Témoin dans les sixties du quotidien des grandes figures de l'escalade américaine, ses photographies sont connues de la plupart des grimpeurs. Pourtant, son nom vous est probablement inconnu. Glen Denny, grimpeur américain, souvent à flanc de paroi, appareil photo à la main, est décédé début octobre, à 83 ans. Retour sur le parcours de l’homme qui a su capturer, avec brio, l’âme de cette vallée californienne où s’est écrite l’histoire de la discipline.
Septembre 1958. Glen Denny, 19 ans, arrive dans le parc national du Yosemite, en plein coeur de la Californie. Lieu où s’inscrit, voie après voie, l’histoire de l’escalade, principalement grâce à El Capitan, une paroi de 1000 mètres qui borde la vallée, le plus grand monolithe du monde (immortalisée depuis dans « Free Solo »). À cette époque, la face nord-ouest du Half Dome, imposant dôme granitique, vient tout juste d’être gravie, en 1957, par le jeune Royal Robbins, 22 ans, qui prône une escalade libre et dépouillée, faisant ainsi le moins possible appel à l’usage de pitons fixes. Une pratique plus engagée qui contraste avec celle de Warren Harding, illustre grimpeur, adepte des camps en paroi, des pitons et des cordes fixes.
À peine a-t-il mis les pieds dans la vallée que Glen Denny remarque Warren et ses compagnons de cordée, là-haut, sur le Nose (l’une des voies les plus emblématiques d'El Capitan, côtée 8a+/b et libérée pour la première fois par Lynn Hill en 1993). "Oh mon Dieu, je suis au bon endroit !" se dit-il. Rapidement, Glen se dirige vers le mythique Camp 4, terrain de camping où les anticonformistes de l’époque mènent, entre leurs ascensions, une vie marginale et minimaliste, non loin des parois, entourés de blocs.
Plus tard, le photographe rencontre Warren qui l’initie rapidement à l’escalade. Si les débuts sont difficiles, et surtout effrayants, Glen se plaît dans ce nouvel environnement. Si bien qu’il devient vite un très bon grimpeur, signant la première ascension d’Astroman (12 longueurs, 6c+), en 1959, ou encore la troisième ascension du Nose, en 1963.
En parallèle de l’escalade, il va, année après année, documenter l’âge d’or du Yosemite, aux côtés des légendes : Warren Harding, Jim Bridwell (le premier à gravir le Nose en moins de 24 heures), Yvon Chouinard, Chuck Pratt (l’un des pionniers du big wall au Yosemite), Royal Robbins… Si ses premières images sont d’abord capturées avec du matériel amateur, il réalise le potentiel de la photographie d’escalade, notamment en découvrant les travaux des Américains Henry Kendall et Tom Frost, tous deux adeptes de clichés pris sur le plus grand monolithe du monde.
Une fois l'acquision d'un Nikon et de quatre objectifs faite, les travaux de Glen se professionnalisent. À une époque où El Capitan est considéré comme la Mecque de l’escalade, ses photographies, qui saisissent, avec esthétisme, l’âme du Yosemite des sixties, aussi bien en paroi qu’au mythique Camp 4, sont rapidement reconnues comme documents historiques authentiques. La communauté marginale, les bivouacs en paroi et les prises millimétriques étant bien différents de tout ce que l’on peut retrouver sur les autres parois du monde.
En août 2020, l’American Alpine Club a retracé la vie de Glen Denny, mettant en lumière la contribution de ses photographies à l’histoire de l’escalade.
(Re)découvrez l’histoire du Yosemite, berceau de la culture de l’escalade, dans le film culte "Valley Uprising", sorti en 2014, produit par l’excellente société de production Sender Films. Plus d’un demi-siècle d’exploits défiant les lois de la gravité et celles du pays racontés par de superbes images d’archives et des interviews de pionniers tels qu’Yvon Chouinard, Royal Robbins, Dean Potter ou encore Alex Honnold. Un documentaire incontournable.
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