depuis 20 ans. Pourquoi le tramadol n’était-il pas sur la liste [il a été ajouté en 2024, ndlr] ? Parce qu’il y a des problématiques qui sont d’ordre politique. Mais un sportif qui est malade, il doit prendre des médicaments pour soigner, et donc ne pas participer à une compétition. S’il arrive avec une pathologie, une tendinite, n’importe quel médecin raisonnable va lui prescrire des médicaments, et aussi du repos. Il ne peut évidemment pas accepter que le patient aille courir un trail de 80 km le lendemain ! Cette logique est complètement perdue, car on est dans une médecine de performance chez certains médecins, ou certains athlètes de manière autonome avec l’automédication ».
Est-il possible de remplacer les AINS ?
Plusieurs alternatives permettant de soulager l’inflammation existent. Parmi les plus courantes :
- le paracétamol, médicament analgésique, ayant moins d’effets secondaires sur la santé que les AINS. À utiliser avec précaution.
- la curcumine, présente dans le curcuma, molécule organique pouvant aider à réduire la douleur, limiter les courbatures, et soutenir la guérison des tissus, notamment en cas de tendinites.
- la bromélaïne, un mélange d'enzymes extrait de l'ananas, est reconnu pour son effet anti-inflammatoire, son action sur la réduction de la douleur et la récupération des blessures du sportif.
- l’application de froid sur une zone douloureuse et/ou inflammée permet de la soulager. Attention toutefois, le froid n’est pas toujours conseillé immédiatement avant un entrainement sportif (augmentation de la raideur musculaire, limitation de l’afflux sanguin).
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
