Au milieu des chaleurs caniculaires, la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne tire la sonnette d’alarme : cette saison, les problèmes d’approvisionnement en eau dans les refuges seront nombreux. Si dans le Mercantour, on explique déjà au randonneur qu’il lui sera impossible de remplir sa gourde, d’autres massifs seront aussi particulièrement touchés, expliquent les locaux à notre journaliste, sensibilisée à ce sujet sur le terrain. Afin d’en savoir plus, nous avons contacté la FFCAM, qui s’est montrée particulièrement “inquiète en ce début de saison”.
De passage en montagne à la mi-juin, j’évite les 40 degrés caniculaires du Sud du France et d’ailleurs. Dans mon sac, j’emporte ma doudoune. À 1 500 mètres d’altitude, dans le Parc National des Ecrins que je connais si bien, les soirées se terminent souvent bonnet sur la tête, au coin du feu. Cette année pourtant, les choses sont différentes. Bien que les maximales n’excèdent pas les 25 degrés, la chaleur y est étonnamment élevée. D’ailleurs, dès mon arrivée, je remarque que le tenace névé au-dessus du secteur d’escalade “Orage d’étoile” a disparu. Déjà ?
Deux jours plus tard, doudoune et bonnet n’ont toujours pas quitté mon sac, je termine la soirée aux côtés des locaux. C’est exceptionnel, déplorent-ils. Il n’a pas beaucoup neigé cet hiver. Et le printemps a été très sec. En montagne, le réchauffement climatique est plus important qu’en plaine, notamment par la réduction progressive des zones couvertes de neige et de glace qui réfléchissent le rayonnement solaire. Ils m’apprennent au passage que certains refuges ont des soucis d’approvisionnement en eau, notamment ceux de Rabuons et des Merveilles, plus au Sud, dans le Mercantour. En cause : la sécheresse.
"Ces différentes sources d’approvisionnements ont fortement été impactées par le réchauffement climatique"
Au fil de mes recherches, il m’avait pourtant semblé que cette problématique était concentrée sur les Alpes-Maritimes. Cependant, d’autres massifs sont concernés par ce préoccupant sujet explique la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM) contactée à ce sujet. Outre le Mercantour, les refuges de “Haute Savoie, particulièrement le massif du Mont Blanc (refuges Albert 1er, Envers des Aiguilles), et les Écrins (refuges des Écrins, du Glacier Blanc…)” souffrent du manque d’approvisionnement en eau. La situation est telle que “les Parcs [alpins] ont mené des études, notamment le Parc National des Ecrins” précise la FFCAM. Mais quid des Pyrénées ? Sachant que cette chaîne de montagnes est également très touchée par la sécheresse, il se pourrait bien que la situation soit similaire, même si nous n'avons pas encore d'informations précises sur le sujet.
L’explication du phénomène est “malheureusement assez simple. Il faut savoir que tous les refuges d’altitude sont déconnectés des réseaux d’énergie, d’eau et d’assainissement. L’eau provient généralement de sources, de lacs, mais aussi de cours d’eau, de névés ou de la fonte des glaciers. Or, ces différentes sources d’approvisionnements ont fortement été impactées par le réchauffement climatique et se tarissent de plus en plus tôt chaque année” alerte la fédération. “Cette année particulièrement, c’est assez dramatique suite à un hiver très doux et très sec et un printemps sec et très chaud”. Conséquence principale : les randonneurs ne pourront pas remplir leur gourde dès leur arrivée au refuge.
"Faire la chasse au gaspillage"
Si la solution pour enrayer le phénomène est, de manière générale, la lutte contre le réchauffement climatique, cause de tous les maux, comment faire face à ce problème le plus rapidement possible ? “Faire la chasse au gaspillage” explique la FFCAM. À vrai dire, “il n'y a pas de solution unique, c'est souvent du cas par cas, il y a deux grands groupes de solutions. [D’abord], réduire la consommation : les refuges rénovés consomment beaucoup moins d'eau, ils ont été conçus par exemple avec des toilettes sèches. Par exemple, le refuge du Pavé (en cours de rénovation) verra sa consommation divisée par huit. Dans les autres, on peut réduire ou interdire l'accès aux douches (lorsqu'elles existent) et si le niveau d'eau est sous une côte d'alerte, installer provisoirement des toilettes sèches dans les refuges où il y a encore des toilettes humides. Enfin, de manière générale, il faut sensibiliser les clients à l'économie de l'eau (ce qui en soi a des vertus pédagogiques, la question de l'économie d'eau doit être globale, pas seulement dans les refuges). [Autre solution], apporter des volumes supplémentaires : lorsqu'il y a la place, on installe de nouvelles cuves d'eau pour récupérer l'eau de pluie, par exemple. L'idée est de diversifier les sources d'approvisionnement (sources, fonte, eau de pluie…)”.
Un problème qui tend à s’accentuer à l’avenir “si la saison reste très sèche”. Au point, alerte la FFCAM "qu'il n'est pas impossible que certains refuges soient amenés à ne plus être gardés avant la fin de saison” alerte . Préoccupant...
Comment savoir si le refuge vers lequel vous souhaitez aller lors de votre randonnée fait face à une pénurie ?
Les problèmes d'approvisionnement en eau relevant du cas par cas, nous ne pouvons que vous conseiller de vous rendre sur le site internet du refuge en question ou bien de téléphoner directement au gardien afin de ne pas avoir de mauvaises surprises lors de votre arrivée. Pour ceux appartenant la FFCAM (la très grande majorité), on vous invite à effectuer votre recherche (par nom, département ou massif) ici.
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