Samedi 11 avril 2026, Stève Stievenart, alias « Stève le phoque », a ajouté une nouvelle ligne à un palmarès déjà dense en devenant le premier Français à traverser à la nage le détroit de Magellan, entre l’Amérique du Sud et la Terre de Feu, en Patagonie. Après près de deux heures d’effort dans une eau à 8 °C, le nageur, qui a fait de l’extrême son terrain de jeu, valide ainsi la deuxième étape de son projet de « Triple Couronne du bout du monde ».
Le détroit de Magellan, passage bien connu des navigateurs depuis l’époque des grandes découvertes, entre l’Amérique du Sud et la Terre de Feu, ne figure pas parmi les traversées classiques en natation en eau libre. Et pour cause, les conditions y sont trop instables, trop isolées, et les tentatives y demeurent extrêmement rares. Rien qui ne puisse faire flancher la détermination de Stève Stievenart. Après quinze jours d’attente dans une cabane isolée de Patagonie, suspendu aux caprices de la météo, le nageur s’est élancé finalement samedi 11 avril, de Punta Delgada vers Bahía Azul, au Chili. La traversée de 7 km, effectuée très tard dans la saison australe, la plus tardive dans ces eaux, a été bouclée en 1 heure, 50 minutes et 2 secondes, dans une eau à 8 °C, sans combinaison néoprène. Il devient ainsi le premier Français à traverser le détroit à la nage.
Une machine à laver
« Je suis vraiment hyper content. Ce détroit, de par son histoire, veut dire beaucoup pour moi, a confié Stève Stievenart à l’Équipe. J’ai dû nager contre un sacré courant, il te déporte énormément, c’est une vraie machine à laver. J’ai pris des claques et bu beaucoup d’eau. Et après la première moitié, il y avait de grosses algues qui te freinent vraiment, parfois tu ne peux plus nager. Pendant vingt minutes, j’ai fait du surplace. »
Cette traversée s’inscrit dans la « Triple Couronne du bout du monde », un défi encore inachevé : après le canal Beagle (1.7km franchi en 46 minutes), entre l’Argentine et le Chili, il lui reste le Rio de la Plata à relier, de l’Uruguay à l’Argentine.
Sauvé par la mer
Cabossé par la vie, Stève trouve refuge dans les défis au long cours. En août 2020, Stève devient le premier Français à réussir la traversée aller-retour de la Manche, le « Two Way ». 105 kilomètres, 34 heures et 45 minutes d’effort, deux nuits en mer et une frayeur marquante : pris dans un filet de pêche dérivant, il parvient à se dégager. L’épisode renforce son engagement contre la pollution des océans, une cause qu’il défend depuis activement, notamment avec son association Stop Plastic Pollution.
En 2021, il boucle les « 40 Bridges » autour de Manhattan et participe à une traversée en relais du lac Baïkal, en Sibérie. La même année, il s’attaque à la traversée du Loch Ness, première étape de la « Triple Couronne des lacs des monstres », défi qu’il complète avec le lac Tahoe puis le lac Memphremagog.
Parallèlement, il s’attaque au canal de Santa Catalina, entre Los Angeles et l’île de Catalina, qu’il franchit une première fois, puis en aller-retour, puis en triple le 30 juin 2023. Il devient ainsi le premier nageur au monde à enchaîner trois allers retours sans s’arrêter, soit près de 120 kilomètres en 51 heures et 18 minutes, dans une eau entre 16 et 19 °C. Une performance hors norme qui le place durablement au sommet mondial de la discipline.
L’appel du froid
Mais Stievenart ne se limite pas aux longues distances. Il explore aussi les eaux les plus froides. Au Japon, autour du mont Fuji, il devient le premier Français à réussir cinq « Ice Miles » en cinq jours consécutifs, chacun dans un lac différent, dans des eaux comprises entre 0 et 5 °C. Cette série porte à douze le nombre de ses Ice Miles réussis en autant de tentatives.
Au-delà de la performance, ce nageur d’une ténacité admirable a trouvé dans la mer un point d’équilibre après des années plus sombres, fidèle à ce que nous avions déjà raconté dans le portrait que nous lui avions consacré en mars dernier. Reste désormais à savoir quelle étendue d’eau viendra la prochaine fois s’ajouter à son palmarès bien rempli.
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