Résister pacifiquement, enfiler ses baskets, et aller courir…. C’est le choix courageux de ces athlètes de Kyiv, la soixantaine passée, trop vieux pour le front. Tous les jours, au milieu des bombes, ils luttent, à leur manière, face à l’oppresseur russe. Et certains se sont donnés une mission : remonter le moral des passants, terrifiés comme eux.
"Pendant ma course, j'entends souvent plus de 10 explosions qui se produisent dans un rayon de 20 km" confie Nikolai Plyuyko, un Ukrainien de 75 ans, 48 marathons au compteur. Lutter quotidiennement à coup de kilomètres dans les rues de Kyiv, le long du Dniepr, troisième plus grand fleuve d'Europe, c’est le moyen choisi qu'il a choisi pour faire face à la guerre. Sans armes, avec beaucoup d’espoir, baskets au pied, sourire aux lèvres.
Découvert par The Guardian sur Strava, Nikolai est l’un de ces coureurs qui osent slalomer entre les bombes. Un véritable acte de courage, sachant que la plupart des Ukrainiens sont terrifiés par les forces russes qui ne cessent de pilonner leurs villes, de violer les règles du cessez-le-feu et de tuer de nombreux civils ne leur laissant que deux options : rester cloîtré en limitant leurs sorties à l’extérieur ou fuir le pays - comme plus de deux millions de personnes à ce jour. Mais Nikolai Plyuyko, Volodimir Shymko, 67 ans, Konstantin Bondarev, 61 ans, ont choisi une troisième solution : la course à pied, un acte de résistance, au milieu des frappes aériennes. Mais pourquoi risquent-ils leurs vies pour quelques kilomètres ?
"Nous sommes une nation courageuse"
Trop vieux pour s’engager dans l’armée, ils auraient pu quitter leur pays. Pourtant, ils ont choisi de rester en Ukraine, pour voir la guerre jusqu’au bout et surtout pour "montrer que nous sommes une nation courageuse et que nous n'avons pas peur". Via Strava, le réseau social des coureurs, à chaque séance d’entraînement postée, ils partagent une chose essentielle avec leurs amis : ils sont "vivants et forts", autant physiquement que mentalement. Pourtant, eux aussi ont peur, avouent-ils.

"Un signe d’amitié en ces temps difficiles"
Lors de ses sorties running, Konstantin Bondarev se méfie des inconnus croisés dans la rue, se demandant sans cesse de qui il s’agit, d’où ils viennent et s’ils pourraient s'en prendre à lui. Des angoisses légitimes en temps de guerre, qui ne le font pas renoncer à la course à pied pour autant. Quant à notre marathonien de 75 ans, Nikolai Plyuyko, il s’est donné une mission de taille : remonter le moral aux passants, terrifiés comme lui. "Je leur souhaite une bonne santé, de garder espoir et confiance dans le combat contre l'ennemi. Je leur dis que nous allons gagner, que nous devons juste nous en sortir" confie-t-il au Guardian. Depuis une semaine, il profite d’ailleurs de ses sorties pour acheter quelques provisions pour les personnes à mobilité réduite de sa résidence, "un signe d’amitié en ces temps difficiles".
Courir, un moyen de gérer l’absurdité de la guerre
"Maintenant qu'il y a la guerre, je n'arrête pas de courir ; cela rend les choses beaucoup plus faciles dans des périodes comme celle-ci" confie Konstantin Bondarev, soulagé d’avoir cet exutoire quotidien, un moyen de gérer l’absurdité du conflit et d'évacuer son stress. "Les pensées de guerre tournent en boucle dans ma tête ; dès le réveil, on commence à appeler tous ses amis, à leur demander si tout le monde est en vie et va bien. On se demande sans cesse si quelqu'un a été bombardé. […] Quand je cours, je peux mettre tout cela de côté - au moins pour un moment".
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