Aurélien Dunand-Pallaz préparait ce GR20 depuis six ans. Il avait beau connaître le parcours par cœur, une semaine avant le départ, il ignorait encore s’il pouvait gagner cinq minutes sur François D’Haene, ou dix. Vendredi matin, il est arrivé à Conca avec 2 h 17 d’avance. En 27 h 29, le Savoyard a signé un record que personne n’avait vu venir.
« Je sais que c’est faisable, mais je ne sais pas quelle marge j’ai réellement. Est-ce que j’ai cinq minutes ? Dix minutes ? Je n’en sais rien », nous confiait Aurélien une semaine avant sa tentative. « Ça dépendra énormément de ma forme et de la manière dont elle évoluera au fil des heures. » Sa forme s’est révélée exceptionnelle. Car ce n’est ni de cinq ni de dix minutes qu’il a fait tomber le record détenu depuis juillet par François D’Haene, mais de 2 h 17. Arrivé vendredi matin à Conca après 27 h 29 d’effort, Aurélien Dunand-Pallaz est le nouveau détenteur du record du GR20.
Départ à 5 heures du matin
Avant de pouvoir s’attaquer aux 166 kilomètres et quelque 12 000 mètres de dénivelé positif du GR20, Aurélien Dunand-Pallaz devait encore respecter le protocole imposé pour homologuer sa tentative. Ses deux carnets de route ont ainsi été signés et tamponnés par le représentant de la Ligue Corse de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), présent pour superviser le départ. 10, 9, 8, 7… À 5 h précises, le compte à rebours s’est achevé et le Savoyard s’est élancé dans la nuit, accompagné de ses deux premiers pacers, Théo Détienne et Julien Michelon, parmi les neuf prévus. Et il n’a pas attendu longtemps pour imposer son rythme. Au terme des 23 premiers kilomètres, le traileur disposait déjà de 29 minutes d’avance sur le temps de référence de François D’Haene.
Une allure qui a rapidement marqué ses premiers accompagnateurs. « C’est un taré, il a failli me faire sauter deux fois », plaisantait Théo Détienne, dont les propos ont été rapportés sur place par Distances+. « Il est impressionnant », expliquait de son côté Julien Michelon, tout en soulignant la lucidité du Savoyard, encore capable de discuter avec ses pacers. À cette allure, les deux traileurs estimaient même qu’il pouvait théoriquement viser un chrono autour de 26 heures. Une projection prématurée alors qu’il lui restait plus de 140 kilomètres à parcourir. Il bouclera finalement le GR20 en 27 h 29.
Théo Détienne et Julien Michelon ont ensuite laissé leur place à Daniel Antonioli, son coéquipier chez Scarpa, qui l’a accompagné jusqu’au cirque de la Solitude. Une portion du GR20 qu’Aurélien avait justement pris le temps de reconnaître à plusieurs reprises après s’y être perdu lors de ses précédents passages. « L’objectif, cette fois, c’est que le jour J, je n’aie quasiment plus besoin de réfléchir à l’endroit où je dois aller », nous expliquait-il avant sa tentative. Une préparation qui a porté ses fruits puisque le Savoyard a franchi cette partie particulièrement technique sans difficulté apparente. Arthur Joyeux-Bouillon et Diego Pazos ont ensuite pris le relais. Là encore, les deux coureurs se sont montrés impressionnés par le rythme d’Aurélien. « Il connaît par cœur cette portion. Je n’avais quasiment pas de marge dans la montée. Je suis impressionné », a souligné Arthur Joyeux-Bouillon. Diego Pazos confirmait : « Pour l’instant, c’est impossible de le faire craquer. Je le trouve même plus bavard que d’habitude, ça veut dire qu’il est vraiment bien. Il est centré, il est monstrueux. En montée, c’est constant, c’est fort. »
Une avance qui n’a cessé de grandir
Au kilomètre 40, au niveau du col de Verghio, Aurélien Dunand-Pallaz avait déjà significativement creusé l’écart et pointait avec 50 minutes d’avance sur François D’Haene, qui avait franchi ce point en huit heures tout juste. C’était justement l’un des deux moments qu’Aurélien s’était fixés pour jeter un œil à sa montre. Avant sa tentative, il nous expliquait ne pas vouloir passer son temps à regarder le chrono, préférant courir aux sensations. Il ne voulait consulter son temps qu’à deux reprises, à Verghio puis à Vizzavona. Visiblement, le constat à ce premier point de passage a été plutôt rassurant.
À Pietra Piana, au kilomètre 66, il est arrivé vers 16 heures. Six kilomètres plus loin, à Onda, l’écart était passé à 1 h 27. Puis, onze kilomètres plus loin, Aurélien avait encore grappillé treize minutes : au kilomètre 83, il comptait désormais 1 h 40 d’avance sur le temps de référence. Après avoir avalé la partie nord, la plus technique du GR20, le Savoyard indiquait se sentir « nickel » au moment d’attaquer la partie sud.
La nuit n’a pas ralenti sa progression. À Capanelle, au kilomètre 96,5, Aurélien disposait encore de 1 h 48 d’avance. À Verde, au kilomètre 110, la marge atteignait 1 h 58. Puis, au kilomètre 120, il passait pour la première fois la barre des deux heures, avec 2 h 13 d’avance sur le temps de François D’Haene. « Ça commence à être dur ! J’ai le ventre vide », a lâché Aurélien au kilomètre 149, où il comptait encore plus de deux heures d’avance. Un ravitaillement express composé de quelques bouts de pizza, vers 6 heures du matin, puis il est reparti pour les 17 derniers kilomètres.
À 8 h 29, Aurélien Dunand-Pallaz est arrivé à Conca. Il venait de boucler le GR20 en 27 h 29, améliorant de 2 h 17 le record établi en juillet par François D’Haene. Une semaine plus tôt, il se demandait s’il pouvait gagner cinq ou dix minutes.
Photo d'en-tête : Rising Story / Compressport- Thèmes :
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