La peur, l’erreur, l’échec… c’est sous les images policées d’Instagram que l’alpiniste Jimmy Chin et Elizabeth "Chai" Vasarhelyi, coréalisateurs de Free Solo, sont allés gratter cette fois. Résultat : "Edge of the Unknown", une nouvelle série de portraits produite par National Geographic et diffusée sur Disney+, dévoilant Justine Dupont, Alex Honnold ou encore Conrad Anker.
En 2018, alors que le documentaire Free Solo battait des records au box-office, laissant les spectateurs pétrifiés, Jimmy Chin - qui a tourné le film et l'a réalisé avec sa femme et collaboratrice Elizabeth "Chai" Vasarhelyi- se voyait souvent posée la même question : Comment Alex Honnold faisait-il pour ne pas être paralysé par la peur alors qu'il gravissait El Capitan en solo intégral, sans aucune sécurité ? De là à penser que le grimpeur était tout simplement une tête brûlée, il n’y avait qu’un pas, que certains franchissaient allègrement. Or pour Jimmy Chin, la réponse était ailleurs. Car avant de devenir le cinéaste oscarisé que l’on connait aujourd’hui, l’Américain avait mené pendant des décennies une carrière d'alpiniste, de grimpeur, de skieur et de photographe. Il savait donc parfaitement que pour ceux qui risquent tout dans les environnements les plus impitoyables, la peur est toujours constante, La peur, l’échec, le doute… omniprésents sur le terrain, mais quasiment impossibles à montrer dans les vidéos de quelques minutes glorifiant la performance sur les réseaux sociaux.
C’est précisément cela, la face cachée d’exploits d’athlètes exceptionnels, que, pour leur première incursion à la télévision, le duo Chin-Vasarhelyi a décidé de montrer dans "Edge of the Unknown" (« Aux frontières de l’inconnu »), la nouvelle série de National Geographic diffusée aux Etats-Unis sur Disney+ la semaine dernière.
"C'est une série que j'ai en tête depuis longtemps. Je voulais donner une idée aux gens de ce que cela signifiait d’être un athlète de très haut niveau dans des domaines particulièrement risqués », explique Jimmy Chin dans une interview donnée avant la diffusion de la série. "Il faut comprendre le niveau de passion et d'engagement qui est en jeu ici (...). Parce qu'en fin de compte, ils (les athlètes, ndlr) recherchent tous une expérience transcendante. Mais elle possède toujours deux facettes. »
« Edge of the Unknown » est entièrement consacré à la facette la moins connue, souvent la moins glorieuse. Dans chacun des dix épisodes (sortis en une seule fois), les réalisateurs braquent leur objectif sur un ou un petit groupe d'athlètes. Pas sur leurs triomphes cette fois, mais sur leurs échecs et leurs semi-échecs les plus spectaculaires.
Certains sont plus célèbres que d'autres. Bien sûr on s’attachera aux témoignages de Justine Dupont, surfeuse de gros qu’on ne présente plus, du légendaire alpiniste Conrad Anker, sans parler d’Alex Honnold, mais on s’attachera aussi aux récits du snowboarder Travis Rice, du skieur de big mountain Angel Collinson, du grimpeur Will Gadd ou encore du kayakiste Gerd Serrasolses, et des jeunes explorateurs polaires Sarah et Eric McNair Landry.
Si vous avez vu Meru, film sorti en 2015 - chronique de la première ascension de Jimmy Chin, Conrad Anker et du photographe Renan Ozturk du mont Meru, dans l'Himalaya - vous vous souvenez sans doute que Chin y a lui-même frôlé la catastrophe, échappant à une avalanche à laquelle il semblait impossible de survivre. Un épisode sur lequel il revient dans le huitième volet de la série, intitulé à juste titre "Live Another Day" (vivre un jour de plus).
Tous ces entretiens sont intimes et souvent émouvants. Sans doute parce que quand ces athlètes parlent devant la caméra de Jimmy Chin de leurs moments les plus sombres, ils sont en confiance. "J'ai l'impression que ma compréhension de ce qu'ils vivent est un peu plus aiguë que pour quelqu'un qui essaie de raconter l'histoire de l'extérieur", explique le réalisateur. "Je pense qu'ils nous ont fait confiance parce qu'ils savaient que nous ferions preuve de sensibilité et de bon sens pour les raconter."
Aucune de ces histoires n'est particulièrement nouvelle. Pas de scoop ici, et on a même parfois l'impression que Chin est allé fouiller dans ses rushes pour nourrir un épisode, mais son intention n'est pas simplement de satisfaire les amateurs les plus avertis, mais de toucher un public plus large qui ne saura pas que tel plan a déjà été exploité dans Free Solo ou tout au moins ne s'en souciera guère. D’autant que tous ces récits nous tiennent en haleine et stimulent notre propre soif d'aventure. Non pas parce que les athlètes semblent intrépides ou invulnérables, mais parce qu’on les voit plutôt comme des survivants. Des êtres humains sans fard, parfois un peu perdus, de ceux qui à un moment de leur vie se sont trouvés à deux doigts de la mort. De cette expérience, ils ne sortent pas indemmes, mais jamais défaits. "Il faut comprendre qu’ils sont portés par une intention profonde", explique le réalisateur. "C'est une chose ce que les gens ne comprennent pas nécessairement à propos de ces athlètes. Ils mettent dans leur vie l'intention la plus profonde parce que leur vie est littéralement en jeu dans ce qu'ils font. Et chaque jour et à chaque instant, il leur appartient, à eux et à eux seuls, de décider de continuer dans cette voie ».
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










