Samedi, l’Américaine de 36 ans a remporté la Hardrock 100, l’un des ultras les plus sauvages au monde : 160 km à travers les montagnes du Colorado, 10 073 m de D+, le tout à une altitude moyenne de plus 3352 m. Avec un chrono de 26h44, elle est 6e au scratch et explose au passage le record féminin détenu jusqu'à présent par Diana Finkel (27h18), indéboulonnable depuis 2009 ! Une superbe performance qui s’ajoute à un palmarès déjà bien rempli, du Tahoe 200 Mile à son superbe doublé sur l’UTMB. Interviewée par Outside à l’occasion de la Western States en 2018, elle nous expliquait alors son approche très relax de l’entraînement et de la compétition. À méditer pour tous les athlètes d’endurance, amateurs d’ultras ou pas.
Ne soyez pas obsédé par votre course
Courtney Dauwalter a toujours excellé dans des courses plus lentes et plus montagneuses que la Western States. Aussi était-elle en territoire moins familier en juin 2018 pour ce rapide trail de 100 miles gagné généralement bien en dessous des 16 heures (contre 17 ou 18 heures pour le trail américain Run Rabbit Run par exemple). Mais pour autant l’Américaine n'avait pas réfléchi à un plan d'entraînement spécifique pour la Western States. "J'ai juste continué à faire ce qui avait toujours fonctionné pour moi", explique-t-elle. Elle admet d’ailleurs ne pas avoir de calendrier d'entraînement bien établi. "Je lace mes chaussures et je vois où mes jambes me portent ce jour-là, dit-elle. "Sur certains tronçons du sentier j’accélère, avec des intervalles informels, ce n’est pas très structuré tout ça ». Courtney se laisse ainsi la liberté de prendre une journée de repos, d'interrompre sa course lorsque son corps en a besoin, ou d'aller plus loin lorsqu’elle se sent bien, sans se sentir coupable d'avoir modifié son plan.
Une philosophie qu’elle a conservée jusqu'au jour de la Western States. Ainsi, beaucoup d'athlètes passent les jours qui précèdent le départ à étudier leurs allures et à revoir leur stratégie. Courtney, elle, a joué aux cartes avec son équipe. "Je ne voulais pas me lancer dans la course épuisée mentalement, à gamberger sur les autres coureurs », dit-elle. A son habitude, elle a pris le départ sans aucune stratégie. "J'aime voir comment la journée se déroule", dit-elle, "et faire ce qui me semble confortable et naturel."
Concentrez-vous sur vous-même, pas sur les autres.
Avant la course, Dauwalter a reçu des tas de conseils sur la meilleure façon de se préparer aux températures extrêmes auxquelles elle devait s’attendre : séances de sauna, entraînement en survêtement ... Elle a bien essayé quelques séances de sauna, mais en est sortie "vidangée et détruite". Elle s’est donc tournée vers d’autres méthodes. "Je suis plutôt douée pour écouter mon corps", dit-elle. La traileuse a enchaîné quelques courses l'après-midi dans la chaleur du Colorado, mais elle a surtout travaillé son mental. "Je me suis simplement concentrée en me disant que oui, cette journée allait être chaude et que tout allait bien se passer", dit-elle. "La chaleur n'allait pas gâcher ma journée, parce que je n'allais pas la laisser faire."

Acceptez ce que vous ne pouvez pas contrôler
Courtney Dauwalter savait qu'elle ferait face à beaucoup de variables inconnues le jour de la course, notamment un peloton de femmes rapides et expérimentées avec lesquelles elle n'avait jamais courues auparavant: Stephanie Howe Violett, Kaci Lickteig, mais aussi la phénoménale Australienne, Lucy Bartholomew, 22 ans. Toutes de redoutables championnes qui s’étaient déjà illustrées à la Western States. Courtney a donc décider de ne pas se préoccuper des éléments qui lui échappaient. "Je n'avais aucun contrôle sur la façon dont la journée pouvait se dérouler pour quelqu'un d'autre que moi ", dit-elle. "Je devais juste être prête à réagir."
Quand elle a doublé Lucy Bartholomew à environ 55 miles de l'arrivée et qu'elle a pris la première place, Courtney est devenue un peu nerveuse. La peur lui dictait de réagir à la menace de l'ensemble du peloton féminin maintenant derrière elle et d’augmenter son alllure, mais Dauwalter savait que cela ne la mènerait qu'à l’explosion.
"S’il était dit que je devais me faire rattraper, et bien, ça arriverait ", raconte-t-elle. "Mais avant, j'allais leur en faire baver ! » Pour ce faire, elle devait contrôler tout ce qui était en son pouvoir : manger, garder son rythme, rester calme. "J’ai fait des pauses aux postes de secours, j’ai veillé à bien géré mes calories et à courir efficacement mais sans aller trop vite pour éviter l’explosion.

Continuez, gardez votre but en tête, c’est tout
Lors de sa première tentative d’un 100 miles, en 2012, Courtney a fléchi au soixantième. Elle souffrait et ne comprenait pas encore que ce « coup de mou » passe si on attend. "Ne pas finir cette course m'a challengée ", dit-elle. L'année suivante, elle s'est inscrite à un autre trail de 100-miles et a passé les douze mois suivants à se préparer mentalement à ne pas abandonner. Résultat, elle est arrivée deuxième à la Superior Fall Trail Race 100 et surtout elle a repris confiance : ses jambes savaient continuer à courir, même en cas de douleur intense.
Au départ de chacune de ses courses, Courtney Dauwalter a profondément ancré en elle une confiance absolue dans les capacités de son corps, assortie d’une farouche détermination. "Avancer est le seul moyen d'arriver à la ligne d'arrivée", rappelle-t-elle. "Tu peux le faire si et seulement si tu décides qu'il n'y a aucune excuse valable pour te faire arrêter."
De toute évidence samedi, lors de la Hardrock 100, Courtney n'avait trouvé aucune excuse valable. Congratulations!

En video, la préparation à la course Tahoe 200 de Courtney
En septembre 2017, l'athlète américaine terminait 2e au classement général, à seulement 27 minutes du premier masculin, sur cet ultra de 330 km. Voici, comment l'athlète adorée du public s'y était préparée.
Article initialement publié le 1 septembre 2019, mis à jour le 18 juillet 2022.
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