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Dauwalter, Paris, L’Hirondel, Entrekin… Ces femmes qui écrivent l’histoire de l’ultra-trail

  • 11 août 2026
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

En 1995, Ann Trason terminait la Western States à la deuxième place du classement général, cinq minutes seulement derrière le vainqueur. Depuis, Courtney Dauwalter, Jasmin Paris, Claire Bannwarth, Blandine L’Hirondel ou encore Maryline Nakache ont multiplié les victoires au scratch, les premières places et les records absolus. Dernier exploit en date, celui de Rachel Entrekin, victorieuse cette année de la Cocodona 250 devant tous les hommes et détentrice du nouveau record absolu de l’épreuve. Si l’écart reste conséquent lorsque l’élite mondiale est réunie — près de 2 h 51 séparent encore les meilleurs chronos masculin et féminin de l’UTMB, voir une femme intégrer le top 10 général n’étonne désormais plus personne. Jusqu’où ces femmes d’exception peuvent-elles faire évoluer leur sport ?

Quels nouveaux exploits les meilleures ultra-traileuses nous réserveront-elles cette année ? Alors que l’ultra-trail le plus convoité au monde approche et que l’édition s’annonce particulièrement relevée, la question n’a peut-être jamais été aussi brûlante. Septième en 2013 puis cinquième en 2023, les Américaines Rory Bosio et Courtney Dauwalter restent à ce jour les deux seules femmes à avoir intégré le top 10 du classement général. En comparaison, Katie Schide, détentrice du record féminin, termine 13e au classement général lors de l’édition 2024 (particulièrement rapide chez les hommes, Vincent Bouillard gagne en 19 h 54 min 23 s), et Ruth Croft ne décroche que la 21e place lors de l’édition 2025. Des résultats qui montrent à la fois l’écart qui subsiste encore avec l’élite masculine sur l’épreuve reine du trail et la progression spectaculaire du niveau féminin sur les très longues distances. 

Une histoire qui ne date pas d’hier

Lorsqu’elle prend le départ de la Western States en 1995, Ann Trason ne vise pas seulement une nouvelle victoire chez les femmes. Deuxième du classement général l’année précédente, l’Américaine veut cette fois s’imposer au scratch. « Je visais la victoire au classement général cette année-là, comme chaque année », expliquait-elle des années plus tard. Elle échoue finalement à cinq minutes de Tim Twietmeyer. Au total, Ann Trason remportera quatorze fois le classement féminin de la Western States, dont elle marquera durablement l’histoire.

Vingt-deux ans plus tard, Courtney Dauwalter vient à son tour jouer les premiers rôles. En 2017, l’Américaine remporte les 240 miles de Moab au scratch, avec près de dix heures d’avance sur le premier homme et plus de seize heures sur la deuxième femme. Elle termine sixième du Hardrock 100 en 2022, puis troisième en 2023 et quatrième en 2024. À la Western States 2023, elle prend encore la sixième place au classement général en pulvérisant de plus d’une heure le précédent record féminin. À l’UTMB, elle termine septième au scratch en 2021 puis cinquième en 2023, la meilleure place jamais obtenue par une femme sur l’épreuve. En 2024, elle se classe encore deuxième de la Nice Côte d’Azur by UTMB. Une régularité au plus haut niveau qui explique pourquoi Courtney Dauwalter est devenue, au fil des années, la reine incontestée de l’ultra-trail mondial.

Deux ans plus tard, Jasmin Paris s’impose au classement général de la Montane Spine Race, une traversée de 429 kilomètres du Pennine Way britannique disputée en plein hiver, dans des conditions particulièrement difficiles. L’Écossaise boucle l’épreuve en 83 h 12 min 23 s, plus de quinze heures avant Eoin Keith, premier homme, et abaisse de près de douze heures le précédent record absolu. Sa performance fait alors le tour du monde et reste considérée comme l’une des plus marquantes de l’histoire de l’ultra-trail.

En 2023, Claire Bannwarth remporte le Tahoe 200, une course de plus de 300 kilomètres autour du lac Tahoe, en 62 heures et 24 minutes. Elle devance le premier homme de près de deux heures et la deuxième femme de près de dix heures. Quelques mois plus tôt, elle avait déjà remporté le TrailCAT 200 au classement général et terminé deuxième au scratch de la Gran Canaria 360, tout en reléguant la deuxième femme à plus de trente-deux heures.

Les exploits se succèdent

En mars 2024, Jasmin Paris devient la première femme de l’histoire à terminer la Barkley Marathons. L’Écossaise boucle les cinq tours en 59 h 58 min 21 s, seulement 99 secondes avant la limite des soixante heures. Cinquième de cette édition derrière quatre hommes, elle rejoint alors un cercle qui ne comptait que vingt finishers depuis la création de l’épreuve. Six mois plus tard, en septembre 2024, Tara Dower parcourt les quelque 3 500 kilomètres de l’Appalachian Trail en 40 jours, 18 heures et 6 minutes. L’Américaine améliore de treize heures le précédent record absolu, détenu jusque-là par le Belge Karel Sabbe.

En mai 2026, Rachel Entrekin remporte la Cocodona 250 au scratch. L’Américaine boucle les quelque 407 kilomètres et 12 000 mètres de dénivelé positif en 56 h 09 min 48 s, devançant le premier homme de près d’une heure et dix-neuf minutes. Elle améliore au passage de plus de deux heures et demie le précédent record absolu de l’épreuve, établi un an plus tôt par Dan Green.

L’Hirondel et Nakache s’imposent elles aussi

En juillet 2026, Blandine L’Hirondel en donne une nouvelle illustration sur le 55 kilomètres de l’UltrAriège, qu’elle remporte au scratch en 5 h 35 min 13 s. Le premier homme termine seulement 1 min 20 s derrière elle, tandis que la deuxième femme arrive près d’une heure et quarante minutes plus tard. Cette fois, impossible d’attribuer le résultat à l’extrême longueur de l’épreuve : avec près de 3 000 mètres de dénivelé positif, ce format exige de maintenir une vitesse et une intensité particulièrement élevées.

En 2026, Maryline Nakache remporte à son tour le Marathon des Sables au scratch. Sur cette épreuve de 161 kilomètres disputée dans le désert, la Française s’impose en 18 h 17 min, avec plus d’une heure d’avance sur le premier homme. L’année précédente, elle avait déjà terminé quatrième du classement général, derrière seulement trois hommes, devenant la première femme de l’histoire de l’épreuve à intégrer le top 10.

Un avantage physiologique encore difficile à établir

L’idée selon laquelle l’écart entre hommes et femmes pourrait diminuer sur les très longues distances est ancienne. Pour l’expliquer, plusieurs hypothèses sont régulièrement avancées : une utilisation plus efficace des graisses, une proportion plus importante de fibres musculaires lentes ou encore une moindre dégradation des performances à mesure que l’effort se prolonge. À cela s’ajoutent la gestion de l’allure et la capacité à composer avec la fatigue, l’inconfort ou le manque de sommeil après plusieurs heures, voire plusieurs jours de course.

Pourtant, les données disponibles ne permettent pas de conclure à un avantage féminin. Une méta-analyse publiée en 2025, réunissant quinze études et vingt épreuves d’ultra-endurance, observe encore un écart moyen de 22 % en faveur des hommes, avec toutefois de fortes variations selon les disciplines et les formats. Même constat en course à pied, sur les neuf distances et épreuves chronométrées reconnues par l’International Association of Ultrarunners, du 50 kilomètres aux six jours, tous les records masculins restent supérieurs aux records féminins.

Ces records concernent toutefois essentiellement des épreuves sur route ou sur piste, dans des conditions très différentes de celles rencontrées en ultra-trail. À mesure que les distances s’allongent, le dénivelé, la technicité du terrain, la météo, la navigation, l’alimentation ou la gestion du sommeil peuvent peser autant que la vitesse pure. La composition du plateau complique encore la comparaison. Une victoire féminine au scratch signifie qu’une coureuse a battu tous les hommes présents ce jour-là, pas nécessairement les meilleurs spécialistes mondiaux de la distance. La portée de la performance dépend donc aussi fortement du niveau de concurrence réuni sur la ligne de départ.

Les femmes restent par ailleurs nettement moins nombreuses que les hommes au départ des ultras les plus exigeants. Or, plus un groupe est restreint, moins il est probable d’y voir émerger plusieurs athlètes exceptionnelles au même moment. À mesure que la participation féminine augmente, le vivier de coureuses de haut niveau s’élargit lui aussi, et avec lui la probabilité de voir apparaître davantage de performances capables de rivaliser avec celles des meilleurs hommes. En témoigne l’histoire du marathon. Lorsque les femmes ont commencé à accéder massivement aux grandes épreuves dans les années 1970, l’écart entre les records masculin et féminin s’est réduit très rapidement avant de se stabiliser. Cette évolution ne permet pas de prédire celle de l’ultra-trail, mais elle montre à quel point l’élargissement de la pratique peut accélérer la progression du plus haut niveau.

Bien malin celui qui prédira la victoire d’une femme à l’UTMB. Sur d’autres épreuves, pourtant, Courtney Dauwalter, Jasmin Paris, Tara Dower, Blandine L’Hirondel ou Rachel Entrekin ont prouvé en moins d’une décennie que les victoires féminines face aux hommes n’étaient plus des exploits isolés, mais pouvaient se répéter. Ça n’efface pas l’écart avec les hommes sur les courses de très haut niveau, lorsque les meilleurs athlètes mondiaux sont réunis. Mais elles sont aussi plus nombreuses à s’engager, mieux préparées et plus fortes que jamais. Course après course, elles réduisent cet écart et prennent une place que personne ne leur a donnée.

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